MALKA ZIMETBAUM (1918-1944)

CJN_12-MALKA ZIMETBAUMMala, Mally pour les intimes, en réalité Malka Zimetbaum, fille de Pinkas Zimetbaum-Hartman et de Chaya Schmelzer est née le 26 janvier 1918 à Brzesko, en Pologne. Cinquième et dernière enfant du couple, véritable garçon manqué, elle manifeste très tôt un goût prononcé pour la lecture et les langues. Outre le polonais et le yiddish, elle pratique l’allemand, le français, le russe, le flamand et l’anglais. Lorsque les Zimetbaum réalisent que les conditions de vie pour les Juifs en Pologne vont en se dégradant, la famille émigre. Pinkhas Zimetbaum se retrouve d’abord seul, en 1926, à Anvers, en Belgique. Son épouse et ses enfants le rejoignent, le 12 mars 1928.
En 1933, Mala adhère au mouvement scout de jeunesse sioniste Hanoar Hatsioni, avec, en toile de fond, un projet déjà bien ancré dans sa tête : rejoindre l’État juif en gestation pour vivre dans une société égalitaire idéale, le kibboutz.
1939. Mala a vingt et un ans. Une belle brune aux yeux gris. Les bruits de bottes se font menaçants en Europe. Le 18 mai 1940, Anvers tombe aux mains des troupes allemandes. Désormais, pour les 70 000 Juifs de Belgique, c’est le début de la fin : politique anti-juive, restrictions, travail forcé, étoile jaune…

Le 22 juillet 1942, Mala est arrêtée et incarcérée au Fort Breendonck avant d’être transférée à Malines avant d’être convoyée, le 15 septembre vers Auschwitz-Birkenau.
Rapidement sélectionnée pour la chambre à gaz, elle en échappe miraculeusement grâce au premier adjoint au commandant du camp qui a tôt fait de remarquer les qualités de cette déportée. Nul doute, dans son esprit, que cette polyglotte serait plus utile aux nazis vivante que morte.
Et Mala sera « Lauferin », coursière, une sorte de factotum aux ordres de la Chef, la Lagerführerin Maria Mandel, surnommée « la Bête » et de ses deux adjointes, Irma Grese et Margot Dreksler.

Quel charme, quel ascendant, la petite juive polonaise a-t-elle pu exercer sur ses geôlières pour disposer de la liberté qui sera la sienne? Difficile à dire. Le fait est, toutefois, que Mala, « interprète-chef » du camp, bénéficiera d’un statut privilégié tant du point de vue de ses conditions de « logement » que de la nourriture dont elle peut disposer ou des vêtements auxquels elle a droit.
Elle aurait pu profiter de cette chance pour se contenter égoïstement de ces avantages personnels. Ce qui fait la grandeur de Mala, c’est sa volonté, dès le début, de faire bénéficier les autres de son statut : conseils, encouragements, passe-droits, interventions providentielles pour épargner les malades et les plus faibles.

Raya Kagan, une survivante, explique ainsi qu’un jour une camarade est venue la trouver : « Des nouvelles pour toi de Birkenau ». Elle s’est alors précipitée vers les toilettes, c’était l’endroit convenu pour les réunions secrètes, Mala l’y attendait et lui dit qu’elle avait les salutations de son amie mais qu’elle était malade et avait besoin de médicaments : Digitalis ou Cardiazol. Raya Kagan lui répond désespérée qu’elle n’en a pas mais qu’elle essayera de s’en procurer bien que personne n’ose chaparder dans Birkenau. D’un geste de la main, Mala l’interrompt et lui dit: »Je le ferai » et c’est ce qu’elle fait.

Parallèlement, une obsession la taraude : comment faire savoir au monde extérieur ce qui se passe dans les camps ?
Sa rencontre, le 5 septembre 1943, avec un détenu polonais, Edward, dit Edek ou Edziu Galinski, dont elle tombe amoureuse, va la conforter dans son projet d’échapper à Auschwitz. Pour vivre et pour témoigner.

