13 – Histoires de cuisine yiddish: Homentashn

Histoires de homentashn

Parmi les pâtisseries teutoniques du Moyen-Age, il y en avait une en forme de triangle – remplie de la confiture, fromage blanc, et divers bonbons – appelée « Maultasche » (poche/sac à bouche) et, lorsqu’elles étaient fourrées avec des graines de pavot, « Mohntasche » (poche de graines de pavot). Le mot allemand médiéval « Tasche » signifie « poche » ou « petit sac » et a donné « taxe » en français, peut-être en référence à l’endroit où l’on gardait son argent.
Vers la fin du XVIe siècle, influencés par une coutume italienne et par la similitude du mot mohn avec Haman (Hamohn en hébreu), les Juifs allemands rebaptisèrent le petit gâteau teutonique « hamantasch », ce qui signifie « la poche de Haman ».
Par la suite, diverses significations symboliques ont été attribuées au hamantasch. La forme triangulaire était censée représenter les poches de Haman, par allusion aux pots de vin que le premier ministre se faisait verser, ou son chapeau tricorne, par allusion à son exécution. Les anciens Perses, cependant, ne portaient jamais de chapeaux tricornes. Ce couvre-chef, et ce symbole se sont répandus en Europe seulement vers 1690. D’après les commentateurs mystiques, les trois coins symbolisaient les trois patriarches – Abraham, Isaac et Jacob- dont les mérites sauvèrent leurs descendants du complot de Haman. Le remplissage dissimulé à l’intérieur de la pâte fait allusion à la présence cachée de Dieu dans l’histoire de Pourim. Comme on sait, Dieu n’est jamais mentionné dans la Méguila. Les graines de pavot symbolisent le régime végétarien observé par la reine Esther pour ne pas violer les interdits alimentaires quand elle vivait dans le palais royal.
A partir du XIVe siècle, quand des masses de Juifs de Rhénanie et d’Allemagne de l’ouest partirent vers l’est, ils emportèrent avec eux le mohntasche et il devint la pâtisserie préférée des ashkénazes d’Europe orientale pour Pourim. En Pologne, on commença à appeler ces pâtisseries « pireshkes », d’un mot slave pour «fête», quand elles étaient faites à d’autres moments que Pourim.
Cependant, ces pâtisseries perdirent la faveur des Juifs allemands, alsaciens, et néerlandais, qui favorisèrent les bonshommes en pain d’épice pour Pourim, car les manger était une façon de pendre Haman en effigie.
Néanmoins, par la simple force du nombre, au XIXe siècle, les mets des Juifs d’Europe de l’est en vinrent à dominer le monde ashkénaze et les homentashn s’imposèrent comme la pâtisserie ashkénaze par excellence pour Pourim.

14 – LA RECETTE DU JEUDI : HOMEN-TAShN (chaussons au pavot)