In Varshever Geto iz itst khoydesh Nisn Binem Heller (1908-1998)

In Varshever Geto iz itst khoydesh Nisn.

Oyf koyses fun borsht un matses fun klayen

Dertseylt men oyf s’nay di amolike nisim,

Vi s’yidishe folk iz aroys fun Mitsrayim.

Vi alt iz di mayse, vi alt iz der nign !

Nor itst, bay farhangene fentster, der Seyder

Geyt on un tsermisht vert der emes un lign,

Az shver iz zey beyde funandertsusheydn.

Kol-dikhfin – bay fentster farshtelte un tirn,

Kol-dikhfin – un s’shreyen fun hunger di kinder,

Kol-dikhfin – bay leydike Peysekh makhshirim,

Kol-dikhfin – un s’khlipen di zkeynim di blinde.

In Varshever Geto iz itst khoydesh Nisn,

Mayn mame tut on oyf ir ponem dem shmaykhl.

Di lipn, vos zaynen fun hunger farbisn,

Fun yontev, zey vern itst milder un veykher,

Di oygn bay ir heybn vider on shaynen,

Azoy vi a mol, in fargangene yorn,

Un s’shoymen in zey oyf di rozhinke vaynen

Fun yene fargangene vayte sedorim.

Nor plutsling vakst on in zey groyliker khidesh,

Mit shtoynung tseshtrekt zi di hent ire frume :

Anshtot ontsuheybn dem seyder mit kidesh –

Di zin heybn on shfoykh-khamoskho tsu brumen …

In Varshever Geto iz itst khoydesh Nisn.

Un ful shteyt der kos Elihu hanoves.

Nor ver hot dem seyder do ibergerisn ?

Gekumen iz trinken der Malekh hamoves …

Vi shtendik – di daytshishe shprakh fun mundirn,

Vi shtendik – di shprakh fun bafelers genite,

Vi shtendik – zey zaynen gekumen do firn

A teyl fun dem yidishn folk tsu der shkhite …

Nor – neyn – s’vet di geto nit hern mer s’zidlen

Fun natsis, vos firn op yidn gehetste.

Mit blut vet men vider bashmirn di shtidlen –

Mit blut fun di fraye, mit blut fun di letste.

In Varshever Geto iz itst khoydesh Nisn.

Fun shokhn tsu shokhn vet ibergegebn :

Dos daytshishe blut zol nit oyfhern gisn,

Kolzma’n s’vet a Yid in dem geto nokh lebn !

Far zey – zol in oygn nit zayn keyn hakhnoe,

Far zey – zol in oygn nit zayn mer keyn trern,

Nor sine un shoym fun der vilder hanoe

Fun shteyn zey antkegn, fun kenen zikh vern !

Ot her, vi es hilkhn in khtsos op di shosn,

Ot her, vi der toyt geyt oyf blutike shpurn,

Ot her : di geshikhte vert itster farshlosn

Mit heldishn umkum fun leyl ha shimurim …

 

1. « kol dikhfin » : (« quiconque a faim, vienne et mange ») dans le passage de la Haggada de Pessah, Ha Lakhma Anya.

2. « shfoykh-khamoskho » : (répands ta fureur ») passage du rituel du Ssder récité la 1ère nuit devant la porte ouverte.

3. « leyl ha shimurim » : ou layl shimurim (nuit de garde : vakh nakht), poème attribué à Meir ben Isaac de Worms (11ème siècle) récité le soir du deuxième seder de Pessah. Chaque ligne commence avec « layl hashimurim » … Le poème décrit les événements et miracles auxquels Israël a survécu le long de son histoire.


 

 

Dans le ghetto de Varsovie, voici le mois de Nisan

Dans le ghetto de Varsovie, voici le mois de Nisan.

Sur des coupes de borsht et des matsot de son

Sont racontés à nouveau les miracles d’autrefois,

Comment d’Egypte le peuple juif est sorti.

Que l’histoire est vieille, que le chant est ancien !

Mais aujourd’hui, rideaux tirés, le Seder

Se déroule et vérité et mensonge s’entremêlent

Au point qu’il est difficile de les dénouer.

Kol-dikhfin – face aux fenêtres et aux portes masquées,

Kol-dikhfin – et de faim crient les enfants

Kol-dikhfin – face aux plats vides de Pessah

Kol-dikhfin – et les vieillards aveugles sanglotent.

Dans le ghetto de Varsovie, voici le mois de Nisan.

Ma mère habille son visage d’un sourire.

Ses lèvres, serrées par la faim,

En ce jour de fête, deviennent plus douces, plus tendres,

Ses yeux brillent à nouveau,

Comme autrefois, dans les années passées,

Et mousse en eux l’éclat des vins doux

De nos seders si lointains.

Mais soudain, y surgit un étonnement terrifiant

De stupeur, elle étend ses pieuses mains :

Au lieu de commencer le Seder par le kiddush

Ses fils se mettent à murmurer « shfoykh khamoskho » …

Dans le ghetto de Varsovie, voici le mois de Nisan.

Et pleine, la coupe du Prophète Elie attend.

Mais qui est venu interrompre le seder ?

L’ange de la mort est venu s’y désaltérer …

Comme toujours – la langue allemande des uniformes

Comme toujours – la langue des chefs chevronnés

Comme toujours – ils sont venus conduire

Une partie du peuple juif à l’abattoir …

Mais – NON – le ghetto n’entendra plus les injures

Des Nazis qui conduisent les Juifs harcelés.

Les linteaux seront à nouveau enduits de sang –

Avec le sang des Juifs libres, avec le sang des derniers.

Dans le ghetto de Varsovie, voici le mois de Nisan.

De voisin en voisin ces mots sont transmis :

Que le sang allemand ne cesse de couler,

Tant qu’un seul Juif sera vivant dans le ghetto !

Face à eux, plus aucune soumission dans le regard,

Face à eux, plus aucune larme dans les yeux,

Seules la haine et l’écume du plaisir sauvage

De leur résister, de pouvoir se défendre!

Ecoute ! comme les explosions résonnent dans la nuit,

Ecoute ! comme la mort suit les traces sanglantes,

Ecoute ! en ce moment l’histoire est scellée

Par la mort héroïque en cette nuit de Pessah…