Avec des complices, un plan astucieux est échafaudé. Mala se déguisera en plombier chargé de transporter un lavabo et Edek en soldat SS supposé l’escorter. Le 24 juin 1944, Mala, déportée n°19880 et Edek parviennent à s’échapper.
Leur évasion ne sera détectée qu’à l’appel du soir. Des télégrammes partent vers tous les postes de contrôle allemand. Edek et Mala se dirigent vers la frontière slovaque mais sont repris, après douze jours de liberté, le 6 juillet 1944 à Beskid Zywiecki.

Mala est arrêtée la première. Edek, quant à lui, préfère se livrer plutôt que de l’abandonner en tentant de fuir seul. La police allemande les emmenent au poste de Bielsko où ils seront formellement identifiés le lendemain sur la base de leur matricule tatoué sur l’avant-bras.

Ramenés au camp, ils sont conduits au Block 11, le bloc de la mort. Ils seront longuement interrogés et torturés. Ils ne livrent aucun nom et pour ne pas s’impliquer l’un, l’autre, maintiennent la version selon laquelle ils ont agi séparément.
Dans le pavillon, ils maintiennent néanmoins le contact. Edek fredonne la chanson préférée de Mala, il grave sur le mur de sa cellule (no 20) : Edward Galinski, no 531, Mally Zimetbaum, no 19880, 6 VII 1944. Mala fait passer un message à son amie Giza Weisblum qui témoignera par la suite : « Je sais ce qui m’attend. Je suis préparée au pire. Sois courageuse et souviens-toi de tout ».

Après plusieurs semaines de détention au bloc 11, ils sont condamnés à mort par pendaison, la sentence est approuvée par le RSHA11. Les sentences seront appliquées simultanément et elles seront publiques pour marquer les esprits et terroriser les autres détenus. Mala sera exécutée au camp pour femmes B-Ia et Edek au camp pour hommes B-Id12,13, le 15 septembre 1944.

L’exécution se déroule après l’appel du soir. On ordonne aux détenues — des milliers — de se rassembler près du Block 4. Maria Mandel, Margot Dreschel et plusieurs gardes SS sont également présents lorsque le SS Unterscharführer Ruiters amène la prisonnière.
Mala, tandis que la sentence était en train d’être prononcée, parvient à se sectionner les veines du poignet au moyen d’une lame dissimulée dans sa chevelure. Ruiters tente de l’en empêcher violemment, elle le gifle au visage de sa main ensanglantée. « Je sais que je vais mourir, mais cela importe peu. Ce qui importe, c’est que vous mourrez aussi, vous et votre Reich criminel. Vos heures sont comptées et, bientôt, vous payerez pour vos crimes », lui lance-t-elle au visage.

Conduite à l’infirmerie pour stopper l’hémorragie, elle est placée ensuite sur un brancard et conduite au crématoire pour y être brûlée vive.

Edward Galinski quant à lui, tandis que l’officier lit la sentence, choisit de se donner la mort lui-même en plongeant la tête dans le nœud coulant et en donnant un coup de pied dans la chaise qui le maintient. Violemment poussé en arrière, le nœud est desserré et la lecture du verdict se poursuit. En signe de respect, les détenus ôtent leurs couvre-chefs. Les dernières paroles d’Edek sont : « Vive la Pologne! »

Pour connaître en détail toute l’histoire de Mala, on lira la biographie que lui a consacré, au terme d’une minutieuse enquête, le psychanalyste Gérard Huber.
« MALA: une femme héroïque dans le camp d’Auschwitz-Birkenau » préfacé par Simone Veil, aux Editions du Rocher.

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SARA GINAITE-RUBINSON (1924)

CJN_11-SARA GINAITE-RUBINSONSara Ginaite naquit en 1924 à Kovno (Kaunas), en Lituanie, à l’époque capitale du pays. Elle reçut son instruction secondaire dans un lycée de langue lituanienne – à Kovno, les jeunes Juifs avaient la possibilité de s’instruire dans différentes langues, lituanien, hébreu, yiddish, russe, allemand, polonais. L’occupation soviétique de la Lituanie en 1940 mit un terme à tout enseignement du judaïsme. Sara avait décidé de quitter l’école lorsque l’Allemagne nazie envahit le pays en 1941. Trois de ses oncles furent tués pendant le pogrom de Kaunas, un massacre de juifs que les nazis incitèrent la population lituanienne à effectuer. Le pogrom perpétré les 28 et 29 octobre, entraîna en 48 heures, la mort de 9200 personnes, dont près de la moitié étaient des enfants. Les membres survivants de la famille de Sara furent enfermés dans le ghetto de Kovno, avec 40 000 Juifs.

