VIOLETA YAKOVA (1923-1944)

CJN_25-VIOLETA YAKOVAAu cours de la Seconde Guerre mondiale, la Bulgarie était alliée à l’Allemagne nazie. En conséquence, elle n’a jamais été occupée par les troupes allemandes et la résistance
fut en grande partie une affaire intérieure bulgare. Néanmoins, il y eut une résistance au gouvernement du Tsar Boris III et à ses politiques antisémites pro-nazies, et cette résistance incluait une importante participation juive.
Tout au long des années 1930, la Bulgarie sous la direction du Tsar était devenue plus étroitement liée à l’Allemagne économiquement, politiquement et militairement et, en mars 1941, elle s’alliait formellement avec l’Allemagne nazie. Elle facilita ensuite l’invasion par l’armée allemande du nord de la Grèce et de la Yougoslavie et occupa des parties de ces régions. Cette occupation servait un double but: libérer les forces allemandes pour l’opération Barbarossa – l’attaque contre l’URSS.- et récupérer des territoires dont les nationalistes estimaient la Bulgarie injustement amputée après la Première Guerre.

Le mouvement de résistance commença peu de temps après et comprenait des éléments armés et non armés. Il
grandit lentement d’abord et s’accrut jusqu’à la prise de pouvoir par le Front de la Patrie dominé par les communistes le 9 septembre 1944.
Au cours de cette période d’environ trois ans et demi:
– La résistance était intégrée ethniquement: il n’y eut jamais de formations juives séparées.
– Contrairement à la situation dans des pays comme la Yougoslavie, la Grèce, la Pologne, la France et d’autres, il n’y eut jamais qu’une seule force partisane, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas des forces distinctes fondées sur l’allégeance politique.
– Alors que les forces partisanes n’ont jamais été considérables, en particulier par rapport à la Grèce, la Yougoslavie et les pays du Nord, elles étaient néanmoins plus grandes que celles des autres alliés des nazis comme la Roumanie et la Hongrie.
– Les groupes partisans opéraient principalement dans les zones rurales se livrant au sabotage des moyens de transport, des voies de communication et des dépôts d’approvisionnement, plutôt qu’à des combats contre les Allemands ou l’armée bulgare.
– La résistance armée a également pris la forme de petits groupes de combat (Boynite Grupi) opérant dans les zones urbaines. Les membres vivaient clandestinement parmi la population urbaineet commettaient des actes de sabotage et des assassinats. Les actions les plus notoires furent les exécutions du général Hristo Lukov, le chef des Légionnaires fascistes et du colonel Atanas Pantev, un allié de Lukov et chef du Tribunal militaire de Sofia par un groupe de Sofia
qui comprenait les combattants juifs Miko Papo, Leon Kalora et Violeta Yakova.
– En plus des 6 à 10000 combattants armés, la résistance incluait de nombreux non-combattants qui faisaient des émissions de radios clandestines, imprimaient et distribuaient des journaux et des brochures, des aides qui fournissaient de la nourriture, un abri, une assistance médicale, des informations. On estime qu’il y avait 25 à 30 000 de ces partisans.
– La participation des combattants juifs à la résistance a été 3 à 4 fois plus importante, proportionnellement, que celle de la population non-juive, sans compter les nombreux partisans et membres de la résistance non armée.
– Les partisans juifs étaient jeunes, plus de 56% avaient 20 ans ou moins et les femmes représentaient plus de 20 pour cent des combattants juifs. La majorité d’entre eux appartenaient à l’organisation de jeunesse communiste (Rabotnicheski Mladezhki Sayuz) et / ou à des organisations sionistes comme Maccabi, Hachomer Hatzair et Betar, comme c’était le cas pour les résistants juifs
à travers l’Europe.
– Alignées contre la résistance ne se trouvait pas seulement l’armée bulgare, mais aussi la police du pays et une unité de gendarmes spécialement créée. Ces derniers étaient
notoirement connus pour avoir commis des atrocités contre les partisans capturés et leurs partisans y compris des décapitations, et l’incendie des villages de sympathisants soupçonnés.

La question se pose de comprendre pourquoi, dans un pays
qui était plus tolérant et accueillant envers les Juifs que beaucoup d’autres en Europe, certains étaient prêts à recourir à la résistance armée. Alors que l’élite juive et les instances officielles de la communauté, étaient majoritairement convaincues que Tsar protégerait les Juifs, la majorité des Juifs de Bulgarie étaient paupérisés et vivaient dans des conditions précaires. Il n’est donc pas surprenant que sionisme et socialisme soient apparus des panacées attrayantes, en particulier pour les jeunes. En même temps, Il y eut une augmentation de l’antisémitisme officiel au début des années 1930 et, en 1941, lorsque
la résistance armée a commencé, on entrevoyait le destin ultime des Juifs dans les territoires contrôlés par les nazis.

L’impact politique et militaire réel de la résistance bulgare est sujet à controverse entre les historiens. Le régime communiste installé après la guerre lui attribuait une importance d’autant plus grande qu’il en tirait sa légitimité. Néanmoins, la résistance peut au minimum être créditée de plusieurs effets non négligeables.
– Elle a maintenu la pression sur le gouvernement pour qu’il ne succombe pas aux demandes allemandes de
déclarer la guerre à l’URSS. Le tsar craignait que déclarer la guerre à la Russie entraînerait une augmentation considérable de la résistance, car la plus grande partie de la population restait fortement russophile.
– Elle a assassiné des dirigeants fascistes influents. Paradoxalement, cela a également renforcé le contrôle du tsar alors qu’il craignait que le général Lukov et d’autres organisent un coup d’état pro-nazi avec la complicité allemande.
– Elle a empêché ou réduit les approvisionnements aux forces allemandes et contraint le régime bulgare à consacrer des ressources militaires et policières aux combats contre les partisans, en particulier en 1944.

