Es shoklt zikh / Ça tremble d’Avrom Reyzen par Rosine Lob

Es shoklt zikh 

Bay Nakhmanen, an oremen balebos in shtetl, lebt men shtendik in eyn shrek. Bay yeder arbet, bay yeder bavegung shrayt men dort in shtibl eyner tsum andern : pamelekh !
Bay Nakhmanen est men keyn mol ruik nit op keyn bisl gekekhts. Vayl vi men shtelt avek di shisl oyfn tish, heybt zikh der tish on tsu shoklen. Dos beste bisl – di eybershte – gist zikh oys un nokh dem muz men forzikhtik esn, staren zikh a tsu shtarkn rir nit tsu ton dem tish, kedey nit oystsugisn dem resht bisl gekekhts.

A shtetl – Ryback Issachar (1897-1935) (1917)
A shtetl – Ryback Issachar (1897-1935) (1917)

Az men est op ruik, on a sibe, dem varems, filt yederer fun der hoyzgezind a dergringerung un dankt in der shtil Got farn khesed, vos der tish hot dos mol nit gekaprizirt.
Erger iz, ober, mit der vetshere ! Vetshere est men shoyn baym lomp un di shrek vert in tsveyen. Vayl di gloz fun lomp, velkhe men hot kekoyft oyf borg, iz mit a numer greser un zi shoklt zikh um oyf der mashinke.

Lampe à pétrole
Lampe à pétrole
Lampe à pétrole
Lampe à

Di forzikhtikeyt vert greser. Ven eyner shrayt « pamelekh der tish ! », muz a tsveyter kumen tsu hilf un shrayen : « pamelekh, di gloz ! » un amol, az es halt shmol, say der tish, say di gloz heybn zikh on tsu shoklen, shrayt men tsuzamen, nor farkirtst : « di gloz ! der tish ! » un men hert oyf tsu esn, biz men baruikt nit di beyde umnormale zakhn fun der hoyz-virtshaft.

étrange sofa : à prendre avec douceur !
étrange sofa : à prendre avec douceur !

Nakhman un zayn hoyzgezind hobn shoyn tsum tish un tsum lomp ibergeton fil sgules. Unter dem hinkedikn fisl hot men a tsigl untergeleygt. Es hot, ober, nit geholfn, vayl di podloge iz nit keyn glaykhe. Di mashinke fun lomp hot men mit a papir arumgedreyt, hot es gehaltn eyn ovnt un es iz vider breyt gevorn un zikh genumen shoklen, biz men hot zikh meyashev geven un es iz geblibn azoy.

Illex Beller : La soupe de pommes de terre. Pauvre chaumière, mais paisible, ne tremblant pas!
Illex Beller : La soupe de pommes de terre.
Pauvre chaumière, mais paisible, ne tremblant pas!

Nokh vetshere, az men vert shoyn vider ruiker, heybt zikh on a sedre mit di tsvey betn. Zey hobn zikh, kentik, ongeshtekt fun dish un shoklen zikh shoyn oykh etlekhe yor. Un az men leygt zikh in zey arayn, dakht zikh, az ot-ot falt men fun zey aroys, un nor mit nisim shloft men iber di nakht.
Un amol, az der vint in droysn blozt, shoklen zikh bay Nakhmanen di shoybn fun di fentster, di shindlen fun dem dakh un dos gantse shtibl. Demolt dakht zikh Nakhmanen, az ot-ot falt alts in gantsn ayn un er vet gornisht hobn : nit keyn tsebrokhn tishl, nit keyn gloz mit a numer greser, nit keyn betn, vos shoklen zikh, un nit keyn alt shtibl.
Un Nakhman lebt op zayn gants lebn in shrek un zayn gants lebn shoklt zikh.

shtetl Sosnowice : imaginons la tempête qui souffle dehors !
shtetl Sosnowice : imaginons la tempête qui souffle dehors !
Chagall - La chambre jaune (1911)
Chagall – La chambre jaune (1911)

Ça tremble 

Chez Nachman, un pauvre chef de famille dans le village, on vit constamment dans une frayeur extrême. A chaque tâche, à chaque mouvement, là-bas dans ce logis, on hurle l’un à l’autre : doucement !
Chez Nachman, l’on ne finit jamais tranquillement le moindre potage. Car, dès que l’on pose l’écuelle sur la table, la table commence à trembler. La meilleure part – celle du dessus – se renverse et après cela, on doit manger avec précaution, s’appliquer à ne pas toucher trop fort la table, afin de ne pas renverser le reste du potage.

A shisl (une écuelle)
A shisl (une écuelle)
Deux fillettes dans une cuisine populaire de Prague (1937) – Roman Vishniac (non pour le contexte, mais pour leur REGARD !)
Deux fillettes dans une cuisine populaire de Prague (1937) – Roman Vishniac (non pour le contexte, mais pour leur REGARD !)

S’il arrive que l’on mange tranquillement, sans incident, le souper, chaque membre de la maisonnée ressent un soulagement et remercie, silencieusement, Dieu, pour la grâce que, cette fois, la table n’a pas fait de caprices.

Mais c’est bien pire avec le souper ! Le souper, on le mange déjà à la lumière de la lampe et la peur se dédouble. Car le verre de la lampe, que l’on a acheté à crédit, est d’un numéro trop grand et il se balance autour du brûleur.

Différentes tailles de verre de lampe
Différentes tailles de verre de lampe
di "mashinke " - le brûleur
di « mashinke  » – le brûleur

La prudence grandit. Quand l’un crie : »Doucement la table ! », un autre doit venir à l’aide et hurler : « Doucement le verre ! ». Et parfois, quand on est dans une mauvaise passe, que la table et le verre commencent à trembler en même temps, l’on hurle ensemble, mais sous forme abrégée : « Le verre ! La table ! », et l’on arrête de manger jusqu’à ce que l’on calme les deux objets anormaux du ménage.

tour de dominos construite par l’un de mes petits-fils : ne pas toucher !
tour de dominos construite par l’un de mes petits-fils : ne pas toucher !

Nachman et sa famille ont déjà essayé de nombreux remèdes pour la table et pour la lampe. Sous le pied bancal on a placé une brique. Mais cela ne fut d’aucune aide, car le sol n’est pas plat. On a enroulé du papier autour du support de la lampe, mais cela n’a tenu qu’une seule soirée et c’est à nouveau devenu trop large et a recommencé à trembler, jusqu’à ce que l’on perde espoir et c’est resté ainsi.