Alors qu’elle séjournait dans le ghetto, Sara rejoignit l’Organisation de Lutte Anti-fasciste (AFO) pour participer à la résistance contre les nazis. « Si c’était mon destin de mourir, je mourrai à ma façon ».
A une occasion, elle sortit clandestinement du ghetto pour entrer en contact avec d’autres partisans et collecter des informations. Elle franchit sans encombre le pont qui reliait Kaunas à Villiampole, rencontra son contact, mais au retour s’aperçut qu’elle était surveillée. Elle continua à avancer sur le pont. L’homme la suivit et bien que boiteux commença à la rattraper. « Nerveusement, je regardais la rivière Néris qui coulait en-dessous. Si je ne réussis pas à lui échapper, je saute. » Elle réussit, non sans peine, à rejoindre le ghetto saine et sauve. Elle relate cette expérience dans un de ses livres. « Le souvenir de la course sur le pont, de la décision de me jeter dans la rivière, continue à me hanter. Je n’arrive pas à effacer ce souvenir de ma mémoire. Je ne peux toujours as traverser un pont toute seule. J’ai peur d’être saisie du désir irrépressible de sauter dans l’eau. »
Sara noua une relation affective avec le chef charismatique de la jeunesse, Misha Rubinson, et les deux se marièrent en 1943. Le couple s’enfuit du ghetto de Kovno cet hiver-là, s’échappant vers la forêt de Rudninkai où ils établirent une unité de partisans dénommée «Mort aux occupants» .

Sara Ginaite retourna dans le ghetto de Kovno deux fois pour aider d’autres évasions, une fois déguisée en infirmière prétendant qu’elle était là pour escorter quatre travailleurs malades.

En 1944 , Ginaite et Rubinson participèrent à la libération des ghettos de Vilna et Kovno. Mais à ce moment-là, 90% des populations juives à l’intérieur de ces ghettos avaient déjà été exterminées. Toute la famille de Ginaite comptait parmi les morts,à part sa soeur et une jeune nièce.

Après la guerre, Ginaite dût lutter contre l’antisémitisme ambiant pour devenir professeur d’économie politique à l’Université de Vilnius, où elle publia des livres primés sur la Shoah en Lituanie. A la suite de la mort de son mari en 1983, elle déménagea au Canada avec ses deux filles et y poursuivit sa carrière universitaire.

On peut écouter sur youtube son témoignage enregistré pour Yad Vashem (en anglais)
La photo a été prise par un commandant juif de l’armée rouge, étonné de voir une femme partisan montant la garde.

 

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ODETTE ROSENSTOCK (1914-1999)

CJN_10-ODETTE ROSENSTOCK« Mes amis,

Défendez-vous contre la peine, je vous en prie. Seule, donc libre, et à plus de 84 ans, il est très raisonnable d’en finir avec la vie. En fait, je suis morte en même temps que Moussa. Il me fallait encore régler quelques problèmes – c’est fini -, et surtout faire imprimer ou éditer les deux dernière œuvres qu’il avait écrites avec tout son talent, son humour et sa tendresse. Elles dureront, certes, ce que durera votre souvenir : le sachant, nous étions déjà heureux. Pourtant, je suis persuadée que les deux livres des « juifs de Damas » méritent de devenir des classiques dans leur domaine, et je souhaite ardemment que l’un de vous réussisse à leur faire obtenir la place dont ils sont dignes.

Je n’aurais jamais pu suivre mon « programme » si certains d‘entre vous ne m’aviez pas soutenue aussi merveilleusement, chacun et chacune à sa manière. Je veux vous dire combien j’ai été aidée par vos présences et vos attentions – les coups de fil, les lettres, les rencontres… et combien j’ai admiré l’obstination de mes fidèles, malgré mon retrait. Un retrait qui s’expliquait à la fois parce que j’avais perdu le sens de ma vie et le goût de la vie, et parce que je refusais de prendre une trop grande place dans votre existence quotidienne et parmi vos attachements, afin que votre peine aujourd’hui ne soit pas trop envahissante.