Violetta Yosifova Yakova est une juive séfarade, née à Dupnitsa, une petite ville de Bulgarie occidentale. Son père, un petit commerçant, meurt avant sa naissance, laissant la famille dans des conditions financières difficiles. À l’âge de quatorze ans, elle va donc travailler comme ouvrière dans un entrepôt de tabac, et à 16 ans, elle déménage dans la capitale, Sofia, pour devenir couturière. Elle y adhère bientôt à une cellule de résistance anti-nazie.
A ce moment, la Bulgarie n’est pas occupée par l’Allemagne nazie, mais son régime d’extrême droite, mené par le tsar Boris III, maléfique et opportuniste, déporte 12 000 Juifs bulgares à Auschwitz et Treblinka (personne n’a survécu), emprisonne le reste dans des ghettos et des camps de concentration, déclare la guerre aux Alliés et se prépare à engager les troupes bulgares contre l’Union soviétique.
Dans la bataille cruciale de Stalingrad, leur contribution pourrait faire pencher la balance en faveur de l’Allemagne.
Pour empêcher ce développement, Violeta Yakova et ses camarades des «groupes de combats urbains» exécutent un certain nombre d’éminents fascistes bulgares qui ont pris position en faveur de cet engagement.
Intimidé par leur mort ainsi que par les protestations massives des syndicats, de l’opposition libérale et des chefs de l’église orthodoxes bulgares, le Tsar Boris III fait volte-face, et refuse d’envoyer ses troupes contre l’Union soviétique et de déporter les Juifs restants vers les camps de la mort.
Furieux de sa «trahison», Hitler s’engage à soutenir un coup d’état en Bulgarie et à remplacer le Tsar Boris III par le général Hristo Lukov – un ami de Goering, ancien ministre de la guerre et chef de l’organisation fasciste «Union des légionnaires bulgares» -, mais le coup d’état est évité, car le 13 février 1943, le général Lukov est abattu par Violeta Yakova.
Plus tard, en 1943, le mouvement partisan s’étant renforcé, met fin à l’activité des groupes urbains et Yakova rejoint un détachement partisan en Bulgarie occidentale.
Au printemps 1944, des actions partisanes conduisent le gouvernement à réunir une force d’environ 100 000 hommes dans le but d’écraser les partisans.
Cette tentative échoue, mais de nombreux combattants de la Résistance tombent, et parmi eux Violeta Yakova.
Alors qu’elle rejoint seule son unité, elle est faite prisonnière, brutalement torturée, collectivement violée et horriblement mutilée. Elle périt le 18 juin 1944, peu après son 21e anniversaire, et moins de trois mois avant la chute du régime fasciste bulgare.
Sur une place de Radomir, sa ville natale, un monument rappelle son sacrifice héroïque.

(Sources: Michael L. Hoffman « Jewish Resistance in World War II Bulgaria » et J-Grit)

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ALICE EDINGER-BALAZS (1928-1996)

ALICE EDINGER-BALAZSPendant le Khurbn (Shoah), le mouvement de la jeunesse sioniste hongrois s’engagea dans des opérations de résistance et de sauvetage massives. Leurs activités consistaient à avertir les autres Juifs des déportations imminentes, à fabriquer et distribuer des faux papiers et à établir des maisons sécurisées pour enfants. En 1942, l’Allemagne commença à expulser les juifs slovaques vers Auschwitz. En réponse, les sionistes hongrois apportèrent illégalement une assistance aux réfugiés juifs slovaques qui arrivaient en Hongrie en leur fournissant des hébergements, des conseils et des papiers d’identité. Une quarantaine de militants furent capturés et envoyés en prison ou dans des brigades de travail forcé. Immédiatement après l’invasion allemande de la Hongrie, le 19 mars 1944, les mouvements sionistes décidèrent que leurs membres devaient adopter des identités chrétiennes pour mener à bien leur activité de résistance. Ils commencèrent la fabrication en masse de faux papiers, y compris des cartes d’identité, des certificats de naissance et des documents militaires dans un atelier central de falsification. Les émissaires sionistes s’éparpillèrent vers les ghettos de province afin de prévenir les juifs des déportations imminentes et leur fournir des faux papiers, de l’argent et des itinéraires d’évacuation. Ils firent également passer des jeunes juifs en Roumanie et en Slovaquie au cours d’une opération appelée « Tiyul » (excursion). Beaucoup de ceux qui passèrent en Slovaquie participèrent plus tard au soulèvement slovaque. Après le coup d’état des Croix fléchées (la parti nazi hongrois), du 15 octobre 1944, la jeunesse sioniste aida, sous l’égide de la Croix-Rouge internationale, à organiser plus de 50 foyers pour sauver 6 000 juifs de la terreur des Croix fléchées et des traumatismes des dernières semaines et mois de la guerre et fabriquèrent des milliers de faux laisser-passer.

(Photo: Alice Edinger en 1944, l’une parmi la cinquantaine de jeunes activistes sionistes qui parvinrent à sauver plusieurs milliers de Juifs de la destruction nazie)

(Souce: United States Holocaust Memorial Museum)

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BRONKA KLIBANSKI (1923-2011)

CJN_23-BRONKA KLIBANSKIBronia (Bronka) Klibanski est bien connue comme une des héroïques kashariyot » (messagères) de la résistance juive pendant le Khurbn (Shoah). Travaillant avec Mordechai Tenenbaum, le chef de la résistance juive dans le ghetto de Bialystok, devient la principal kasharit du groupe sioniste Dror en 1943. Elle procure des armements critiques pour la révolte du ghetto, rassemble des informations, sauve d’autres Juifs et sauve les archives secrètes du ghetto de Bialystok. Après la destruction du ghetto de Bialystok, elle continue ses activités clandestines, travaillant avec un groupe de cinq jeunes femmes d’autres mouvements pour continuer à sauver et aider les Juifs. Elles passent aussi des armes, des fournitures et des médicaments aux partisans dans les forêts près de Bialystok et seront décorées par l’URSS après la guerre.

