VINKL LITE (1) par Bat Kama At

À la suite d’une discussion sur les livres mémoriaux, les Yizker Bikher, j’avais envie de présenter d’un peu plus près le Sefer Telz (Telsiai en Lituanie) auquel j’ai fait allusion. Publié en 1984 [[Sefer Telz (Lita); matsevet zikaron le-kehila kedosha, Editeurs: Yitzhak Alperovitz, Tel Aviv, Telz Society, publié en Israel, 1984]] le Livre du Souvenir de Telz est l’un des ouvrages tardifs de cette littérature qui voit le jour après la guerre.

http://www.jewishgen.org/yizkor/Telsiai/telsiai.html

Ces monuments de papiers, quand bien même ils se rattachent au genre ancien du pinkas, du registre communautaire, sont dorénavant une réponse au Hurbn, à la destruction. Et comme tous ces ouvrages, le Sefer Telz est le fruit d’un effort collaboratif des originaires de la ville ou d’anciens élèves de la Yeshiva de Telz ou du Gymnasium Yavne de Telz (le lycée de filles auquel j’ai consacré le projet Bat Kama At).

Mes parents avaient participé à la souscription qui avait permis sa publication et parmi les rédacteurs figurait au moins un ami de mon père qui vivait en Israël, Tuvie Bal-Shem z’l’ – que j’ai interviewé 25 ans plus tard lors de l’enquête qui a conduit à concevoir Bat Kama At – était en possession des albums de photos ou de reproductions qui figurent dans le Sefer Telz du fait de son rôle en tant que rédacteur et promoteur de l’ouvrage. Dans les années précédantes, mes parents, lors de plusieurs voyages en Eretz, avaient retrouvé des Telzer à diverses occasions, y compris lors de rassemblements des anciens de la « Société de Telz ». Ces réunions les bouleversaient toujours mais à l’époque où ils m’en ont parlé j’étais « ailleurs ».

Comme beaucoup de ces ouvrages, le livre comporte deux parties, l’une en yiddish, l’autre en hébreu. Mon exemplaire du Sefer Telz est à Paris, je n’ai pas voulu l’éloigner de mon père, mais il est à présent en totalité consultable sur le lien de la NYPL, http://yizkor.nypl.org/index.php?id=2740

Une quarantaine de pages sont illustrées par des photographies dont les reproductions laissent souvent à désirer, et que je n’ai regardées avec attention que beaucoup plus tard quand je me suis mise à collecter les photographies des jeunes filles de Telz. Parfois je ne les ai vraiment remarquées et « comprises » que lorsque j’ai vu l’original entre les mains d’une des survivantes et entendu le récit qui s’y rattachait. J’ai appris à regarder tout autrement ces photos d’une époque révolue, ces traces d’un jardin dévasté.

L’une des pages qui à le plus compté pour moi à été le plan de la bourgade, dessiné à main levée (par Tuvie Bal Shem ?), annotée par mon père dans son exemplaire et dont j’ai parcouru obsessionellement chaque ruelle au fil de mes retours à Telz qui reste ma ville d’origine sans que j’y sois née. Je reviendrai sur cette carte dans une rubrique qui lui sera entièrement consacrée.

Le livre est organisé en cinq chapitres comportant des articles ou des témoignages : I) L’histoire des Juifs de Telz II) La Yeshiva de Telz – ses rabbins et ses institutions III) Personnalités et figures IV) Mémoires et V) Le génocide où se trouve (page 367) le témoignage de mon père dont le nom a été orthographié Moshe Rosenbaum (car le « as » final des noms lituaniens correspond à une déclinaison).

Dans From A Ruined Garden, Jonathan Boyarin et Jack Kugelmass ont rassemblé une anthologie d’une rare tenue choisie parmi les quelques 750 ouvrages qui forment cette littérature des livres du souvenir. D’autres travaux donnent des clés et des aperçus.

En ce qui concerne le Sefer Telz, j’aimerais juste citer ici les références que mon père Moishe Rozenbaumas fait à ce volume dans l’introduction à ses mémoires, « L’odyssée d’un voleur de pommes » http://www.akadem.org/medias/documents/1_fichelecture.pdf
Ces quelques phrases rendent compte peut-être mieux que de longues études de ce que sont ces yizker bikher. Vous remarquerez que la carte est signée par son auteur Eléonore Biezunski et que la fiche Akadem cite sa source.
Voici donc les mots de mon père :
«  »Avant de commencer à égrainer ces souvenirs, je désire rendre hommage à ceux qui ont contribué à la publication du Livre mémorial de ma ville de Telz, Sefer Telz, et m’incliner devant la valeur et l’étendue de leur travail, oeuvre de préservation de la mémoire tout d’abord, travail historique dans un second temps. Notre génération s’éteindra bientôt, ses rangs s’éclaircissent, et cet ouvrage restera comme une bible pour nos enfants et les enfants de nos enfants. D’une façon ou d’une autre, nous, ceux qui avons survécu, devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour préserver cette mémoire, afin de laisser des traces pour les générations qui viendront. […] A présent, je voudrais dire quelques mots concernant les auteurs qui ont collaboré au Livre de Telz, ceux qui ont parcouru ce dur chemin et survécu aussi bien que ceux qui ont quitté le pays avant la guerre et n’ont pas assisté au malheur, mais qui ont perdu les leurs restés sur place. Chacun jette un regard singulier sur les choses, à un moment bien précis de sa propre existence d’être humain. Ainsi un même événement sera perçu et compris de façons diverses par ses différents protagonistes. Qu’on décrive un événement sur le coup ou bien quarante ou cinquante ans après les faits n’est pas anodin. […] Si j’écris d’un point de vue distinct de celui des auteurs du Livre de Telz, c’est parce que mon chemin a été différent. Je me sens toutefois infiniment proche d’eux et j’éprouve leurs souffrances car elles étaient les miennes propres. Lorsqu’ils évoquent leurs tragédies, je vois mes frères et ma mère. Prêter la main à rassembler cette mémoire est une tâche sacrée mais qui ne va pas de soi. C’est un pan de cette mémoire que je suis allé chercher au fond de moi-même. » »

Le Sefer Telz
Le Sefer Telz
Page 285 du Sefer Telz
Page 285 du Sefer Telz
Page 292 du Sefer Telz
Page 292 du Sefer Telz