C’est pourquoi mes dernières pensées seront pour vous remercier infiniment et, au nom de la liberté, pour vous bénir, croyants et païens confondus, de tout mon cœur. »

Le 29 juillet 1999, Odette Abadi, née Rosenstock, dactylographie cette lettre d’adieu à ses proches. Elle ajoute à la main, un message personnel pour chacun puis met fin à ses jours.

Odette Rosenstock naît à Paris le 24 août 1914 dans le quartier du Sentier, quartier qui fera d’elle à jamais la  » Parisienne  » à qui la banlieue paraîtra le bout du monde presque inaccessible. Sa mère, Marthe Irma Legendre, appartient à une famille israélite d’origine lorraine qui, en 1870, a opté pour la nationalité française et est venue s’installer à Paris. Son père, Camille Rosenstock, est né à Bischeim dans le Bas Rhin en 1882. Ses parents tiennent une fabrique de confection, emploient sur place quatre ou cinq personnes et une vingtaine d’autres qui travaillent à domicile. Le milieu dans lequel elle évolue n’est pas pratiquant. Elle est scolarisée à l’école primaire Elle va au Lycée Lamartine où elle passe son baccalauréat en 1933. Elle suit des études de droit avant de s’inscrire en faculté de médecine.

Au début des années trente, la situation économique de la France est mauvaise, le nombre de chômeurs augmente, et ce sont les Juifs qui à nouveau sont désignés comme coupables. En Allemagne, Hitler, incarcéré à la forteresse de Landsberg Am Lech (Bavière) pour tentative de coup d’état, rédige durant ses huit mois d’incarcération Mein Kampf. Il remporte les élections en 1933. L’économie se détériore dans le monde et la France n’échappe pas à la montée d’un mécontentement profond. Odette, jeune fille laïque se sent beaucoup plus concernée par son judaïsme. Elle doit faire face aux réactions hostiles qui s’expriment de plus en plus fortement et ce, depuis la victoire du National-socialisme en Allemagne en 1933.

Adolescente entière, passionnée et révoltée par l’injustice, Odette n’est affiliée à aucun parti politique, mais elle assiste discrètement à des débats et des réunions. L’hostilité ambiante lui donne la nécessaire notion du groupe, l’importance de se « serrer ». Sans avoir été religieuse, elle se reconnaît dans la rigueur et l’exigence du judaïsme.

A la fin de la guerre d’Espagne en 1938, Odette se rend dans les Pyrénées avec la Centrale Sanitaire pour accueillir les réfugiés républicains espagnols de la guerre et assiste à l’ouverture des premiers camps d’internement, en particulier Rivesaltes, Argelès et Perpignan. Elle participe à quelques actions clandestines en faisant sortir des réfugiés du camp dans des camions sanitaires, en les dirigeant vers les hôpitaux et en leur apportant les premiers soins. Les camps sont gardés par des tirailleurs sénégalais, mais Odette, missionnée, n’hésite pas à tromper leur surveillance avec pour toute arme, une blouse blanche à la main, qui lui servira à faire sortir de ce camp la personne désignée.

De retour à Paris, elle achève ses études de médecine par un diplôme d’hygiène-prévention et présente sa thèse en médecine sous la direction du Professeur Tanon : « Notes sur les jouets et la protection des enfants ». Un an plus tard, elle effectue des remplacements de plusieurs médecins généralistes.

En décembre 1939, Odette rencontre Moussa Abadi à Paris chez Olga, une amie d’Odette également médecin.

Lancée dans la vie active, Odette remplace un médecin à Vanves, un autre à Condé-en-Brie. Elle est nommée Inspecteur Médical de la Sécurité Sociale aux Centres d’Évacuation des enfants des écoles de la ville de Paris, jusqu’en mai 1940, puis Médecin Inspecteur des écoles du Loiret à Montargis où les lois anti-juives la rattrape et l’excluent du cadre professionnel le 3 octobre 1940. Rentrant à Paris, Odette travaille comme vacataire dans des dispensaires juifs, soignant principalement les ressortissants étrangers. Par la suite, ces dispensaires sont fermés car jugés dangereux pour ceux qui les fréquentent.

