HANNAH SZENES (1921-1944)

HANNAH SZENESHannah Szenes est née à Budapest, en Hongrie, dans une famille juive assimilée, fille d’un auteur dramatique accompli et journaliste. Exécutée dans son pays natal à l’âge de 23 ans, elle est devenue un symbole de l’idéalisme et du sacrifice de soi. Sa poésie, rendue célèbre en partie à cause de sa mort malheureuse, révèle une femme emplie d’espoir, même face aux circonstances contraires. Elle est devenue un symbole de courage dans l’un des moments les plus sombres de l’histoire moderne.

Hannah fut l’une des 17 Juifs, vivant dans ce qui était alors le mandat britannique de Palestine, formés par l’armée britannique pour être parachutés en Yougoslavie pendant la Seconde Guerre mondiale. Leur mission était d’aider à sauver les Juifs de Hongrie occupée par les nazis, sur le point d’être déportés vers Auschwitz. Arrêtée à la frontière hongroise, elle fut emprisonnée et torturée, mais refusa de révéler les détails de sa mission et fut finalement jugée et fusillée par un peloton d’exécution. Elle est la seule dont le destin après la capture est connu avec certitude. Elle a été officiellement réhabilitée en novembre 1993.

Les écrits de Hannah sont devenus une partie intégrante du patrimoine populaire d’Israël. Ses journaux fournissent un compte rendu de la vie en Hongrie lors de la montée du nazisme. Ils offrent également une ouverture sur la vie des premiers sionistes de Palestine. Ses œuvres comprennent deux pièces bien connues, « Le violon » et « Bella gerunt alii, tu felix Austria nube », ainsi que son célèbre poème intitulé « Bénie soit l’allumette ».

Hannah est peut-être le mieux décrite par ses propres mots:
« Il y a des étoiles dont l’éclat est visible sur la terre, bien qu’elles soient éteintes depuis longtemps. Il y a des gens dont l’éclat continue d’éclairer le monde même s’ils ne sont plus parmi les plus vivants. Ces lumières sont particulièrement lumineuses lorsque la nuit est sombre. Elles montrent le chemin à l’humanité.

Hannah Szenes nait le 17 juillet 1921, à Budapest, en Hongrie, et y grandit. Son père est le célèbre dramaturge et journaliste Bela Senesh. Bela et sa femme, Katherine, qui ne sont pas des juifs observants, élèvent Hannah dans l’environnement confortable de la société juive-hongroise de la classe supérieure. Quand Hannah a 6 ans, son père meurt.

À l’âge de dix ans, Hannah commence à fréquenter un lycée privé de jeunes filles protestantes. Catholiques et Juifs ne sont admis au lycée que depuis peu, ce qui exige une double scolarité pour les catholiques et une triple scolarité pour les Juifs. En dépit du coût, sa mère n’envisage pas de l’envoyer dans l’école secondaire juive la moins chère. Hannah a hérité du talent littéraire de son père et sa mère recherche ce qu’elle croit être la meilleure école possible pour nourrir ses talents. Hannah se distingue rapidement au lycée, écrit des pièces pour des productions scolaires et fait du tutorat pour ses camarades. Sous la pression de la mère de Hannah, le directeur du lycée abaisse les frais de scolarité au montant requis pour les catholiques.

Le grand rabbin de Budapest, Imre Benoschofsky, grand érudit et sioniste zélé, est l’un des éducateurs de Hannah. Rabbi Benoschofsky est d’une grande influence sur l’intérêt croissant de Hannah pour le judaïsme et le sionisme.

Une législation anti-juive est promulguée en Hongrie quant l’antisémitisme devient officiel. Bien qu’élue à un poste dans l’association littéraire du lycée, Hannah se voit refuser le droit de prendre ses fonctions, au motif qu’une Juive ne peut pas exercer la présidence. Hannah se trouve confrontée au choix entre se battre ou acquiescer. Elle enregistre dans son journal: « Il faut être quelqu’un d’exceptionnel pour lutter contre l’antisémitisme. Maintenant, je commence à voir ce que cela signifie vraiment d’être juif dans une société chrétienne, mais ça ne me dérange pas du tout … nous devons lutter. Comme il est plus difficile pour nous d’atteindre nos buts, nous devons développer des qualités exceptionnelles. Si j’étais née chrétienne, toutes les professions me seraient ouvertes. »

Elle est tentée de se convertir au christianisme pour prendre le poste auquel elle a été légitimement élue. Au lieu de cela, elle décide de rompre les liens avec la société littéraire. C’est une personne de conviction.

Hannah rejoint bientôt Maccabée, l’organisation étudiante sioniste la plus établie en Hongrie. Fin d’octobre 1938, elle note dans son journal: « Je suis devenue sioniste. Ce mot représente un nombre formidable de choses. Pour moi, cela signifie, en bref, que je sens consciemment et fortement que je suis juive et que j’en suis fière. Mon objectif principal est d’aller en Palestine, pour y travailler. »

En mars 1939, Hannah est diplômée en tête de sa classe et pourrait entrer facilement à l’université. Au lieu de cela, elle prend la décision de changer de vie pour postuler à une place à l’école agricole des filles de Nahalal en Palestine. Bien qu’élevée dans une famille sécularisée, elle souhaite se joindre aux pionniers juifs en Palestine.