Après le souper, quand l’on redevient enfin tranquille, commence un problème avec les deux lits. Ils ont été, visiblement, contaminés par la table et tremblent également depuis quelques années. Et quand l’on s’y couche, il semble que, dans un instant, on va en tomber, et c’est seulement par miracle que l’on passe la nuit.
Et parfois, quand le vent souffle au dehors, chez Nachman, les vitres des fenêtres tremblent, ainsi que les bardeaux du toit et toute la maison. Alors il lui semble, à Nachman, que tout soudain, tout va s’effondrer et qu’il n’aura plus rien : même pas une table cassée, même pas un verre d’un numéro trop grand, même pas des lits qui tremblent et même pas une vieille petite maison.
Et Nachman passe toute sa vie dans la frayeur et toute sa vie tremble.

Chagall - La pluie (1911)
Chagall – La pluie (1911)
Félix Nussbaum - La peur (1941)
Félix Nussbaum – La peur (1941)

Les Imprécations en Yiddish par Régine Bloch

1. ! שטײנער דיר אױפֿן האַרצן =
Shteyner dir oyfn hartsn ! = 
Que tu aies des pierres sur ton cœur !

Et sa variante :

2. ! שטײנער דיר אין די בײנער = Shteyner dir in di beyner ! = Que tu aies des pierres dans tes os!

Ouille, ça pèse lourd!


THEME MALADIE

-hits: fièvre

Toute une série d’imprécations ont un rapport à la maladie et à la douleur qu’on souhaite généreusement à celui à qui on en veut. Ce n’est pas propre au yiddish, d’ailleurs. Dans les temps anciens, en français, on souhaitait à l’autre la male mort.

J’ai pensé qu’il serait pas mal de regrouper ces très nombreuses malédictions par théme. Celui-ci ( la maladie) est très riche.

3. !רעדן זאָלסטו פֿון היצ = redn zolstu fun hits ! = Que la fièvre te prenne jusqu’au délire! ( textuellement : que tes paroles viennent du délire)

Il s’agit bien du délire provoqué par la très forte fièvre: hits.


קדחת= kadokhes

Ce terme populaire ( non scientifique) désignait en yiddish les maladies à fièvres intermittentes , type paludisme ( malaria), cela correspond un peu à ce que nous appelions autrefois fièvre tierce, fièvre quarte ou tout simplement  » les fièvres »

En yiddish, au sens figuré, cela signifie aussi  » des clopinettes, rien du tout »

On trouve ça dans la chanson  » ot azoy neyt a shnayder  »

 » Er hot kadokhes nit keyn gelt » = de l’argent , il en a des clopinettes … Ou keyn broyt ( le pain)

Au sens propre, la maladie, le mot entre dans plusieurs imprécations avec de nombreuses variantes … Vous pourrez compléter avec celles que vous connaissez sur ce fil…

4. ! כּריגן זאָלסטו די קדחת = krign zolstu di kadokhes ! = Que tu t’attrapes les fièvres !

5. ! קדחת דיר אין די בײנער = kadokhes dir in di beyner ! = Les fièvres dans tes os!

C’est là qu’on peut, je crois, les souhaiter dans le ventre, la tête, les bras, les épaules et là où le cœur nous en dit… Chacun laissait parler son imagination…

Quelle variante connaissez-vous ?

6. !  צען הײַזער זאָלסטו האָבן , אין יעדן הױז צען שטיבעלעך , אין יעדן שטיבעלע צען בעטלעך , און קדחת זאָל דיך װאַרפֿן פֿון אײן בעט אינעם צװײטן ! = Tsen hayzer zolstu hobn, in yedn hoyzl tsen shtibelekh, in yedn shtibele tsen betlekh un kadokhes zol dikh varfn fun eyn bet inem tsveytn != Que tu aies dix maisons, dans chaque maison dix chambres, dans chaque chambre dix lits et que…les fièvres te fassent te rouler d’un lit dans l’autre…!

Comme en yiddish et en amour-haine on ne compte pas, la variante existe avec hundert …cent maisons, cent chambres dans chaque maison et cent lits dans chaque chambre afin qu’on puisse se tourner, se révulser, se tortiller de l’un à l’autre ..de fièvre ….


Frantsn = un mot pluriel pour les maladies vénériennes, plus spécialement la syphilis , transmises , pensait-on, par les Français … פֿראַנצן

La souhaiter à l’autre, c’était de plus, sous-entendre qu’il avait des moeurs relâchées…

Où l’on voit aussi que c’était un peu assimilé à la lèpre…

7. frantsn zoln dikh oyfesn un di noz zol dir aropfaln ! = ! פֿראַנצן זאָלן דיך אױפֿעסן און די נאָז זאָל דיר אַראָפּפֿאַלן = Que la syphilis te ronge ( te dévore) et que ton nez tombe !

8. frantsn zoln esn dayn layb ! = ! פֿראַנצן זאָלן ע סן דײַן לײַב = Que la syphilis te dévore le corps ( les chairs) !

Ces deux-là n’apparaissent pas chez Michael Wex


baysenish = בײַסעניש = les démangeaisons, l’urticaire

où l’on retrouve le verbe baysn = mordre. Le baysenish , ça vous ronge, vous mordille, vous démange…

9. a baysenish dir in layb ! = ! אַ בײַסעניש דיר אין לײַב = Que tu aies l’urticaire dans le corps !

Sympa

Je sens qu’à force certains mots vont s’impregner, non, s’incruster dans vos mémoires …

dos layb = le corps, la chair.


J’avais commencé par des maladies particulières au lieu de partir du général. Dans ces imprécations courantes, bien souvent, on souhaite juste à l’autre d’être malade sans entrer dans les détails . Et ceci de façon variée, directe ou par sous-entendus.

Trois mots qui évoquent la maladie :

di krenk = די קרענק = la maladie en général . L’adjectif correspondant est : krank, קראַנק = malade.

di khvarobe = די כװאַראָבע = maladie grave comme la peste di mageyfe = די מגפֿה = l’épidémie.

10.  a krenk dir in di beyner ! = ! אַ קרענק דיר ין די בײנער = Une maladie dans tes os !

11. oyb du zolst lign , zolstu krank lign = ! אױב דו זאָלסט ליגן ,זאָלסטו קראַנק ליגן= Quitte à être couché , sois couché malade !

