sylvie gold

 

La vie posthume d’Offenbach est aussi mouvementée et discutée que l’a été sa carrière. Dans un premier temps, il est vrai, Offenbach traverse une inévitable période d’oubli. Les accusations de démoralisation et de dégénérescence n’ont plus été rappelées en effet par les journalistes que comme des clichés à proscrire. Mais le compositeur de La belle Hélène n’en a pas gagné pour autant une totale légitimité. Lorsque Ludovic Halévy est reçu sous la Coupole en 1886, puis lorsque c’est autour de Meilhac les deux librettistes sont accueillis par des discours où leur collaboration avec Offenbach est soit passée sous silence, soit évoquée comme un écart de jeunesse que l’Académie consent à pardonner.

Offenbach n’est pas épargné non plus par les délires antisémites d’Edouard Drumont.

Se scandalisant de l’entrée d’Halévy à l’Académie, Drumont écrit que celle-ci « va prendre par la main le complice d’Offenbach, le Juif qui, après avoir obéi à sa race en travestissant, aux éclats de rire de la foule, les pures créations du génie aryen de la Grèce, a travaillé consciencieusement pour la Prusse en apprenant aux soldats à outrager leurs généraux, en raillant le panache du chef qui flottait jadis au-dessus des mêlées comme un signe de ralliement, le sabre des pères qui, brandi dans les charges héroïques, a tant de fois sauvé la patrie ». L’extrême-droite perdurera jusqu’à la seconde guerre mondiale dans une exécration d’Offenbach. A ces propos antisémites répond l’enthousiasme d’un Nietzsche qui écrit en 1888 : « Offenbach, musique française, d’un esprit voltairien, libre, pétulante, avec un rien de ricanement sardonique, mais claire, spirituelle jusqu’à la banalité (il ne farde point)-et sans mignardise d’une sensibilité morbide ou blondement viennoise.

 » Un tel hommage, s’inscrivant certes dans le combat mené par le philosophe contre Wagner, dédommage après tout de biens des injures. »

 

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Plus tard, la montée des totalitarismes en Europe est très préjudiciable aux reprises offenbachiennes. En France Offenbach peut pourtant com sur un admirateur aussi zélé que Karl Kraus, à savoir le compositeur Reynaldo Hahn. Dés leur prise de pouvoir les nazis chassent le répertoire offenbachien des théâtres allemands. L’existence de théâtres juifs tolérés par les nazis, permet quelques reprises, soit une centaine de représentations jusqu’en juin 1938, avant les grands pogroms. Offenbach fait désormais partie des musiciens juifs interdits. Si, en avril 1945, une représentation partielle des Contes d’Hoffmann fur organisée pa les nazis au ghetto de Theresienstadt, ce fut pour la propagande, devant les représentants de la Croix Rouge. En 1940ffenbach disparaît des théâtres français. Symptomatique de ces années noires est l’enlèvement du buste d’Offenbach à Saint-Germain-en-Laye au début de 1942, dans le cadre d’une campagne de récupération des métaux.

Extrait de « La carrière posthume d’un musicien ou Offenbach aux enfers »Jean-Claude Yon.