À l’âge de 17 ans, elle décide d’apprendre l’hébreu, et écrit: « C’est le vrai langage et le plus beau. C’est l’esprit de notre peuple. »

Son étude du judaïsme et du sionisme, conjuguée à l’antisémitisme croissant dont elle est témoin directe et à travers ses lectures, renforcent son engagement et sa détermination. Imbue de l’idéal sioniste, elle décide de partir pour la Palestine dès l’obtention de son diplôme d’études secondaires.

« Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, et j’ai dix-huit ans. Une idée m’occupe continuellement: Eretz Israël. Il n’y a qu’un endroit sur terre où nous ne sommes pas des réfugiés, pas des émigrés, mais où nous rentrons à la maison – Eretz Israël. » (écrit par Hannah le 17 juillet 1939).

L’année suivant l’écriture de ces lignes, Hannah est en Eretz Israël, à l’école agricole Nahalal. A peine une jeune femme, elle est fervente dans sa foi et sa détermination à construire une patrie. Bien qu’elle soit profondément attachée à sa mère, elle la laisse derrière elle à Budapest. Son frère Giora est parti l’année précédente étudier en France.

Hannah quitte la Hongrie pour la Palestine peu de temps après le déclenchement de la guerre en Europe, juste avant une législation formelle qui restreint les possibilités économiques et culturelles pour la population juive de Hongrie. Dans sa première lettre à sa mère après avoir atteint Nahalal, elle parle avec passion de ses ambitions et de ce qu’elle considère comme sa mission: la construction d’un nouvel Israël.

Hannah rejoint le Kibbutz Sedot Yam en 1941, où elle apprend l’agriculture. Là, elle a l’opportunité d’écrire, à la fois de la poésie et une pièce semi-autobiographique sur les sacrifices réalisés par un jeune artiste après s’être joint à un collectif. Ses entrées dans le journal de cette période font la chronique de la Palestine en temps de guerre, détaille l’afflux de réfugiés sous le mandat britannique et signale les difficultés des membres du kibboutz. Elle exprime également dans ses écrits la conscience de la persécution croissante en Europe et sa préoccupation pour les Juifs dans l’incapacité d’entrer en Palestine, l’immigration ayant été restreinte pendant la guerre.

En 1942, Hannah cherche à s’intégrer dans les commandos de la Haganah, connus sous le nom de Palmach. Elle parle également de retourner en Hongrie afin d’aider à l’organisation de l’émigration des jeunes et de libérer sa mère de la solitude et des épreuves amenées par la guerre. Elle s’enrôle dans la résistance, rejoint la Force aérienne auxiliaire féminine avec plusieurs autres jeunes femmes juives, alors que leurs camarades masculins rejoignent le Corps des Pionniers.

En 1943, l’armée britannique commence à autoriser un nombre limité de volontaires juifs palestiniens à franchir les lignes ennemies dans l’Europe occupée. Hannah s’enrôle et commence son entraînement de parachutiste pour le SOE britannique en Egypte.

Juste avant de quitter Israël pour sa mission, elle peut rendre visite à son frère qui vient d’arriver de la diaspora.

CJN_30-HANNAH SZENES_02En 1943, Hannah se porte volontaire pour être parachutée dans l’Europe occupée pour aider les Juifs sous oppression nazie. Au total, 250 hommes et femmes se sont portés volontaires pour être parachutés. Alors que 110 d’entre eux subissent une formation, trente-deux seulement sont effectivement parachutés et cinq infiltrés dans les pays cibles. Parmi ceux qui sont parachutés, douze sont capturés et sept exécutés par les Allemands.

A ses camarades, elle affirme: « Nous sommes les seuls à pouvoir aider, nous n’avons pas le droit de penser à notre propre sécurité, nous n’avons pas le droit d’hésiter … Il vaut mieux mourir et libérer notre conscience que revenir en sachant que nous n’avons même pas essayé. »

Le 11 mars 1944, Hannah s’envole pour l’Italie; deux jours plus tard, elle est lâchée sur l’ex-Yougoslavie, avec d’autres parachutistes de Palestine. Là, Hannah passe trois mois avec les partisans de Tito, dans l’espoir qu’avec leur aide, elle pourra passer en Hongrie.

Au début du mois de juin 1944, Hannah est l’une des cinq personnes qui ont pu pénétrer dans le pays cible. Aidés par un groupe de partisans, ils réussissent à traverser la frontière hongroise. Le lendemain, ils sont dénoncés par un informateur et emmenés dans une prison de la Gestapo à Budapest.

Après avoir traversé la frontière, Hannah est arrêtée par des gendarmes hongrois, qui trouvent l’émetteur militaire britannique qu’elle transporte, et qui doit servir à communiquer avec le SOE et les autres partisans. Elle est emmenée dans une prison à Budapest, attachée à une chaise, déshabillée, puis fouettée et bastonnée pendant plusieurs heures. Les gardiens veulent connaître le code de son émetteur afin de découvrir qui sont les autres parachutistes. Elle ne leur dit rien, même quand ils amènent sa mère dans la cellule et menacent de la torturer aussi.