12.  aynnemen zolstu di mise krenk ! = ! אײַננעמען זאָלסטו די מיאוסע קרענק = que tu t’attrapes la mauvaise maladie !

13.  aroystrogn zol men dikh a krankn ! = ! אַרױסטראָגן זאָל מען דיך אַ קראַנקן = Qu’on t’emporte mais malade !

14.  zolst zokhn un krenkn ! = ! זאָלסט זאָכן און קרענקן = Que tu sois bien malade !

Remarque : il s’agit d’une redondance , pour bien marquer le coup. zokhn signifie : être malade et krenkn : etre souffrant, traîner une maladie…

15. zolst krenkn in nakhes ! = ! זאָלסט קרענקן אין נחת = Que tu sois malade à plaisir ! ( avec joie). Sadique, celle-là!

16. mit krenk zolst du zikh onesen ! =!  מיט קרענק זאָלסטו זיך אָנעסן = Que tu te gaves de maladie !

17. krenkn zolstu ! = קרענקן זאָלסטו = Sois malade !

18. a khvarobe dir in gehirn ! = ! אַ כװאַראָבע דיר אין געהירן = La peste dans ton cerveau !

19. a mageyfe zol oyf dir kumen ! = ! אַ מגפֿה זאָל אױף דיר קומען = Qu’une épidémie t’attrape!

Les suivantes sont plus subtiles… La maladie est évoquée indirectement.

Quelques mots :

der retsept = דער רעצעפּט = l’ordonnance médicale

der dokter = דער דאָקטער = le médecin ( docteur)

di kleyne fleshlekh = די קלײנע פֿלעשלעך = les flacons médicinaux ( les petites fioles)

20. shreybn zol men dir retseptn ! = ! שרײבן זאָל מען דיר רעצפּטן = Qu’on soit obligé de te faire des ordonnances ( de te prescrire des médicaments…) !

21. zolst trinken nor fun di kleyne fleshlekh ! = ! זאָלסט טרינקען נאָר פֿון די קלײנע פֿלעשלעך = Que tu ne boives plus que des potions médicales !

22. a dokter zol dikh darfn ! = ! אַ דאָקטער זאָל דיך דאַרפֿן = Qu’un médecin ait besoin de toi ( tellement ton cas est grave…) !

23.  doktoyrim zoln visn fun dir un du fun di doktoyrim ! = ! דאָקטױרים זאָלן װיסן פֿון דיר און דו פֿון די דאָקטױרים = Que les médecins te connaissent bien et que toi tu les connaisses aussi !

24. keyn dokter zol dikh nisht helfn ! = ! קײן דאָקטער זאָל דיר נישט העלפֿן = Qu’aucun docteur ne puisse t’aider !


Avant de poursuivre: Charles , à juste titre , demande de citer les sources… Pas toujoujours facile pour ces compilations d’imprécations…

Il y a celles que je connais pour les avoir entendues dans la famille ou ailleurs. Celles que j’ai moi-même noté lors de lectures , convaincue d’ailleurs qu’elles existaient vraiment.

Celles que mon père avait noté sur des petits cartons de bristol ( il collectionnait ainsi expressions et proverbes, espérant peut-être un jour publier. Il n’en a rien fait et de temps en temps, je reprends ces cartons précieux et jaunis .

Puis celles que je retrouve dans plusieurs livres :

° Celui de Michael Wex, dont Daniel Sartene nous a donné un bel échantillon en le présentant,  » KVETCH » en version française.

° Leo Rosten  » Yiddish kleine Enzyklopädie  » qui est en quelque sorte la version allemande de s  » Joies du Yiddish » en français.

° Salcia Landmann : » Yiddish , das Abenteuer einer Sprache  » et  » Jüdische Anekdoten und Sprichwörter »

°  » Lomir hern gute psures » , un recueil de bénédictions et malédictions , édité en yiddish avec traduction hébreu, anglais et russe par l’Université de Jérusalem. et d’autres encore… Et puis, on les retrouve aussi sur Internet… Il y a aussi la revue électronique Mendele… bref, un tas de sources…

Et maintenant : der GESHVIR = דער געשװיר = l’abcès ou l’ulcère

Ce geshvir , on peut le souhaiter dans n’importe quelle partie du corps , avec humour !

25. a geshvir dir in boykh, in kop, in der leber, in der shpits noz! =  ! אַ געשװיר דיר אין בױך , אין קאָפּ, אין דער לעבער, אין דער שפּיץ נאָז = que tu aies un abcès dans le ventre, dans la tête, dans le foie, et au bout du nez!

der boykh = le ventre = בױך

der kop = la tête = קאָפּ

di leber = le foie = לעבער

di shpits noz = le bout du nez = שפּיץ נאָז

26. a geshvir zol zikh dir shteln ! = ! אַ געשװיר זאָל זיך דיר שטעלן = Qu’un abcès se forme en toi !

27. a geshvir zol dir vaksn oyfn pupik ! = ! אַ געשװיר זאָל דיר װאַקסן אױפֿן פּופּיק = Qu’un abcès te pousse sur le nombril !


di nikhpe = די ניכפּה .

Ce terme n’est pas si précis. Il peut tout à la fois désigner l’épilepsie , l’apoplexie ou une crise de folie furieuse. Il semble donc que le mot , en yiddish, désigne surtout une maladie aux effets spectaculaires, entraînant tremblements, transes, perte de connaissance, tétanie, etc…

d’ailleurs le verbe nikhpn zikh = ניכפּן זיך signifie tempêter, jurer …

Michael Wex dans Kvetch cite une de ces imprécations avec nikhpe , il s’en ajoute d’autres ou des variantes.

28. a nikhpe zol dikh khapn ! = ! אַ ניכפּה זאָל דיך כאַפּן = Que l’épilepsie te saisisse , t’emporte..!

29. varfn zol dikh a nikhpe ! = ! װאַרפֿן זאָל דיך אַ ניכפּה = Que l’épilepsie te renverse !

30. di popletsye zolstu bakumen ! = ! די פּאָפּלעציע זאָלסטו באַקומען = Que tu attrapes l’apoplexie …!

J’aime bien cette dernière avec l’abréviation/transformation populaire d’un mot déjà savant qui n’a rien de yiddish au départ:  » popletsye » pour apoplexie …

31. aynnehmen zolstu di mise nikhpe ! = ! אײַננעמען זאָלסטו די מיאוסע ניכפּה = Que tu attrapes la mauvaise épilepsie ..!