Bronka Klibanski nait le 24 janvier 1923, fille de Bashia et Leib Vinitski à Grodno, en Pologne. Elle a deux sœurs plus jeunes, Dvora et Shulamit, et un frère beaucoup plus jeune, Shalom. Sa mère, une actrice et chanteuse du théâtre juif avant son mariage, inspire à ses enfants l’amour de la musique, la littérature et de la culture Yiddish. Lorsque le père de Bronka, un marchand de bétail, perd la plupart de ses clients dans la dépression du début des années 1930, sa mère devient le soutien de la famille en ouvrant un kiosque pour la vente de fruits et de bonbons.

En 1935, alors que le kiosque de bois nouvellement construit génère suffisamment de revenus pour que Bronka puisse prendre des leçons de violon, il est détruit par une populace antisémite au cours d’un pogrom soutenu par le gouvernement. Bronka, âgé de douze ans, décide qu’elle ne veut pas vivre dans un pays où les Juifs sont détestés: elle ira en Palestine. Elle rejoint le groupe de jeunesse Dror pour se préparer à l’aliyah.

Bronka est encore à l’école le 22 juin 1941 lorsque les Allemands envahissent Grodno. La maison de la famille est touchée par une bombe et se consumme en flammes, laissant les parents de Bronka, leurs quatre enfants et sa grand-mère sans endroit où dormir et sans ressources.

L’un des premiers actes de résistance de Bronka se produit pendant cette période. Bronka est chargée d’un groupe de jeunes filles juives recrutées pour le travail forcé pau bénéfice des Allemands. Quand il commence à pleuvoir, Bronka déclare à leur surveillant allemand qu’elles «n’ont pas à travailler dehors sous la pluie.» Comme elle ne demande pas d’autorisation, mais énonce tout simplement déclaré le principe avec autorité, l’Allemand acquiesçe.

Cette expérience renforce l’assurance de Bronka, elle est en fait audacieuse, confiante et sûre de ce qui est «juste» dès le début. Elle agit comme si elle s’attendait à ce que les Allemands l’acceptent et, étonnamment, beaucoup de ceux à qui elle a affaire l’acceptent. Elle sait intuitivement comment accomplir tout ce qu’elle veut faire, que ce soit en s’appuyant sur sa posture élégante, sa politesse simple ou ses yeux bleus étincelants.

Les 30 000 juifs de Grodno reçoivent l’ordre de s’installer dans les ghettos en une seule journée, le 1er novembre 1941. Lorsque Bronka voit les longues queues et la façon dont les gardes allemands inspectent et harcèlent les Juifs, elle décide de trouver une autre façon d’entrer au ghetto. Une fois de plus, elle réussit, et une fois de plus, elle en sort confortée. Comme elle l’a déclaré plus tard: « Dès le début, je ne suivais pas leurs ordres ».

Le talent de Bronka pour s’introduire et sortir du ghetto la conduit rapidement à la contrebande pour procurer la nourriture essentielle pour sa famille, «ramener quelque chose à la maison pour soulager la faim dévorante», parce que les Allemands placent intentionnellement les rations alimentaires du ghetto à un niveau de famine. Elle sort du ghetto avec des vêtements ou du linge à échanger contre de la nourriture pour le ghetto. Bientôt, d’autres personnes dans le ghetto, qui ont peur de prendre le risque eux-mêmes – parce que les Juifs capturés à l’extérieur du ghetto risquent la mort – lui offrent une commission pour le céchanger leurs biens aussi.

Bronka apossède plusieurs caractéristiques qui se révélent des atouts essentiels pour son trafic, comme pour le succès ultérieur de son activité de kasharit pour la résistance juive. Tout d’abord, elle a ce qu’elle appele «un bon visage», n’a pas l’air juif et n’est pas facilement identifiée comme juive du côté arien. Deuxièmement, elle parle polonais couramment sans aucune trace d’accent juif. Troisièmement, elle a vécu parmi des familles non juives et a d’anciens voisins auxquels elle peut faire confiance. Enfin, elle est aventureuse et intrépide: tandis que d’autres sont terrifiés par le danger d’être pris comme juif à l’extérieur du ghetto, Bronka fait de trouver de nouvelles façons d’entrer et sortir, un jeu. À dix-huit ans, elle est assez jeune pour supposer que rien ne peut lui arriver.

L’événement dramatique qui change la vie de Bronka est une rencontre avec Mordechai Tenenbaum, l’un des leaders nationaux de son mouvement de jeunesse sioniste, le Dror, lorsqu’il vient au ghetto de Grodno en janvier 1942. C’est l’annonce choquante par Tenenbaum des massacres des Juifs de Vilna dans les forêts de Ponary et son analyse du programme de meurtre systématique des Allemands qui amène Bronka à la résistance active.

Un mois plus tard, en février 1942, Bela Hazan, une messagère du Dror, arrive au ghetto de Grodno pour lui annoncer qu’elle est convoquée à Bialystok pour une réunion nationale des leaders du Dror. Comme il était trop risqué pour elles de voyager ensemble, Bronka doit se rendre à Bialystok seule. Cela semble une tâche impossible: les Juifs n’ont pas le droit de voyager, ils ne sont même pas autorisés à l’extérieur du ghetto, et Bronka n’a pas les papiers ni l’argent pour acheter un billet.

