FRUMKA PLOTNICZKA (1914-1943)

CJN_26-FRUMKA PLOTNICZKAFrumka Plotniczka est née à Plotnica (Plotnitsa, près de Pinsk) dans une famille profondément enracinée dans la communauté hasidique de Karliner. À l’âge de six ans, sa famille déménage à Pinsk. Les difficultés financières empêchent Frumka et sa jeune soeur, Hantze Plotniczka, d’aller à l’école. C’est donc leur soeur aînée, Zlatka, qui fréquente un lycée polonais qui pourvoit à leur instruction.

Zlatka émigre en Argentine, un frère, Eliyahu, émigre en Palestine en 1932 et son frère cadet Hershel, membre de la Résistance juive, mourra dans les forêts de Volhynie.

Frumka, devenue membre actif dans le groupe local de « Freiheit » (Dror) à l’âge de dix-sept ans, représente le mouvement au comité de direction de He-Haluz à Pinsk.
En 1935, Frumka participe au programme « hakhsharah » (formation) au Kibbutz Tel Hai à Bialystok. À partir de ce moment, l’histoire de sa vie est essentiellement l’histoire du mouvement. Commençant au kibboutz à Bialystok comme membre ordinaire sans poste officiel, elle se retrouve rapidement à l’avant-garde de l’action, en amenant d’autres dans son sillage. Plus tard, elle fera partie du bureau central du mouvement, voyageant d’un district à l’autre et jouant un rôle actif dans les séminaires de mouvement et autres rassemblements. Que ce soit dans sa famille, le programme de formation au kibboutz ou le mouvement, ce qui distingue Frumka, c’est sa capacité à combiner une analyse pénétrante et intransigeante avec un cœur aimant et une compassion maternelle.

Activement impliqué dans l’unification de Freiheit et He-Haluz haTsa’ir en septembre 1938, Frumka rejoint la direction du mouvement unifié. Son engagement dans le mouvement est total.

Au cours de l’été 1939, les activités sont à leur apogée, avec des séminaires, des sessions d’été et la préparation des visites des émissaires pour l’aliyah qui, cependant, n’arrivent plus. Le cercle des militants se contracte, laissant la responsabilité majeure sur les épaules de Frumka. Malgré son désir de partir pour Erez Israël, elle promet de rester jusqu’à la fin de l’été. Le comité central du mouvement à Lodz décide de reporter son aliyah jusqu’à l’automne, une décision que Frumka accepte par devoir.

Lorsque la guerre éclate et que les dirigeants des mouvements de jeunesse partent vers l’est, Frumka est la premier à retourner à Varsovie pour aider ses camarades et chercher un lien avec Erez Israël. Au cours de la première moitié de 1940, elle maintient le contact entre le siège de Varsovie et les branches de Bedzin, Czestochowa, Lódz, Radomsko, Lublin et d’autres, tout en recrutant des amis pour mener à bien les activités du mouvement. Entre janvier et mai 1942, elle visite Vilna, Kovel et Bialystok où elle dirige un séminaire du Dror.

Frumka est la principael émissaire du bureau central de He-Haluz à Varsovie et la première à expliquer l’étendue de l’extermination des juifs polonais dans les régions orientales. Son témoignage a un effet crucial sur la réorientation des activités à Varsovie. Malgré ses voyages, Frumka participe pleinement aux activités du bureau de Varsovie. Lors d’une réunion critique le 28 juillet 1942, il est décidé d’établir l’Organisation Juive de Combat (Z.O.B.). Frumka est affectée à la mission du côté aryen, chargée de chercher un contact avec la Résistance polonaise et d’obtenir des armes.

Les activités de Frumka au cours des jours difficiles à Varsovie et, en particulier, dans le Ghetto, s’étendent au-delà du cercle du mouvement; la sollicitude maternelle qui la caractérise depuis ses débuts est maintenant une source de réconfort et de soutien pour de nombreux réfugiés juifs.

« Les juifs affluaient autour d’elle de tous les côtés. L’un lui demandait s’il devrait rentrer chez lui dans la zone d’occupation allemande, ou continuer son chemin vers l’est vers les provinces dominées par les Soviétiques. Un autre venait chercher un plat chaud ou un pain pour sa femme et ses enfants. Ils l’appelaient «Di Mame» et, en effet, elle était une mère dévouée à tous. » a raconté Zivia Lubetkin.

Comme membre de la direction à Varsovie,Frumka est la premier à aller dans des villes isolées et à servir de contact avec le mouvement. Elle se rend dans les lieux les plus lointains et, contre toute logique, est l’émissaire itinérant du mouvement sur toute la longueur et la largeur de la Pologne. Car ses traits ne sont pas typiquement aryens. Son nez est juif et son polonais hésitant.

Envoyée à Bedzin pour le mouvement en décembre 1942, à la suite de la grande « Aktion » à Varsovie, Frumka est la force motrice dans la lutte pour maintenir l’organisation en vie et jeter les bases des opérations de résistance.

Dans le ghetto de Będzin, la cellule clandestine juive a été formée dès 1941. Le ghetto n’a jamais été entouré d’un mur, même s’il était étroitement gardé par les Allemands et la police juive du Ghetto. En mars 1941, il y avait 25.117 Juifs à Będzin. La population monte à 27 000 après l’expulsion de la communauté juive d’Oświęcim, à l’emplacement de l’aménagement d’Auschwitz II Birkenau. En mai 1942, les expulsions vers Auschwitz débutent avec un premier transport de 3 200 juifs de Będzin chargés sur les trains de la mort à l’Umschlagplatz. Sur les conseils de Mordechai Anielewicz qui a séjourné temporairement dans le bassin de Dąbrowa au milieu de 1942, Frumka , Brandes et les frères Kożuch, organisent une branche locale de ŻOB.

Les semaines qui suivent l’anéantissement de l’insurrection du Ghetto de Varsovie sont particulièrement difficiles pour Frumka; Sa petite soeur Hantze faisait partie des combattants tombés.

Confrontée au dilemme du choix entre la poursuite des préparatifs de l’insurrection à Bedzin et l’obtention de passeports au cas où il serait possible de quitter la Pologne, Frumka décide de ne pas abandonner les plans de résistance, mais de veiller à ce que chaque membre du mouvement ait un passeport en cas de besoin. En dépit de la pression exercée sur elle pour qu’elle parte vers un pays neutre en tant que l’un des derniers témoins oculaires survivants, elle rejette l’idée et choisit de rester avec ses camarades à Bedzin.

Par l’intermédiaire d’un émissaire qui est arrivé quelques jours avant la liquidation, Frumka réussit à faire passer clandestinement une lettre contenant son témoignage, ses dernières volontés et un testament pour ses amis d’Erez Israël – le point culminant d’une correspondance qui a duré toute la guerre.

Le 3 août 1943, lors de l’action finale de liquidation, les partisans lancent un soulèvement qui durent plusieurs jours. Frumka est tuée le même jour dans un bunker de la rue Podsiadły avec ses compagnons d’armes.

Le Comité National de Libération polonais lui a décerné la Croix de l’Ordre de Grunwald le 19 avril 1945.

Dediée à sa mémoire une plaque à son nom est apposée à l’intersection des rues Niska et Dubois à Varsovie. La plaque fait partie d’un sentier mémoriel sur le combat et le martyre des Juifs, inauguré en 1988, qui s’étend de l’intersection des rues Zamenhof et Anielewicz jusqu’à l’intersection des rues Dzika et Stawki.

(Sources: Naomi Shimshi in Jewish Women’s Archive et Library of Congress)

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