Toujours ce besoin de redondance pour donner plus de poids à l’imprécation: comme s’il existait une  » bonne » épilepsie…

 


rak = ראַק = le cancer

Battons le fer tant qu’il est chaud… Hier, nous avions en ligne la page de Michael Wex dans laquelle il explique que ces imprécations ne visaient jamais les maladies très graves, celles qu’on craignait le plus, comme tuberculose ou cancer. Ce qui tend à confirmer qu’on en dit bien plus qu’on ne pense, simplement pour évacuer colère et adrénaline.

Wex a sans doute raison, puisque le cancer n’est pratiquement jamais évoqué … à une exception près!

Une imprécation savoureuse et bien dans l’esprit yiddish. Il est fort possible, de mon point de vue presque certain qu’une personne ( un auteur peut-être )l’a inventée . Es makht nisht oys. Ca ne fait rien…

Cette imprécation là est attestée dans deux livres au moins, un publié par l’université de jérusalem, l’autre dont on peut voir des extraits en ligne de Lita Epstein, publié aux USA. (If You Can’t Say Anything Nice)

32. got zol dir gebn a rak mit a rekele- vestu hobn a gantsn kostyum ! = ! גאָט זאָל דיר געבן אַ ראַק מיט אַ רעקעלע ־ װעסט האָבן אַ גאַבצן קאָסטיומ = Que Dieu te donne un cancer avec un petit « cancerou » , tu seras habillé ( ça te fera le costume complet) !

Ceci est basé sur un jeu de mot :

rak = ראַק = le cancer ( le crabe aussi)

rok = ראָק = la veste ( de costume)

Mais les diminutifs yiddish étant souvent formés sur le pluriel du mot, rak et rok se retrouvent avec le même diminutif… De plus, selon les régions, la différence phonétique n’existait pas … RAK pouvait être prononcé ROK

Autrement dit, le cancer et son rejeton ( « cancérou », à la provençale) peuvent être compris en deuxième sens comme veste et veston, d’où la suite … tu seras bien habillé..


Remates = רעמאַטעס = le rhumatisme

33. remates dir in di pyates !=  ! רעמאַטעס דיר אין די פּיאַטעס  = Que tu aies des rhumatismes dans les talons ( ou dans la plante des pieds )

comprendre, « que chaque pas te fasse mal !  »

34. di fis zoln dir dinen nor oyf remates ! = ! די פֿיס זאָלן דיר דינען נאָר אױף רעמאַטעס  = Que tes jambes ne te servent que pour les rhumatismes !


Diarrhée  et maux de ventre.

35. S’zol dir shneydn bay di kishkes/ in di gederem ! = ! ס’ זאָל דיר שנײדן אין די קישקעס/ אין די געדערעם    =  Que ça te tenaille dans les intestins !

Remarque : kishkes = קישקעס  et gederem = געדערעם   sont deux synonymes pour intestins ou entrailles.

En voici une originale et..mélodique!

36. s’zol dir azoy dreyn in boykh, me zol meynen az s’iz a katerinke ! = ! ס ‘זאָל דיר אַזױ דרײען אין בױך , מע זאָל מײנען אַז ס איז אַ קאַטערינקע = Que ça se tourne et retourne dans ton ventre au point que les gens pensent qu’il s’agit d’un orgue de barbarie…

der boykh = boykh  = le ventre

di katerinke = קאַטערינקע = orgue de barbarie

Celle-ci également musicale…

37. s’zol dunern dir in boykh, vestu meynen az s’iz a humen-klaper ! = ! ס זאָל דיר דונערן אין בױך ,װעסטו מײנען אַז ס’איז אַ המן ־קלאַפּער  = Que ça tonne dans ton ventre, au point que tu crois que c’est la crécelle de Haman ( celle que les enfants agitent lors du Purim-shpil) !

38. s’zol dir kumen a yogenish ! = ! ס’ זאָל דיר קומען אַ יאָגעניש = Qu’il te vienne une  » courante  » ! Ici, le mot yogenish = précipitation , est un joli euphémisme pour la diarrhée. On trouve parfois aussi loyfenish , littéralement  » courante » .

39. a shneydenish dir in boykh ! = ! אַ שנײדעניש דיר אין בױך  = Qu’une douleur te transperce le ventre !   Du verbe shneydn = couper…

40. zol dikh haltn far dem boykh ! = ! זאָל דיך האַלטן פֿאַר דעם בױך  = Que tu te tiennes le ventre  ( de douleur ) !

41. shreyen zolstu oyf boykh  ! = ! שרײען זאָלסטו אױף בױך   = Que tu cries ( de douleur) à cause de ton ventre…! Qu’il te fasse crier de douleur…!

42. a kortsh dir in boykh ! = ! אַ קאָרטש דיר אין בױך  = Que tu aies une crampe dans le ventre !


 

Original, une maladie qui n’affecte justement pas les humains ! Quel plaisir de la souhaiter ( sans risque) à une personne trop bavarde ou dont les propos ne nous conviennent pas ( mensonge, bêtise, médisance, calomnie, etc)

pipitsh = פּיפּיטש = la pépie

Cette maladie des oiseaux se caractérise par une petite peau blanche qui recouvre alors l’intérieur du bec.

En français, lorsqu’on l’utilise pour un humain, cela signifie  » avoir grand soif » = j’ai la pépie

Ou en négatif = il n’a pas la pépie = il boit comme un trou…

Mais en yiddish, il s’agit bien de souhaiter au malencontreux bavard qu’on lui souhaite un truc, une maladie qui lui cloue … le bec

43. a pipitsh zol dit oyfvaksn oyf der tsung ! = ! אַ פּיפּיטש זאָל דיר אױפֿװאַקסן אױף דער צונג.= Que la pépie te pousse sur la langue !

di tsung = די צונג = la langue


 

Après les maladies, nous continuons à nous occuper du corps avec les malformations ou les douleurs.