Une fois de plus, son talent pour l’improvisation instantanée lui vient en aide. À la gare, elle voit un officier allemand. Elle s’approche de lui « et je lui demande très gentiment, s’il peut m’acheter un billet. Et il dit, oui, pourquoi pas. » Alors que Bronka se décrit comme très polie, elle ne mentionne pas qu’elle est aussi très belle, avec ses cheveux blonds, ses yeux bleus étincelants et un sourire chaleureux qui amènent les autres à l’aider.

Bronka a également l’avantage d’avoir hérité du talent d’actrice de sa mère en tant qu’actrice et trouve facile de jouer n’importe quel rôle requis. Par exemple, quand elle doit fait face à une nouvelle série d’obstacles pour pénétrer dans le ghetto de Bialystok, elle commence à courir vers le portail et dit au garde qu’elle doit revenir pour réupérer la couture qu’elle a faite pour son patron allemand. Une fois encore, elle passe.

Bronka retourne à Grodno après la réunion de Bialystok, mais elle a promis le secret et ne peut pas parler à ses parents de ses activités clandestines. Elle ne peut pas non plus dire à sa mère qu’elle quitte Grodno quand elle est rappelée à Bialystok deux mois plus tard, mais elle sent la douleur et la tristesse dans les yeux de sa mère quand elle comprend que Bronka part pour toujours.

La réunion d’avril 1942 des membres du Dror des ghettos environnants – qui ont risqué leur vie pour venir à Bialystok pour le « séminaire de Pesah » – est dirigée par Frumka Plotniczki, une dirigeante nationale du Dror, venue de Varsovie. C’est un événement passionnant, à des années-lumière de la sombre réalité des ghettos qu’ils ont laissés, et les membres sont stimulés et dynamisés pour mobiliser la résistance. Lorsque Bronka est invitée à rester à Bialystok, elle est volontaire et impatiente.

Ils vivent tous dans une maison commune qu’ils appellent Kibbutz Tel Hai. On donne d’abord à Bronka la tâche de s’occuper du jardin potager du ghetto (à l’été 1942), puis, dans une usine qui fabrique des vêtements militaires allemands (à l’automne 1942), de coudre des boutons qui semblent parfaits mais sont appelés à tomber. La nuit, quand ils rentrent de leur travail, ils se réunissent autour de la grande table pour parler, discuter et planifier. Bronka, responsable des activités culturelles, les divertit avec des histoires de Shalom Alechem, des chansons folkloriques yiddish et des arias apprises auprès de sa mère.

En novembre 1942, Tenenbaum revient de Varsovie pour organiser la résistance à Bialystok et sélectionne très vite Bronka pour qu’elle devienne une messagère pour le mouvement Dror. À la fin de 1942, toutes les messagères du Dror sauf une ont été capturées par les Allemand, et les compétences de Bronka sont très demandées. Tenenbaum a besoin de quelqu’un qui aura le courage de se charger de la tâche dangereuse d’obtenir des armes pour la révolte des ghettos, mais il veut également une personne qui a l’air innocente et qui restera calme et assurée en cas de crise. Bronka est la candidate idéale, non seulement en raison de son apparence « aryenne », de son calme, de son polonais courant et de son aisance personnelle dans le monde non-juif; Le plus important, comme elle l’a noté, est son courage et sa confiance: «Je n’avais pas peur … et je ne serais pas prise au piège».

Armée seulement de sa carte d’identité émise par l’Allemagne, Bronka quitte le ghetto le dernier jour de 1942. Pendant les huit mois suivants, elle est totalement seule, et livrée à elle-même, du côté aryen. Elle est entourée de gens qui détestent les juifs et qui seraient heureux de la livrer à la Gestapo. Il ne s’agit pas seulement d’une préoccupation hypothétique. Bien que Tema Sznajdermann, la seule survivante des messagères du Dror à Bialystok, lui ait trouvé une chambre et un emploi avant de partir pour Varsovie, ses voisins la soupçonnent d’être juive parce qu’il est inhabituel pour une jeune fille de vivre seule et encore plus inhabituel que personne de sa famille ne lui rende visite. Les soupçons des voisins les conduisent à scruter ses activités afin de la démasquer si elle est vraiment juive. Ils sont particulièrement attentifs à tous ceux qui viennent chez elle. Un jour, cinq filles juives qui s’étaient échappées de Grodno font leur apparition à l’appartement de Bronka. Elle n’a aucune idée de la façon dont ils l’ont trouvée, mais elle accepte de les cacher pendant qu’elle se rend au travail. Cependant, les voisins les ont déjà vues, et ils signalent immédiatement à sa propriétaire que «Bronka cache des Juifs». Cette nuit-là, Bronka affronte un officier de la Gestapo avec une des performances étonnantes de sa carrière et réussit à le persuader de partir. Le lendemain, elle déménage les filles.

Le vrai but de Bronka du côté aryen, ce sont ses missions de messagère. Sa première et importante tâche est d’acheter des armes pour la résistance et de les livrer au ghetto. Sa deuxième mission cruciale est de trouver un endroit sûr à l’extérieur du ghetto où les archives clandestines du ghetto de Bialystok pourront être cachées et sauvegardées. Elle est également chargée de recueillir des informations et des renseignements pour la résistance du ghetto, de sauver d’autres Juifs et de servir de centre de communication pour le courrier et des informations qui relient le ghetto au monde extérieur. En tant que seule messagère du Dror du côté aryen de Bialystok (après janvier 1943), elle porte seule le poids énorme de la conduite de ces missions.