Fin novembre 1942, Odette rejoint Moussa, réfugié à Nice, et occupe les fonctions de médecin dans un dispensaire de l’O.S.E. (Œuvre de Secours aux Enfants). Elle y rencontre une jeune femme médecin qui a pour projet de quitter Nice et décide d’informer Odette sur le fonctionnement de l’établissement pour qu’elle puisse la remplacer, ce qui fut fait, le matin où elle ne vint plus. Bien qu’étant en zone italienne, Odette a la notion du danger et de la précarité de sa situation. C’est dans cette tension, au premier semestre 1943 que Moussa rencontre le père Penitenti, Aumônier des troupes italiennes basées à l’Est de l’Europe. Cette entrevue est déterminante dans la prise de conscience du danger à venir et dans l’action que Moussa et Odette décident d’entreprendre : organiser le sauvetage des enfants Juifs.

C’est le début du Réseau Marcel dont je suppose qu’il recueillit un temps les frères Joffo. Grâce à ce réseau, 527 enfants juifs ont pu être cachés et sauvés entre 1943 et 1945 dans la région de Nice.

C’est aussi en septembre 1943 que Simone et Madame Rosenstock (la sœur et la mère d’Odette) sont arrêtées sur la ligne de démarcation en voulant rejoindre leur père et mari en zone libre.

Monseigneur Rémond couvre Odette (rebaptisée Sylvie Delattre) en la chargeant de s’occuper des enfants des œuvres du Diocèse en qualité d’Assistante Sociale.

Odette est arrêtée le 25 avril 1944 sur dénonciation à son domicile niçois par la Milice (Corps de volontaires français formés pour combattre les maquisards sous l’occupation allemande). Interrogée à l’hôtel Excelsior puis a l’hôtel Hermitage où les interrogatoires sont alternativement brutaux et presque amicaux, prometteurs de liberté en échange de renseignements. Malgré la torture, Odette ne parle ni de « Monsieur Marcel » ni des enfants cachés. Pour protéger Monseigneur Rémond, elle avoue l’avoir trompé sur son identité. On trouvera après la guerre, dans les archives de la police Allemande, un télégramme du Capitaine SS Docteur Keil de la Gestapo de Nice, qui réclame à Brunner commandant du camp de Drancy la reprise de l’interrogatoire de la juive « Rosenstock ».

Elle quitte Nice le 2 mai pour Drancy, devenu le camp de rassemblement des Juifs arrêtés avant leur déportation. Responsable du convoi n° 74, elle est ensuite déportée avec 1 200 personnes à Auschwitz- Birkeneau. Après trois jours de voyage épuisant, au milieu des ordres hurlés par les SS, Odette entre au camp et devient le matricule A05598. Tous n’avaient pas cette « chance » et étaient dirigés immédiatement vers les fours crématoires. Nommée médecin du Rewier (« l’infirmerie » du camp) sous l’autorité de l’effroyable Mengele, elle tente avec le peu de moyens médicaux dont elle dispose, de soulager ses compagnes d’infortune.

En novembre 1944, devant l’avance de l’Armée Rouge, les nazis évacuent le camp vers Bergen-Belsen. La situation sanitaire des déportés est déplorable : Odette se remet difficilement du typhus qu’elle a contracté. Bergen Belsen est libéré par les Anglais le 15 avril 1945 et Odette rapatriée.

De fin juin 1945 au début de 1948 Odette reprend son activité de médecin auprès de Moussa au dispensaire de l’O.S.E. à Nice, que celui-ci a crée et qu’il dirige en tant que responsable de l’action médico-sociale.

Odette rentre à Paris en 1948. Médecin Inspecteur vacataire des écoles dans le 12e arrondissement, elle occupe ensuite les fonctions de chef de service au laboratoire d’hygiène de la ville de Paris1952 à 1956.

Odette et Moussa se marient le 3 novembre 1959 à la mairie du 12e arrondissement. Le rabbin Farhi les unira religieusement le 21 novembre 1989.