THEME : MALFORMATIONS ET DOULEURS

der tson = דער צאָן = la dent

di tseyn = די צײן = les dents
der tsonveytik = דער צאָנװײטיק = le mal de dents

la première de ces imprécations, très connue , vous sera certainement familière :

44. ale tseyn zoln dir aroysfaln , nor eyner zol dir bleybn – oyf tsonveytik ! = ! אַלע צײן זאָלן דיר אַרױספֿאַלן נאָר אײנער זאָל דיר בלײבן ־ אױף צאָנװײטיק = Que tu perdes toutes tes dents ( que toutes tes dents tombent) sauf une … pour le mal de dents !

Une imprécation particulière, réservée à une femme ( crêpage de chignon par parole interposée ) :

45. in a vinterdiker nakht zoln dir raysn di tseyn un in a zumerdikn tog zolstu geyn tsu kind ! = אין אַ װינטערדיקער נאַכט זאָלן דיר רײַסן די צײן און אין אַ זומערדיקן טאָג זאָלסטו גײן צו קינד = Que par une nuit d »hiver tu aies une rage de dents ( des élancements dans les dents) et que tu accouches par une journée d’été !

Remarque :  » tu enfanteras dans la douleur »… C’était avant les travaux des Soviétiques Nikolaïev et Velvosky , avant la méthode Lamaze chez nous ( accouchement sans douleur). Accoucher par une journée torride d’été , le comble du raffinement, alors… Quant à la rage de dents en pleine nuit d’hiver!

Encore plus méchante, celle-ci puisqu’au-delà de la douleur physique du mal de dents, on souhaite à l’autre…le deuil !

46. in di zumerdike teg zolstu zitsn shive un in di vinterdike nekht zolstu zikh raysn oyf di tseyn  != אין די זומערדיקע טעג זאָלסטו זיצן שיבעת און אין די װינטערדיקע נעכט זאָלסטו זיך רײַסן אױף די צײן = Que tu restes à observer les sept jours de deuil pendant les jours d’été et que tu aies des rages de dents durant les nuits d’hiver!


 

Le nouveau thème concerne encore et toujours le corps mais pas directement au travers des maladies dénommées.

On souhaite la souffrance à l’autre, sans préciser le type de souffrance. celle-ci pourra affecter diverses parties du corps, d’où les nombreuses variantes.

der veytik = דער װײטיק = la souffrance, la douleur

47. a veytik in dir-nit ! = ! אַ װײטיק אין דיר – ניט ! = Surtout que tu n’aies pas de douleur !

C’est l’antiphrase par excellence , le ton aidant, l’auditeur sait parfaitement qu’on lui souhaite au contraire de bien souffrir !

48. a veytik in mayne soynims kep ! = ! אַ װײטיק אין מײַנע שונאימס קעפּ = Que la douleur s’abatte sur les têtes de mes ennemis !

Ici, il s’agit d’une imprécation générale …

49. a veytik dir in boykh, in hartsn, in di zaytn ! = ! אַ װײטיק דיר אין בױך , אין האַרצן , אין די זײַטן = La douleur pour toi dans le ventre, dans ton coeur, dans les côtes …!
On pourrait imaginer toute autre variante avec toute autre partie du corps.

der boykh = דער בױך = le ventre

dos harts = דאָס האַרץ = le coeur

di zayt = די זײַט = la côte.


 

Encore deux exemples insistant sur la douleur sans préciser quel endroit du corps devrait être touché.

Dans le premier, il s’agit de souhaiter une douleur …sans fin.

50. s’zol dir vey ton un s’zol nit oyfhern ! = ! ס’זאָל דיר װײ טאָן און עס זאָל ניט אױפֿהרן ! = Que ça te fasse mal et ( surtout) que cela ne cesse pas !

Pour le deuxième exemple, la saveur de cette imprécation réside dans l’énumération de la diversité de la douleur… Elle peut être délicieusement différenciée… Et l’idéal c’est de tout avoir en même temps…

51. s’zol dikh onkhapn a shtekhenish un a brekhenish, a raysenish un a baysenish ! = ! ס’זאָל דיך אָנכאַפּן אַ שטעכעניש און אַ ברעכעניש , אַ רײַסעניש און אַ בײַסעניש ! = Que tu sois saisi d’élancements, de courbatures ( sensation d’être rompu), de douleurs qui te déchirent et te mordent !

Pour bien comprendre, ces quatre types de douleurs sont dérivés de verbes :

– shtekhn = שטעכן = piquer, pourfendre
– brekhn = ברעכן = casser, rompre
-raysn = רײַסן = déchirer
– baysn = בײַסן = mordre.


 

DER HORB = gibbosité, bosse

Est-ce qu’un bossu porte malheur ou bonheur en yiddish? Paraît que par chez nous ( France), toucher la bosse du bossu porterait chance?
Cela suffirait à expliquer qu’on la souhaite généreusement… à l’autre émoticône smile

52. a horb zol dir onvaksn ! = ! אַ האָרב זאָל דיר אָנװאַקסן = Qu’il te pousse une bosse ( sur le dos), (une gibbosité , une vraie…)

der horb = דער האָרב = la bosse


 

Une douleur particulière : la CRAMPE.

Deux mots, synonymes :

דער קראַמפּ = der kramp
דער קאָרטש = der kortsh

Tous deux signifient crampe/ spasme…
Ces crampes ou spasmes , on peut les avoir à bien des endroits, du ventre aux doigts de pieds.

Voici donc quelques exemples et l’ on peut selon l’envie imaginer toutes les variantes possibles. Un brin d’imagination!

53. a kramp dir in layb ! = ! אַ קראַמפּ דיר אין לײַב = Que tu aies une bonne crampe dans le corps !

54. a kramp dir in boykh ! = ! אַ קראַמפּ דיר אין בױך = Que tu aies une bonne crampe dans le ventre !

55. a kortsh dir in di kishkes ! = ! אַ קאָרטש דיר אין די קישקעס = Que tu aies des crampes dans les intestins ..!


Hier, nous parlions de crampes dans le ventre, la suite logique sera la diarrhée , naturelle ou provoquée. Phénomène naturel, déjà évoqué dans IMPRECATIONS YIDDISH N° 11.

Une imprécation avec un mot dialectal pour diarrhée , dont je sais seulement qu’il vient du verbe drisken = דריסקען , mot très vulgaire = chier

donc : di dristsikhe := דריסציכע = la courante, la diarrhée

56. umtraybn zol dikh dristsikhe ! = ! אומטרײַבן זאָל דיך דיסציכע = Que la diarrhée ( la courante) ) te presse sans répit !