Quand elle est à l’extérieur du ghetto, elle vit une vie de vigilance permanente, disciplinée et solitaire. Elle ne peut pas se détendre jusqu’à ce qu’elle soit revenue dans le ghetto, et elle vit dans l’attente de ces moments. Comme sa relation avec Mordechai Tenenbaum a évolué de l’amitié à l’amour, ses fréquentes visites au ghetto et les lettres qu’ils échangent la soutiennent et lui donnent «une force et confiance en soi énorme … à l’ombre de la fin inévitable».

Le problème majeur auquel Mordechai Tenenbaum est confronté est le manque d’armes pour les futurs combattants du ghetto. (En août 1942, quand ils commencent à parler de résistance, l’organisation ne possède qu’une seule arme à feu.) C’est ce pourquoi ils ont le plus besoin de Bronka, et c’est le terrain où ses talents sont les plus évidents. Par exemple, lors de sa première mission d’acquisition d’armes, elle se rend dans un village rural pour obtenir un revolver et deux grenades à main. Le fermier « emballe » les armes dans un énorme pain de campagne et elle retourne à la gare en se réjouissant à l’avance de la joie qui accueillerait sa livraison. Mais un policier allemand avec un gros chien se tient sur le quai de la gare. Il regarde sa valise avec suspicion et lui demanda ce qu’elle porte. Réalisant qu’elle ne peut pas éviter son inspection, elle décide d’adopter une attitude amicale et, avec un sourire, avoue qu’elle transporte de la nourriture venant des fermiers, admettant ainsi qu’elle fait du marché noir. Étonnamment, l’Allemand devient son protecteur. Il a demandé au contrôleur de veiller sur elle et de s’assurer que personne ne dérangera sa valise.

Les efforts de Bronka pour accomplir sa deuxième mission et pour trouver une cachette pour les archives du ghetto sont moins dramatiques mais tout aussi dangereux. Les archives sont la mémoire du ghetto, les journaux, les témoignages, les rapports – même les documents du Judenrat – que Zvi Mersik et Mordechai Tenenbaum ont recueillis pour documenter l’expérience des Juifs à Bialystok (et la cruauté des Allemands). Chaque fois que Bronka entreprend de rechercher une cachette potentielle, elle fait face à des fouilles si strictes dans les trains qu’elle décide qu’elle ne peut pas risquer de transporter les archives. En fin de compte, un ami polonais, le docteur Filipowski, accepte de cacher le matériel sur sa propriété, et Bronka les sort clandestinement du ghetto. (Les archives ont survécues à la guerre et sont maintenant à Yad Vashem à Jérusalem.) Lorsque le soulèvement du ghetto de Bialystok commence le 16 août 1943, il devient impossible à quiconque du côté aryen d’atteindre les combattants. C’est un moment de grande angoisse pour Bronka: voir trois cercles de soldats allemands armés et de SS entourer le ghetto, les voir entrer, entendre les rafales de coups de feu, en sachant que Tenenbaum et tous ses amis sont dans le ghetto et n’être pas capable de faire quoi que ce soit pour les aider. Malgré le danger, Bronka est attirée vers le ghetto et continue à marcher le long des murs, en espérant trouver un moyen de communiquer avec ses amis et de les aider.

Le premier jour de l’insurrection, par hasard, Bronka rencontre Haika Grosman, l’une des chefs de la résistance juive unifiée dans le ghetto et une messagère pour le HaShomer Hatsaïr, et Marylka Rozycka, la messagère pour les partisans juifs dans les forêts près de Bialystok. Conscientes qu’elles pourraient être les seules survivantes de leurs mouvements, elles s’engagent à travailler ensemble pour sauver tous les Juifs qui ont réussi à s’échapper et à les aider à atteindre les partisans juifs dans les forêts. En outre, elles s’engagent à aider les partisans juifs qui ont eux-mêmes un besoin urgent de fournitures. Les trois membres sont bientôt rejointes par les messagères survivantes d’autres groupes: Liza Czapnik et Anya Rod des communistes, Hasia Bornstein-Bielicka et Rivka Madajska du HaShomer.

Après que le ghetto de Bialystok ait été liquidé, et que Tenenbaum et la plupart des combattants aient été tués ou se soient suicidés, ce groupe nouvellement formé de jeunes femmes messagères de différents groupes commence à travailler ensemble pour sauver les Juifs d’autres ghettos, camps de travail, prisons et trains de déportation et pour les aider à atteindre le groupe de partisans juifs dans la forêt. En conséquence, le groupe partisan juif, le Foroys (En avant), passe de cinquante à cent personnes. Bronka essaye de sauver certains des survivants de l’insurrection, mais un seul est disposé à accepter son aide. Elle sauve également un homme échappé de Treblinka et l’aide à rejoindre le groupe partisan.

Au printemps 1944, les parachutistes soviétiques atteignent les forêts et commencent à unifier les groupes qui y opèrent. Les Forojs rejoignent les Soviétiques et leur situation matérielle s’améliore considérablement. Les jeunes femmes du groupe de Bronka rejoignent aussi les soviétiques et deviennent messagères pour le siège soviétique des groupes partisans, coordonné avec l’Armée rouge.

En mai 1944, les Soviétiques créent un comité officiel anti-fasciste à Bialystok et nomment Liza Czapnik à sa tête. Liza et les autres femmes du groupe, continuent à travailler ensemble, et fournissent une aide critique au commandement partisan russe dans les forêts et leur fournissent des armes, des aliments, des médicaments, des couvertures et des vêtements très nécessaires. (Bronka fournit les médicaments reçus du Dr. Filipowski, employé d’un entrepôt pharmaceutique allemand). Les jeunes femmes recueillent également des renseignements pour les Russes et leur fournissent des informations détaillées sur l’aéroport de Bialystok et les installations militaires allemandes. Dans les dernières semaines de la guerre, Bronka participe à une attaque pour faire sauter un train allemand qui fonce pour amener des renforts vers le front.