Jusqu’en 1978, Odette est Médecin Inspecteur Adjoint à la Direction Générale de l’Action Sanitaire et Sociale de la Préfecture de la Seine. Elle occupe ensuite le poste de Médecin chef au service de vénérologie de la Direction de l’Action Sanitaire et Sociale de Paris jusqu’à sa retraite en septembre 1979. Toujours soucieuse de l’enfance, Odette exerce son art bénévolement, et ce, même après sa retraite, au Collège et Lycée Morvan à Paris. (Institut pour déficients auditifs).

Entre 1960 et 1980, Odette partage la passion de Moussa pour le théâtre et l’accompagne chaque soir aux représentations.

En 1995, elle publie « Terre de Détresse » chez l’Harmattan. Elle aura mis plus de quarante ans pour écrire ce magnifique et terrible témoignage sur son expérience des camps. Elle en restera à jamais marquée et dans ce livre elle écrit : « Il aura donc suffi, pour nous, les rescapées de Bergen-Belsen de retour en France, d’un voyage d’une huitaine de jours pour que nous soyons arrachées à notre camp et rejetées dans le creuset de la vie des autres, les « gens normaux » ?…..les survivantes ont dû réapprendre à respirer sur la planète « d’avant »- avant l’exil, avant notre destruction-, celle où l’on chante la beauté, la justice et l’amour….Cesserons-nous jamais de croire follement que nous ne sommes revenues que provisoirement et que tout peut recommencer ?.Quel que soit le lieu, quels que soient le jour et l’heure, au milieu des soucis et des joies de nos vies ordinaires, comment tout à coup, ne pas être submergées par notre vieille et irréductible angoisse, qui hurle que nous sommes de nouveau sur le lieu, au jour et à l’heure où nous devons cette fois encore tout abandonner, nous laisser emporter par la tempête et retrouver la planète folle de nos camps, celle à laquelle nous appartenons à jamais ? »

Moussa décède le 15 septembre 1997.

Après avoir accompli la tâche qu’elle s’était donnée de préserver sa mémoire de Moussa, Odette le rejoint.

Le 12 septembre 2008, en l’honneur des sauveteurs de 527 enfants juifs, une place Moussa et Odette Abadi fut inaugurée à Paris, dans le 12ème arrondissement, à l’angle de l’avenue Daumesnil, des rues Montgallet et Charenton.

(source: Les Enfants et Amis ABADI)

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RITA ROSANI (1920-1944)

CJN_08-RITA ROSANILe 17 septembre 1944, Rita Rosani, une enseignante de 24 ans dans une école juive de Trieste en Italie, fut blessée et capturée en combattant des soldats allemands à la tête de son unité de partisans. Un lieutenant fasciste, qui fut plus tard condamné à 25 ans de prison, l’acheva.
Originaire de Tchécoslovaquie (elle s’appelait en réalité Rosental), elle avait auparavant survécu à plusieurs actions militaires dans la région de Vérone.
D’abord constituée de 4 personnes, son équipe était montée jusqu’à 15 partisans après une série d’engagements.
Elle fut la seule femme de la résistance italienne tombée au combat durant toute la guerre.
CJN_08-RITA ROSANI_02Son nom a été donné a des rues de Vérone et Trieste, et une plaque commémorative a été posée à l’endroit où elle a été tuée. Il y a aussi une plaque commémorative dans la synagogue de Trieste, gravée en hébreu avec le passage biblique: «Beaucoup de femmes se sont comportées avec vaillance, mais vous les dépassez toutes».

Les Juifs italiens se sont battus aux côtés de leurs compatriotes dans des groupes totalement intégrés, la plupart citant leur patriotisme au même titre que la légitime défense en tant que Juifs, comme motivation pour l’action. Alors que dans de nombreux pays, les Juifs formaient des groupes juifs pour se prémunir de l’antisémitisme, l’Italie connaissait relativement peu d’antisémitisme, ce qui permettait aux Juifs italiens de se joindre aux groupes partisans de leur choix. Comme dans de nombreux autres pays, certains juifs appartenant à des groupes partisans italiens étaient de nouveaux arrivants en Italie, ayant fui des pays occupés par les nazis.