En prison, Hannah utilise un miroir pour faire passer des signaux par la fenêtre aux prisonniers juifs dans d’autres cellules et communique avec eux en utilisant de grandes lettres découpées en hébreu qu’elle place à sa fenêtre une par une et en dessinant un Magen David dans la poussière. Elle chante pour leur donner du courage.

Un camarade écrira à son sujet: «Son comportement devant les membres de la Gestapo et de la SS a été remarquable. Elle se dressait face à eux, les avertissait clairement du sort qui les attendaient après leur défaite. Curieusement, ces bêtes sauvages, où toute étincelle d’humanité était éteinte, étaient impressionnés en présence de cette jeune fille raffinée et intrépide ».

Malgré tout, Hannah est brutalement torturée par la Gestapo et les policiers hongrois. Ils continuent à exiger son code radio, qu’elle efuse de divulguer. Ils menacent de torturer et de tuer sa mère, qu’ils ont également emprisonnée, mais Hannah refuse de céder. En fin de compte, sa mère est libérée.

Hannah Szenes est jugée pour trahison le 28 octobre 1944. Le verdict est mis huit jours en délibéré, suivi d’un autre ajournement, celui-ci en raison de la nomination d’un nouveau juge-avocat.

Elle est fusillée par un peloton d’exécution avant même que les juges aient rendus un verdict. Elle tient quotidiennement son journal jusqu’à son dernier jour, le 7 novembre 1944. Une des entrées porte:
« Au mois de juillet, j’aurai vingt-trois ans,
J’ai joué un nouméro dans un jeu.
Les dés ont roulé. J’ai perdu. »

Des témoins oculaires parmi ses camarades de prison témoigneront de sa bravoure. Tout au long de son épreuve, elle reste ferme, et quand elle est placée devant le peloton d’exécution, elle refuse qu’on lui bande les yeux, et toise ses exécuteurs, sans être intimidée par son sort fatal.

Dans son dernier mot à sa mère, écrit dans sa cellule de prison juste avant son exécution, elle déclaré: « Ma chère mère, je ne sais pas quoi dire – seulement ça: un million de mercis et pardonne-moi, si tu le peux. Tu sais bien pourquoi les mots ne sont pas nécessaires. »

Ses dernières paroles pour ses camarades sont: « Continuez la lutte jusqu’à la fin, jusqu’à ce que le jour de la liberté arrive, le jour de la victoire pour notre peuple ».

Les restes d’Hannah Szenes, ainsi que ceux des six autres parachutistes également décédés, seront amenés en Israël en 1950. Ils sont enterrés ensemble dans le Cimetière militaire national israélien sur le mont Herzl à Jérusalem.

Le journal et les poèmes d’Hannah Senesh ont été publiés en hébreu en 1945. Ils ont été traduits et publiés en hongrois ainsi que dans d’autres langues. Presque tous les Israéliens peuvent réciter de la mémoire le poème de Szenes « Bénie l’allumette »

Bénie l’allumette, consumée en allumant la flamme.
Bénie la flamme qui brûle dans les recoins secrets du cœur.
Béni le cœur qui sait, pour l’honneur, arrêter de battre.
Bénie l’allumette, consumée en allumant la flamme.

Le journal de Hannah, qui raconte sa vie depuis sa petite enfance, a été publié en hébreu en 1946. Elle est considérée comme une héroïne nationale en Israël, et constitue un modèle et une source d’inspiration pour les jeunes écrivains.

A travers Israël, plusieurs monuments ont été érigés, son nom donné à des rues, une forêt, une colonie et même une espèce de fleur. Son ancienne maison au Kibbutz Sdot Yam abrite un musée créé par la Fondation pour la Mémoire de Hannah Senesh.

Un tribunal militaire hongrois a statué que Hannah Szenes était innocente de trahison, la charge pour laquelle elle a été exécutée. En novembre 1993, sa famille en Israël a reçu une copie de l’exonération qui lui a été accordée par la Hongrie.

Le Premier ministre israélien, le défunt Yitzhak Rabin, a assisté à la cérémonie où la famille a reçu le document officiel à Tel-Aviv. Rabin a déclaré: « Le nouveau verdict a peu d’utilité. Il ne procure pas beaucoup de réconfort à sa famille non plus. Mais la justice historique est aussi une valeur et le nouveau verdict … représente une once de raison triomphant du mal ».

Après son exécution, on découvrit ces quelques vers dans la cellule où Hannah attendait la mort:

Un-deux-trois … huit pieds de long
Deux pas, le reste est sombre …
La vie est un point d’interrogation fugace
Un-deux-trois … peut-être qu’une autre semaine.
Ou le mois prochain me trouvera encore ici,
Mais la mort, je le sens est très proche.
J’aurais pu avoir 23 ans en juillet prochain.
J’ai parié sur ce qui importait le plus, les dés ont été jetés. J’ai perdu.

(Source: The New World Encyclopedia)

 

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