Bronka rencontre son futur mari, Michael « Misha » Klibanski, à Bialystok à l’été 1944, après la libération. Il a servi dans l’armée polonaise, s’est échappé en Union soviétique au début de la guerre et a été renvoyé comme parachutiste russe pour aider les partisans à l’hiver 1943.

Après la guerre, Bronka devient conseillère pour les adolescents survivants dans le premier kibboutz, une maison à Varsovie pour les enfants qui ont perdu toute leur famille dans la Shoah.

Misha s’était blessé à la hanche lors d’un saut pendant la guerre et souffre de douleurs sévères. Il passe les premières années après la guerre à recevoir des soins médicaux et à se rétablir en Suisse. Bronka reprend ses études à Genève, reçoit son diplôme en 1950 et, de 1950 à 1953, tous deux étudient à Zurich, où Misha complète son doctorat en économie en trois ans. Bronka, qui veut devenir actrice, étudie l’art et le théâtre.

Le couple arrive en Israël en 1953 et s’installé à Jérusalem. Leur fils Eli (Klibanski) nait en 1957. Puisque le Théâtre Habimah n’était pas accueillant pour les nouveaux immigrants, surtout ceux qui ne parlent pas l’hébreu, Bronka commence à travailler en tant qu’archiviste à Yad Vashem en 1955 et occupe ce poste jusqu’à sa retraite. Elle contribue à la préservation et à la publication du journal et des lettres de Mordechai Tenenbaum et des archives clandestines du ghetto de Bialystok (l’archive Mersik-Tenenbaum). Elle compile également les documents collectés dans de nombreux pays, dont l’Allemagne, la Yougoslavie, la Hongrie, la France, la Belgique et la Slovaquie, ainsi que la liste des témoignages dans les archives centrales 033. Son aisance dans les langues et sa chaleur personnelle sont d’une grande aide pour plusieurs générations de chercheurs. En 2002, parait « Ariadne », son récit superbement écrit sur ses activités pendant guerre.

Bronka s’est éteinte le 23 février 2011, âgée de 88 ans, laissant derrière elle un legs de résistance, de courage, et l’admiration de tous ceux qui l’ont connue.

(Source: Lenore J. Weitzman in Jewish Women’s Archive)

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LIZA CZAPNIK (1922-2016)

CJN_22-LIZA CZAPNIKBenjamine de quatre enfants, Liza Czapnik nait en 1922 à Grodno, en Pologne (aujourd’hui Hrodna, Biélorussie) dans une famille de la classe moyenne qui observe les traditions juives jusqu’à l’occupation soviétique en septembre 1939. Liza fait sa scolarité à l’école polonaise et au lycée juif. Son père, Joseph, tient un magasin de boutons et sa mère, Ethel-Esther, est couturière.

Pendant l’occupation soviétique (1939-1941), Liza fréquente l’école no 9 et est inscrite au Komsomol (Organisation de jeunesse communiste). Elle termine ses études le 21 juin 1941. Le lendemain, l’Allemagne envahit l’Union soviétique. Liza et sa famille s’enfuient alors que les Allemands avancent vers Grodno mais ses parents retournent dans la ville. Elle-même, sa soeur Sarah et son frère Grisha continuent jusqu’à Stolpce (Stowbtsy). Les chars allemands les encerclent, les soldats arrêtent les hommes mais libèrent les femmes. Son frère se trouve parmi les détenus dans des camps pour prisonniers russes à Stolpce, où ils ne sont pas nourris pendant cinq jours. D’ores et déjà, Liza se distingue par sa détermination et son assurance. Elle obtient auprès des Polonais du pain et de l’eau qu’elle distribue aux prisonniers. Les gardes allemands la frappe mais elle ne s’en va pas tant que son frère n’est pas relaché. Avec lui et sa sœur, elle marche jusqu’à Baranowicze (Baranavichy), d’où elle continue seule pour rejoindre des parents de Dereczyn (Derechin). En août 1941, sur le chemin de Dereczyn à Slonim, elle est témoin d’un massacre en masse de Juifs. Elle se cache dans le creux d’un arbre où elle est trouvée par une femme biélorusse qui lui explique que les personnes assassinées étaient les Juifs de Slonim et lui suggère de se faire passer pour sa nièce. Après plusieurs jours à Slonim, elle retourne à Dereczyn et de là à Grodno avec un charretier polonais qui prend le mobilier de sa famille en échange de la conduire. On est fin 1941.

Dans le ghetto, Liza vit avec treize autres personnes dans un petit appartement de deux pièces. Elle et son frère sont obligés de se cacher car ils sont recherchés par la Gestapo. Leurs noms figurent sur la liste des intellectuels juifs, dont certains ont été tués pendant que Liza était à Dereczyn. Déçue par la réaction d’incrédulité à son récit du massacre de Slonim, elle consacre beaucoup de temps et d’efforts à l’activité clandestine: écoute des informations sur une radio cachée dans le grenier de l’une des maisons, récit des événements de Slonim dans des bulletins d’information distribués à des connaissances juives, rencontres avec des membres de la résistance et préparation de faux papiers. Dans le débat sur les modes d’opératoires, Liza s’oppose à la lutte armée et préconise de lquitter le ghetto pour rejoindre les partisans.