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SARA FORTIS

SARA FORTISNée à Chalkis, une petite ville dans l’île d’Eubée près d’Athènes, en Grèce, Sara Fortis n’avait jamais connu son père, décédé quand elle avait seulement deux mois. Elevée par sa mère, Sara et sa soeur eurent une enfance heureuse. Elles se considéraient comme grecques à 100%, mais honoraient aussi leur judéité en allumant les bougies chaque vendredi soir et en assistant aux offices à la synagogue lors des fêtes.
Lorsque les Allemands arrivèrent en 1941, Sara comprit qu’il était temps de quitter sa ville natale. Elle avait entendu parler de Juifs d’autres petites villes grecques déportés par les Nazis et ne revenant jamais. Sara et sa mère s’enfuirent dans le petit village de Kuturla et s’y cachèrent pendant un moment. Quand les Juifs n ‘y furent plus en sécurité, on demanda à Sara de partir. Les villageois acceptèrent cependant de cacher sa mère.
Une fois séparée de sa mère, Sara résolut de devenir une « andarte » (combattante de la résistance). Mais elle refusa de rester cantonnée aux tâches domestiques ou dans un rôle de soignante comme c’était en général le cas pour les femmes qui se joignaient à la résistance. « Je leur ai dit: si je suis femme partisan, j’aurai des droits, et je ferai quelque chose de comparable à ce que vous faites. »
Décidée à jouer un rôle important dans le groupe, elle entreprit d’aller de village en village à dos d’âne, pour recruter d’autres femmes désireuses de se battre.
« Ne considérez pas que la place des femmes est de rester à la maison », leur expliquait-elle. « Les femmes peuvent aussi aider et jouer un rôle dans la résistance ».
Elle enseigna aux filles comment se comporter avec les hommes. « Elles venaient toutes de maisons où une fille ne parlait jamais à un homme et tout à coup je leur disais: « Vous êtes partisan maintenant. « Il est vraiment difficile pour une fille d’un village isolé d’apprendre à se comporter comme une égale parmi les hommes. Je pensais que petit à petit ces filles deviendraient différentes. J’ai réussi à leur enseigner cela. »
Le peloton était constamment en mouvement, n’avait pas de camp de base ou de refuge, dormait à la belle étoile et se déplaçait souvent avec les partisans masculins. Elles apprirent à tirer avec des armes de poing, à incendier des constructions, et à lancer des cocktails Molotov comme tactiques de diversion.
« Au début, les filles gloussaient, ‘Oh, allons-nous tenir des pistolets?’ Au bout d’un mois, c’était comme si elles étaient des filles complètement différentes « , raconte Sarika avec fierté. « Elles prenaient l’affaire plus au sérieux que moi. » Sarika s’inquiétait qu’après la guerre, les filles de sa brigade ne soient pas reprises dans leurs villages, qui avaient des règles strictes concernant la place d’une femme. Mais elles furent toutes acceptées, tout comme leur « Capitaine » parce que les villageois étaient fiers d’elles. Pour beaucoup de femmes cependant leurs vies retournèrent aux mêmes configurations sexistes qu’avant la guerre.

Sara forma donc un groupe d’une douzaine de femmes partisans qui devint indispensable aux combattants masculins.
Pour leur première mission, on leur ordonna de lancer des cocktails Molotov pour faire diversion et permettre aux partisans d’attaquer. Impressionnés par leurs capacités, les partisans masculins invitèrent le groupe féminin à se joindre à de nombreuses missions. Elles incendiaient des maisons et exécutaient des collaborateurs.
De nombreuses missions exécutées par les femmes étaient attribuées aux hommes, car il paraissait inconcevable que des femmes puissent accomplir de tels actes.
Souvent, les femmes devaient dormir avec les hommes et leur sécurité était pour Sara une préoccupation constante.

Sara devint une figure éminente et très respectée dans le mouvement de la résistance en Grèce. À l’âge de 18 ans, elle était connue sous le nom de «Kapetenissa (capitaine) Sarika». Les nazis envoyèrent un informateur pour tenter de la capturer, mais arrêtèrent par erreur, puis violèrent et assassinèrent brutalement sa cousine, Medi. Sara jura de la venger, retrouva l’informateur et l’exécuta.

Après la guerre, les « andartes » se trouvèrent en opposition au nouveau gouvernement grec. Sara fut arrêtée, mais en raison de sa réputation, elle fut relâchée peu de temps après. Elle émigra ensuite en Israël, où elle rencontra son mari et s’y installa.

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