VLADKA MEED (1921-2012)

CJN_05-VLADKA MEEDVladka Meed, née Feigele Peltel, fut un membre de la résistance juive dans le Ghetto de Varsovie dès les premiers jours. La fille de Shlomo et Hanna Peltel, naquit le 29 décembre 1921 à Varsovie, où elle devint active dans le Zukunft, l’organisation de jeunesse du Bund, un puissant parti social-démocrate juif, fondé en 1897. L’organisation était opposée au sionisme et soutenait la langue et la culture yiddish et un nationalisme juif sécularisé dans la diaspora.

Le titre du livre de Meed, « Des deux côtés du mur », se réfère à la manière dont elle a servi dans la résistance en se faisant passer pour chrétienne à l’extérieur du ghetto de Varsovie.
Meed était adolescente à Varsovie lorsque l’invasion allemande de la Pologne a commencé. Elle était diplômée du Yiddish Folkshul, une école laïque où toutes les matières étaient enseignées en yiddish, le polonais n’étant étudié que comme seconde langue. Cependant, elle avait acquis un polonais fluide auprès de sa jeune sœur Henia, qui avait été scolarisée dans une école publique polonaise.

Le livre de Meed commence par les déportations à Varsovie le 22 juillet 1942 et la version originale se termine par l’insurrection polonaise de Varsovie en août 1944 (avec une courte section sur son retour à Varsovie après la libération de la ville par l’armée soviétique en janvier 1945).
Le récit de Meed, écrit peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, fut un des premiers témoignages majeurs sur la destruction des Juifs d’avant-guerre à Varsovie.
Il comporte des souvenirs détaillés des personnes et des événements qui donnent à son livre un sentiment d’immédiateté. Vladka y rappelait que malgré toutes les souffrances, la vie au Ghetto était riche en activités culturelles clandestines. « Certains ont simplement refusé de se suicider, ont continué à éduquer leurs enfants en secret, à célébrer leurs fêtes ». C’était, expliquait-t-elle, un moyen de «s’accrocher à la culture et à l’histoire afin que l’esprit ne soit pas écrasé». Le soulèvement qui a suivi ne fut rendu possible que par la «préparation intérieure pour se défendre contre l’ennemi».
Elle fut témoin des déportations qui se déroulèrent entre juillet et septembre 1942, lorsque entre 250 000 et 300 000 résidents du Ghetto furent envoyés à leur mort à Treblinka, y compris sa propre mère, un frère de 13 ans et une soeur mariée. Dans un récit presque insupportable, elle se rappelait: «Une femme courrait seule derrière la dernière voiture, les bras tendus, et criait: « Mon enfant! Rendez-moi mon enfant! »En réponse, une petite voix appelait de la voiture:« Maman! Maman!' »
Au début, personne ne connaissait le sort des déportés: «Personne n’imaginait les chambres à gaz. Ils pensaient qu’ils allaient travailler « , rappelait-elle. « Lorsque les rumeurs sur la vérité ont commencé à circuler, les gens ne les ont pas crues ».
Feigele Peltel survécut parce que, en raison d’une pénurie de main-d’œuvre à Varsovie, elle fut autorisée à quitter le ghetto pour travailler chez un tailleur qui confectionnait des uniformes nazis. Mais lorsque des nouvelles commencèrent à arriver sur le véritable destin des déportés, elle rejoignit l’Organisation Juive de Combat (Zydowska Organizacja Bojowa) et endossa la personnalité de Vladka, une Polonaise ethnique, afin de pouvoir se déplacer librement du côté chrétien du mur . Avec ses cheveux clairs et ses traits aryens, elle put maintenir le faux-semblant pendant près de trois ans. En tant que femme, elle avait un autre avantage: les hommes étaient souvent découverts en tant que juifs par le fait qu’ils étaient circoncis.
Dans les mois qui suivirent, Vladka acheta des armes et des munitions au marché noir, payées avec des anneaux, des montres et d’autres objets de valeur, qu’elle introduisait ensuite clandestinement dans le ghetto: « Je faisais passer la dynamite et l’essence pour les bombes à travers les grilles. Nous l’enveloppions dans du papier gras comme si c’était de la viande. Ou parfois, nous soudoyions simplement un garde nazi. »
Selon le spécialiste de la Shoah Michael Berenbaum, c’est Vladka Meed qui apporta la nouvelle qui confirmait le pire – que les trains emplis de Juifs retournaient vides de Treblinka, qu’aucune nourriture n’était envoyée dans le camp et qu’il régnait une puanteur omniprésente de chair brûlée et pourrissante.
Vladka Meed réussit à faire passer des enfants juifs pour être placés dans des familles chrétiennes compatissantes, mais elle affirmait que la plupart des Polonais ethniques étaient indifférents: «Un grand nombre d’entre eux étaient ouvertement antisémites et même, en quelque sorte, satisfaits», déclara-t-elle en 1973.
Vladka assista au soulèvement dans une sécurité relative à l’extérieur du ghetto et fut témoin de la fin d’un groupe de juifs capturés: « Près du mur du ghetto se tenait un Hassid barbu en caftan et son petit garçon », a-t-elle écrit. « Les gardes séparèrent les deux, mais le garçon revint en courant et s’accrocha farouchement à son père. Un Allemand leva alors sa carabine, souriant, les sépara à nouveau. Encore une fois, l’enfant revint comme une flèche, et l’Allemand éclata de rire. Alors, le père enlaça son enfant dans un pur désespoir. Plusieurs coups de feu retentirent – et tous deux restèrent ensemble, même dans la mort.
Les combats durèrent 28 jours, au cours desquels les balles et les bombes improvisées des Juifs étaient contrées par les outils de la guerre industrielle: mitrailleuses, chars et lance-flammes. La rébellion se termina par la destruction complète du Ghetto, que Vladka dû observer en faisant semblant de faire un tour de manège. « Les gens qui ont participé à la résistance armée savaient qu’ils allaient mourir », a-t-elle écrit. « Ce qui était important pour eux, c’était qu’ils voulaient choisir la façon dont ils allaient mourir ».

D’abord publié en yiddish par le Comité éducatif du Arbeter Ring de New York en 1948, le livre était basé sur vingt-sept articles qu’elle avait écrit en yiddish en 1946-1947 pour le Forverts. Depuis, le livre de Meed a également été publié en anglais, hébreu, espagnol, japonais et allemand. La première édition anglaise a été publiée par Beit Lohamei ha-Getta’ot (Ghetto Fighters ‘House) et Ha-kibbutz ha-Me’uhad Publishers en Israël en 1972.

Vladka Meed rencontra Czeslaw (Benjamin) Miedzyrzecka, plus tard connu sous le nom de Ben Meed, dans la résistance à Varsovie. Ils se marièrent peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale et arrivèrent à New York le 24 mai 1946 sur le deuxième navire apportant des survivants d’Europe.

Meed s’engagea immédiatement avec son mari dans le travail de transmission sur la mémoire de la Shoah. En tant que vice-présidente de la JLC, elle dirigea pendant de nombreuses années le Département culturel et social yiddish et fut responsable d’un film et d’une exposition sur le soulèvement du Ghetto de Varsovie. Pendant environ dix ans, elle fut la commentatrice JLC en langue yiddish pour un programme hebdomadaire sur WEVD, la station de radio yiddish de New York.

Vladka Meed s’est éteinte à Phoenix (Arizona), le 21 novembre 2012.

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