En octobre 1942, son père est arrêté quand elle et son frère, qui ont fui à Bialystok, ne sont pas retrouvés chez eux. En novembre 1942, ses parents et autres membres de sa famille sont déportés à Kielbasin (un camp de transit avant le transport vers les camps d’extermination) et ensuite à Treblinka. Un mois plus tard, Liza quitte Grodno pour Bialystok, équipé de faux papiers au nom de Maria Mrozowska et des noms et adresses de personnes à contacter à destination. Avec l’aide de son frère Grisha, elle prend contact avec les membres de la résistance dans le ghetto de Bialystok.

En janvier 1943, Liza, qui était un membre de Komsomol, est envoyée du côté aryen de Bialystok pour obtenir une carte d’identité basée sur ses faux papiers. En mars 1943, sa soeur Berta et son mari sont transférés à Bialystok et, en août 1943, Berta, Grisha et Sarah sont déportés de Bialystok à Treblinka. Sarah saute du train et est abattue.

Les papiers de Liza lui permettent d’obtenir des papiers d’identité allemands et elle trouve un endroit pour vivre du côté aryen où elle travaille comme éplucheuse de pommes de terre dans la cuisine de la gare. Du coup, elle reçoit également un certificat du Ministère du travail. Avec Hasia Bielicka, elle réussit à trouver un autre emploi d’éplucheuse de légumes et de femme de ménage dans la cuisine des SS. Liza réussit réussit à se faufiler régulièrement dans le ghetto par une cour commune au ghetto et au côté aryen, afin de recevoir des missions de la résistance du ghetto. Sa première mission consiste à trouver des cachettes avec cave ou grenier pour elle-même et d’autres membres de la résistance. Une autre mission consiste à établir des contacts avec les anti-fascistes polonais, russes et biélorusses. Elle prend contact avec des membres de la résistance qui travaillent dans des endroits stratégiques tels que l’aéroport et la centrale électrique. Avec d’autres jeunes juives, elle parvient à établir des liens avec divers groupes antifascistes et à les unifier en une seule organisation. Les jeunes femmes fournissent des renseignements sur les Allemands et, plus tard, des armes obtenues de diverses façons.

En février 1943, Liza se rend à nouveau au ghetto de Grodno en entrant avec un groupe de travailleurs. Elle emmene sa nièce Alloczka de dix ans, l’amene à sa cachette à Bialystok et la rend à ses parents, qui sont arrivés au ghetto de Bialystok avec le reste des Juifs de Grodno en mars 1943. Après avoir sauvé sa nièce, elle change d’appartement pour se rendre dans une pièce secrète d’une autre rue. La chambre dispose d’une cave où des armes, des tracts, des papiers et des cartes sont cachés, ainsi que toute personne venant de la forêt. Elle maintient le contact avec la résistance juive dans le ghetto, fournissant des informations et obtenant des armes et des cartes. Elle renoue également le lien avec la résistance non juive, dissimulant des armes avec les autres jeunes femmes: Hasia Bielicka, Ania Rud, Marylka Rozycka, Bronia Klibanski (Winicki), Haika Grosman et Rivka Madajska.

Dans son rapport d’août 1944 Liza donne quelques exemples concrets des activités de liaison des résistantes juives: « Elles ont réussi, par exemple, en se faisant passer pour des trafiquantes de nourriture qui allaient de Grodno à Bialystok, en Septembre 1943, à transporter une mitrailleuse dans une grande valise. C’est seulement grâce à l’habileté, la précision et l’ingéniosité des camarades B. (Bronja) Viriicka et C. (Tchaïka) Grossman, qu’il a été possible d’apporter la mitrailleuse à l’unité de partisans juifs. Les camarades M. (Marylka) Rözyckaund, A. (Anja) Rud ont transporté une mitrailleuse et des fusils enveloppées dans des serviettes en plein jour à travers la ville. Au total furent transmis: 20 fusils, 4 mitrailleuses, plus de 22 pistolets, 30 boussoles, plus de 60 grenades. »

Lorsque le ghetto de Bialystok est liquidé dans « l’Aktion » d’août 1943, le lien entre les jeunes femmes juives est renforcé et elles opèrent ensemble. Elles commencent à aider les survivants juifs à atteindre le côté aryen et de là à continuer jusqu’à la forêt. Jusqu’en avril 1944, Liza est l’un des liens entre les Juifs qui restent cachés à Bialystok et les partisans, fournissant des vêtements, des armes, des médicaments, des cartes et des compas pour l’unité partisane juive Foroys (yiddish « En avant ») menée par Alexander Suhaczewski et la commissaire Rivka Voiskowska.

Lorsque la force partisane se forme dans leur région, Liza est choisie pour superviser les activités dans la forêt et faire rapport au commandement de la brigade. Sur ordre spécial de Moscou d’unir toutes les forces antifascistes, elle est chargée d’entrer en contact avec l’Armia Krajowa, AK (l’organisation militaire clandestine polonaise), qui, pour des raisons politiques, a combattu les partisans soviétiques. Avec l’aide de Bronia Klibanski, plusieurs membres de l’AK sont amenés au quartier général de la brigade partisane, se joignent aux combats et sont ensuite soulagés de leurs armes. En avril 1944, Liza est nommée présidente de l’organisation de résistance antifasciste de Bialystok. Les autres membres sont Bronia Klibanski du Dror, Haika Grosman, Hasia Bielicka du HaShomer, Marylka Rozycka des communistes et Ania Rud.

Après la libération, Czapnik retourne à Grodno avec Hasia Bielicka et Ania Rud. En 1945, elle part étudier à Moscou et, en 1949, suit des études universitaires à l’Institut pédagogique des langues étrangères de Moscou. Après avoir terminé ses cours de troisième cycle en 1952, elle reçoit son doctorat de l’Institut. Elle se marie avec Ilya (Joel) Mashevitzky en 1951 et déménage à Ryazan, où elle enseigne l’anglais et la traduction. Leur fils Grisha nait en 1954. Elle reste à Ryazan jusqu’à l’émigration en Israël en 1991.