Provoquée celle-là : Et pas par n’importe quoi . L’huile de ricin, ce remède qui nous donne des sueurs froides lorsque resurgissent les souvenirs d’enfance. Donnée à forte dose, c’est un laxatif puissant, pouvant même provoquer des diarrhées mortelles. il semble que c’était un des moyens de torture préférés des Chemises noires de Mussolini…

En yiddish : ritsneyl = ריצנאײל = huile de ricin

57. azoy fil ritsneyl zolstu oystrinken ! = ! אַזױ פֿיל ריצנאײל זאָלסטו אױסטרינקען = Que tu ingurgites tant et tant d’huile de ricin !


L’enflure ! er iz geshvoln = געשװאָלן

Une étrange malédiction que de souhaiter à quelqu’un d’enfler ! Mais, en arrière-plan, il y a l’idée d’inflammation, de maladie et puis, la suite logique ( on y viendra plus tard), à force de gonfler on peut éclater… Comme cette grenouille qui voulait se faire plus grosse que le boeuf…

Toujours est-il qu’on retrouve quelques exemples imaginatifs bien sûr…

58. Geshvoln zolstu vern vi a fas ! = ! געשװאָלן זאָלסטו װערן װי אַ פֿאַס = Que tu gonfles comme un tonneau !

di/der/dos ( ça dépend des régions) fas = די/דער/דאָס פֿאַס = le tonneau

59. Geshvoln zolstu vern vi a barg ! = ! געשװאָלן זאָלסטו װערן װי אַ באַרג = Que tu gonfles comme une montagne !

der barg = דער באַרג = la montagne

Le fin du fin, car il fait référence à la culture, à l’implicite que chacun connaît sans qu’il fut nécessaire d’expliquer pour les autochtones :

60. Geshvoln zolstu vern vi der khelemer barg ! = ! געשװאָלן זאָלסטו װערן װי דער כעלעמער באַרג = Que tu enfles comme la montagne de Chelm..!

Alors, cela nous renvoie aux récits mythiques sur la ville de Chelm et de ses habitants, de leurs conseil de Sages , leurs assemblées ( aseyfe) et leur prétendue sagesse , leur logique si terre à terre qu’à la fin, ils obtiennent, bien sûr, un résultat contraire à celui recherché…

Cette montagne? Par un été torride, les habitants de Chelm n’en pouvaient plus. Ils étouffaient de chaleur, ne pouvaient plus travailler, respirer.Quoi faire? Vos ton? On convoqua comme il se doit une asife, une assemblée et nos Sages de réfléchir…

« C’est la montagne , près de la ville qui est responsable ! Elle empêche l’air de circuler dans la ville tant elle est imposante. La seule solution: la pousser un peu plus loin !  » On envoya les juifs les plus costauds, ils retroussèrent leurs manches et se mirent à pousser, pousser.

La chaleur aidant, ils se défirent du kaftan léger, de la chemise et même, Dieu leur pardonne, de la tunique de prière qu’on porte à même la peau….

Mal leur en prit, des ganovim, voleurs passèrent par là. Même un yiddisher ganev ne crache pas sur ça ! Et tout de disparaître.

Nos Chelmer, poussi, poussa, n’en pouvaient plus. Tout à coup, l’un deux réalisa : Gvalt ! nos habits ! oy a brokh !
Et cherche que je te cherche ! RIEN …

Comme tout Khelemer qui se respecte, on court voir les Sages et on convoque une assemblée pour trouver collectivement une explication au problème. On n’est pas Khelemer khokhmer pour rien !

Et de réfléchir … Enfin, la vérité , évidente, se fit jour… puisque vous avez perdu de vue vos habits, c’est que vraiment, merci ! vous avez réussi à la repousser très loin , cette montagne! Toute la kehile, la communauté vous en sera reconnaissante. Et nos habitants de Chelm, sachant la montagne éloignée , respirèrent un bon coup, découvrant à leur insu ce que les goyim appellent la méthode Coué:  » qu’il fait bon maintenant, quel air frais…  » .
Et comme on la connait cette grosse montagne de Chelm !

Pas un yid qui n’ait su de quoi il retournait… geshvoln zolstu vern vi der khelemer barg ! C’est pas rien !


THEME : FAIRE TAIRE L’AUTRE

Différentes façons de faire comprendre à un interlocuteur qu’on n’apprécie guère ce qu’il dit et qu’il ferait tout aussi bien de se taire…

61. dos moyl zol dir fun hintn shteyn ! = ! דאָס מױל זאָל דיר פֿין הינטן שטײן = Que tu portes ta bouche par derrière ! ( là où vous pensez…)

Un autre endroit:

62. dos moyl zol zikh dir shteln oyf a zayt ! = ! דאָס מױל זאָל זיך דיר שטעלן אױף אַ זײַט = que ta bouche aille se poser sur ton flanc !

Plus douloureux :

63. dos moyl zol dir aroysdreyen ! = ! דאָס מױל זאָל דיר אַרױסדרײען = que ta bouche se torde !

Plus original :

64. zol dayn motl zikh keynmol nit farmakhn un dayn hintn keynmol zikh nit efenen ! = ! זאָל דײַן מױל זיך קײנמאָל ניט פֿאַרמאַכן און דײַן הינטן קײנמאָל זיך ניט עפֿעבען = Que ta bouche ne puisse jamais se refermer et ton derrière jamais s’ouvrir !

Transformation de l’organe de la parole :

65. a hiltserne tsung zolstu bakumen ! = ! אַ הילטסערנע צונג זאָלסטו באַקומען = Que ta langue devienne de bois ! ( a prendre au sens propre, aucun rapport avec notre expression « parler la langue de bois ».  Là, il s’agit bien de voir cette langue impropre à se bouger et à parler…

66. opnemen zol dir dos loshn ! = ! אָפּנעמען זאָל דיר דאָס לשון = Que la parole ( la langue que tu parles) te sois enlevée ! = Que tu perdes l’usage de la parole, des mots…!


THEME : PERTE D’ORGANES OU DE PARTIES DU CORPS. PERTE SPONTANEE… 

Quoi de mieux après les maladies que de souhaiter à celui contre lequel on a plus qu’une dent que de le voir amputé, estropié , naturellement ou pas…

Toutes les parties du corps peuvent être concernées et l’imagination offre diverses façons de se représenter la chose…

67.  der kop zol dir arop ! = ! דער קאָפּ זאָל דיר אַראָפּ = Que tu perdes la tête ( pas par amour ! Au sens propre = qu’elle tombe par terre, se détache de ton corps )

der kop = דער קאָפּ = la tête

68. di tsung zol dir opfaln ! = ! די צונג זאָל דיר אָפּפֿאַלן = Que ta langue tombe ! ( qu’elle se détache de ta bouche)

di tsung = די צונג = la langue ( organe)

Dans cette troisième malédiction, la perte d’organe ou de membre est suggérée astucieusement :

69. ikh zol dikh zen mit a fus un du mikh mit eyn oyg ! = ! איך זאָל דיך זען אױף אײן פֿוד און דו מיך מיט אײן אױג = Que je te voies sur une seule jambe et que toi, tu me voies avec un seul oeil !

der fus = דער פֿוס = la jambe ou le pied

dos oyg = דאָס אױג = l’oeil

Perte complete des quatre membres:

70. opnemen zol dir di hent un fis  ! = ! אָפּנעמען זאָל דיר די הענט און פֿיס = Que tu perdes mains et pieds ( bras et jambes) !

71. hent un fis zoln dir opnemen ! = ! הענט און פֿיס זאָלן דיר אָפּנעמען = Que tes mains et tes pieds te tombent ( du corps) !

72. aroyskrikhn zoln dir di oygn ( fun kop) ! = ! אַרױסקריכן זאָלן דיר די אױגן ( פֿון קאָפּ) =  Que les yeux te sortent ( de la tête) !…. Au sens propre !

73. di oygn zoln dir aroys ! = ! די אױגן זאָלן דיר אַרױס = même traduction… Que les yeux te sortent de la tête !.. L’idée de sortir du corps est rendue par le coverbe ( particule verbale) : aroys.

74. aroyskrikhn zoln dir di gederem, di kishkes ! = ! אַרױסקריכן זאָלן דיר די געדערן , די קישקעס = Que les entrailles, les boyaux te sortent ( du ventre) !

75. di gederem, di kishkes zoln dir aroys ! = ! די געדערענ, די קישקעס זאָלן דיר אַרױס = idem… que les boyaux, les intestins te sortent ( du ventre) !

Plus laconique mais énergique :

76. kishkes aroys ! = ! קישקעס אַרױס = Zou! Dehors tes boyaux !!!


THEME : BRÛLURES , FEU

FAYER ! dos/ der fayer = le feu !

77. a fayer oyf dir ! = ! אַ פֿײַער אױף דיר = que le feu soit sur toi ! = Puisses-tu brûler !

78. a fayer in dayn leber ! = אַ פֿײַער אין דײַן לעבער = Le feu dans ton foie !

di leber = די לעבער = le foie

79. a fayer dir in boykh ! = אַ פֿײַער דיר אין בױך = Le feu dans ton ventre !

der boykh = דער בױך = le ventre

80. a fayer dir in dayne gederem ! = ! אַ פֿײַער דיר אין דײַנע געדערעם = le feu dans tes entrailles !

di gederem = געדערעם = les entrailles, intestins

81. a fayer zol dikh trefn ! (vi du redst) = ( אַ פֿײַער זאָל דיך טרעפֿן ! ( װי דו רעדסט = que le feu ( la foudre) te frappe ! ( quand tu parles)

82. a fayer zol dikh farbrenen  ! =  ! אַ פֿײַער זאָל דיך פֿאַרברענען = Que le feu te brûle entièrement !

83. a fayer zol zikh araynkhapn tsu dir in shtub ! = ! אַ פֿײַער זאָל זיך אַרײַנכאַפּן צו דיר אין שטוב = Que le feu s’introduise tans ta maison ! = Que l’incendie frappe ta maison !

84. a fayer zukht dikh ! = ! אַ פֿײַער זוכט דיך = litteralement = le feu te cherche…= que le feu te trouve! qu’il te consume ! …

85. brenen zolstu vi a fayer ! = ! ברענען זאָלסטו װי אַ פֿײַער = Que tu brûles comme un feu de joie !…

86. brenen zol oyf dir di fel ! = ! ברענען זאָל אױף דיר די פֿעל = Que ta peau brûle sur toi = puisses-tu brûler vif !

87. brenen zolstu oyfn fayer ! = ! ברענען זאָלסטו אױפֿן פֿײַער = Que tu brûles dans le feu !

88. brenen zolstu on strakhovke ! = ! ברענען זאָלסטו אָן סטראַכאָװקע = Que tu brûles ( toi et tes biens) et… sans contrat d’assurance !

Ici, une malédiction particulière, reflet de l’opposition violente qui a existé entre hassidim et mitnagdim ( partisans du hassidisme et partisans de l’orthodoxie) :

89. brenen zol dos ort vu der khassid shteyt ! = ! ברענען זאָל דאָס אָרט װו דער חסיד שטײט = Que le feu prenne à l’endroit où se tient le Hassid !

Ouf ! c’est chaud, tout ça …


THEME : PERTE D’ORGANES OU DE PARTIES DU CORPS . PROVOQUEES, AMPUTATIONS, ABLATIONS

Voilà qui devient plus sérieux !

90. di fis zoln dir untergehakt vern ! =!  די פֿיס זאָלן דיר אונטערגעהאַקט װערן = Qu’on te tranche les jambes !

91. aroysshlepn zol men dir di kishkes fun boykh un arumvikeln zey ibern haldz ! = ! אַרױסשלעפּן זאָל מען דיר די קישקעס פֿון בױך און אַרומװיקעלן זײ איבערן האַלדז* = Qu’on te retire les intestins du ventre et qu’on te les enroule par-dessus le cou !

92. me zol nitsn dayne kishkes oyf hengen vesh ! = ! םע זאָל נוצן דײַנע קישקעס אױף הענגען װעש = Qu’on utilise tes boyaux pour pendre le linge !

Une spontanée qui m’avait échappé :

93. di leber zol dir shtiklervayz durkh der noz aroysflien ! = ! די לעבער זאָל דיר שטיקלערװײַז דורך דר נאָז אַראָספֿליען = Que ton foie te sorte du nez par petits bouts…!


 

 

31 – LA RECETTE DU JEUDI (de l’été) : FRIShE GRINSN (crudités)

Réalisée à quatre mains, avec ma sœur Claudine Fudym.
www.cuisineyiddish.com

Les pays d’insertion du YIDIShLAND sont enclavés et partagent un climat continental : des hivers froids et longs, des étés courts et chauds. Plus on va vers l’Est, plus le climat est rude. Au ShTETL, la cuisinière à bois sert autant à la cuisine qu’au chauffage.
Ainsi en été, les “chachlik” (recette n° 30) permettent de cuire à l’extérieur…Notre ami Av Winogradsky Frenkel commente :

« les shashliki/шашлики sont très en vogue tout autour de Beer-Sheva, ce qui est amusant par temps de chaleur, mais aussi partout en Israël ». 

Aujourd’hui, entre kémia et zakouski, la tradition des crudités (FRIShE GRINSN) s’impose, sans consommation d’énergie !

INGRÉDIENTS :

Artichauts (petits), carottes, chou-fleur, chou rouge, concombre, fenouil, oignons nouveaux (TsIBELES), poivrons, radis noir, radis roses, salade verte, tomates…

CONDIMENTS :

Beurre, citron (option), fromage blanc, herbes aromatiques, jaunes d’œuf hachés, mayonnaise, poivre, sel, vinaigrette… pain et petit verre de vodka avec TsIBELE ! (avec modération).

Bien entendu, tu dois tout bien laver, éplucher et débiter en tranches, en bâtonnets, en julienne, râpés, ou selon ta fantaisie… L’intérêt de présenter les condiments à part, c’est de respecter le goût de chacun, mais aussi de mieux conserver les crudités, s’il en reste.

Cette liste n’est pas exhaustive, beaucoup de légumes peuvent se manger crus mais, par principe, nous nous limitons à ceux des terroirs du YIDIShLAND (avant la guerre de 14, période de la grande migration des Juifs d’Europe de l’Est), avec notamment le radis noir, pour moi chargé de nostalgie, ainsi que les TsIBELES et les incontournables tomates-concombres… Nos ancêtres étaient écolos et “locavores” sans le savoir : les légumes frais parcouraient bien moins de 50 km avant d’être consommés.

Pour revenir vers le site : http://www.yiddishpourtous.com/#!blank/w14qs

 

30 – LA RECETTE DU JEUDI : “chachlik” (Russie) brochettes d’agneau

 

 

 

30.5 CHACHLIK

 

La cuisson au feu de bois est la plus ancienne, voire la seule jusqu’au XIX° siècle. Si aujourd’hui nous avons le choix entre de nombreuses énergies pour griller, cuire sur des braises donne aux aliments un goût irremplaçable. Dès l’arrivée des beaux jours, les “chachlik”, plat traditionnel caucasien, font florès. Mais attention, le feu est une affaire d’homme ! Avant la guerre de 14, la moitié du YIDIShLAND (plus de cinq millions d’Ashkénazes) était administré par l’empire tsariste.

INGRÉDIENTS : pour 6 brochettes :

– 900 g d’agneau (épaule désossée, les Ashkénazes les plus FRUM n’utilisent pas l’arrière-train)
– 2 poivrons (1 rouge et 1 vert)
– 2 oignons coupés en quatre
– 3 c à s d’huile (de tournesol de préférence)
– herbes aromatiques (au choix : thym, romarin, estragon, aneth, persil…)
– sel et poivre au moment de servir

Options : champignons de souche  et vin pour la marinade

Coupe la viande, en cubes de 2,5 cm de côté environ. Prépare la marinade en mélangeant les herbes aromatiques à l’huile et enduis-en chaque morceau. Laisse-les mariner quelques heures ou la nuit. Si tu disposes d’une viande moins tendre, ajoute 2 verres de vin à la marinade.

En attendant que le feu de bois prenne et fasse des braises, répartis les morceaux de viande en six tas, puis prépare les chachlik sur de longues broches métalliques. Intercale entre chaque morceau de viande, les champignons coupés en deux (option), les tranches de poivron rouge et vert alternés et les éclats d’oignons, serrés de sorte qu’ils tiennent bien sur la broche.

Mets les chachlik à griller au-dessus des braises en les tournant d’un quart de tour toutes les 2 à 3 min. Sale et poivre en fin de cuisson.
Sers les chachliks bien grillés, avec des pommes de terre en papillote cuites sous la braise, des lentilles, des crudités de ton choix en salade ou des UGERKES (cornichons).

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29 – LA RECETTE DU JEUDI : clafoutis aux cerises

29.4 Clafoutis aux cerises

Pas de polémique : le clafoutis est une spécialité limousine sans conteste, mais dont on trouve de nombreuses variantes en Europe. Nous avons déjà vu, avec la soupe de cerises (Hongrie) qu’on trouvait des cerises dans tout le YIDIShLAND.

Mais aussi, tu peux faire un clafoutis avec toutes sortes de fruits : mirabelles, quetsches, pêches, abricots, groseilles à maquereau…
À l’instar de nombreuses recettes yiddish, il s’agit de valoriser, de magnifier le produit… c’est simplement une sorte de flan qui enveloppe directement les fruits, sans abaisse de pâte, à la différence des tartes.
Attention, au Limousin on ne dénoyaute pas les cerises !

  • INGRÉDIENTS :

    – 750 g de cerises (griottes, de préférence)
    – 2 œufs entiers, plus 2 jaunes
    – 25 cl de lait (environ)
    – 60 g de beurre pommade dont 10 g pour chemiser le moule
    – 100 g de farine (environ)
    – 100 g de sucre cristallisé
    – 2 sachets (2 x 7,5 g) de sucre vanillé (dont 1 pour saupoudrer)
    – 1 bonne pincée de sel

Option : 1 petit verre d’alcool de ton choix ou eau-de-vie (“schnaps”).

Lave, équeute, dénoyaute (facultatif), égoutte et réserve les cerises.
Fouette les œufs avec sel, sucres, alcool, beurre et amalgame la farine, délaie-la avec le lait, en quantités suffisantes pour obtenir une pâte bien lisse pas trop liquide. Laisse-la reposer.

Chemise un moule à clafoutis en étalant au pinceau du beurre pommade, rafraîchis-le au réfrigérateur pour durcir le beurre.
Préchauffe le four à 180 °C. Éparpille les cerises dans le moule et verse la pâte au-dessus en une seule fois. Enfourne pour environ ¾ h.

À la sortie du four, saupoudre de sucre vanillé et, si besoin est, ajoute quelques min sous le gril.

N’essaie pas de démouler à chaud. Sers frais.

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