Liza Czapnik s’est éteinte il y a quelques mois, le 11 juillet 2016, à l’âge de 94 ans. Que sa mémoire soit bénie!

(Sources: Tikva Fatal Kna’ani in Jewish Women’s Archive et Ingrid Strobl « Die Angst kam erst danakh: Jüdische Frauen in Widerstand 1939-1945 »

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ZOSHA POZNANSKA (1906-1942)

CJN_21-ZOSHA POZNANSKASofia (Zosha) Posnanska, l’une des héroïnes juives oubliées de la Seconde Guerre mondiale, n’a vécu que trente-six ans, dont trois durant la guerre en Europe. Zosha, Zoshka ou Zoha, comme l’appelaient ses amis, est née le 8 juin 1906 à Lodz, en Pologne, de Hannah (Anna) Basz et Maurizio (Moshe) Posnanski, dont le père était le cousin d’Israël Kalmanovich Posnanski , un des « rois du coton » de Lódz.

Peu de temps après, la famille déménage à Kalisz et habite sur la belle et élégante rue Alia Jozefina. En 1924, Posnanska termine ses études au lycée de filles à Kalisz. En 1920, elle rejoint le mouvement sioniste-socialiste HaShomer Hatsaïr, fondé en 1913 et établi à Kalisz en 1917.

Le premier amour de Posnanska est Fiszek Kampinsky, qu’elle a rencontré au HaShomer. Avec le frère de Poskanska, Olek et d’autres, Kampinsky était parmi les fondateurs du mouvement à Kalisz, où Posnanska absorbe les valeurs et les opinions intellectuelles et politiques qui deviendront les facteurs formatifs les plus importants de sa vie.

En 1925, Posnanska émigre en Israël, où elle rejoint ses amis au camp du kibboutz d’Afulah qui fonde ensuite le kibboutz Mishmar ha-Emek. Néanmoins, Zosha ne les accompagne pas pour établir un kibboutz en Palestine. Elle a beaucoup de mal à accepter la réalité socio-politique du pays qui, à l’époque, est régi par l’impérialisme britannique et où les habitants sionistes achetent des terres aux effendis arabes, ce qui se traduit souvent par l’expulsion des fermiers arabes qui vivent sur la terre. Selon sa vision socialiste, la terre est censée appartenir aux paysans qui la travaillent et non aux effendis. Quant à l’impérialisme britannique, dans l’opinion de Zosha, il n’a pas de place en Palestine. Après environ un an, Zosha quitte ses amis au camp du kibboutz, et rejoint l’Ihud, un front communiste et plus tard le PKP (le Parti communiste palestinien).

Au début de 1930, elle déménage en France car le PKP n’est pas légal en Palestine et ses camarades sont tôt ou tard expulsés par les Britanniques. Encore en Palestine, elle fait la connaissance de Shmuel Cinnamon, également communiste, qui la précède en France. Elle restera liée à Cinnamon jusqu’à la fin de sa vie, bien que la relation ne soit pas facile et qu’ils se soient séparés et réconciliés à plusieurs reprises.

Jusqu’à sa mort, douze ans plus tard, Zosha vit alternativement à Paris et à Bruxelles, où elle appartient aux groupes d’immigrants de gauche juifs venus d’Europe de l’Est qui poursuivent leur activité politique communiste à l’ouest. Le communisme n’est pas, cependant, le communisme de la terreur stalinienne. C’est une idéologie totale dont la racine est l’aspiration à libérer l’humanité de ses souffrances, de ses inégalités et de son affliction, et à créer un monde de fraternité humaine, sans exploiteurs ni exploités, sans chefs ni sujets, sans violence ni guerre, un monde humain délivré pour toujours de la faim, de la maladie, du racisme, de l’ignorance, de la superstition et du mal, un monde fondé sur une vision du monde rationnelle et égalitaire, pour le bien des êtres humains. Ses camarades et elle croient que le problème du peuple juif sera également résolu dans un tel monde. Au cours des années 20 et 30, de nombreux communistes croient qu’une telle utopie humaine est possible et réalisable. Comme beaucoup de ses camarades, Zosha consacre sa vie à cette idée. A Paris et à Bruxelles, Zosha travaille comme ouvrière d’usine, s’occupe d’enfants et effectue d’autres tâches mal payées, tout en travaillant de toutes les manières possibles à la réalisation de la vision communiste qu’elle partage avec ses camarades.

En Palestine, Posnanska a rencontré Leopold (Leiba) Trepper, un des leaders du PKP là-bas. Trepper, qui a également été expulsé du pays, arrive à Moscou en 1932. En 1938, l’armée soviétique lui confie la tâche d’établir un réseau de renseignement soviétique en Europe occidentale, que les Allemands baptisent « l’Orchestre rouge » quand ils entreprennent de le détruire.

Les premiers à être recrutés par Trepper sont ses camarades du PKP en Palestine, dont Zosha, qui constituent le cercle intérieur du réseau. Trepper a fait la connaissance de Zosha en Palestine, a travaillé avec elle et l’admire beaucoup. Servir dans un réseau de renseignement dans un pays étranger est difficile et dangereux. Elle aurait pu refuser, mais elle accepte, car, comme Trepper lui-même et le reste des membres, elle ne considère pas ce travail comme de l’espionnage en soi, mais comme l’une des voies révolutionnaires pour réaliser la vision communiste au profit de toute l’humanité. Ironiquement, entre 1939 et juin 1941, Zosha et ses camarades fournissent des informations à une URSS qui a signé un pacte avec l’Allemagne nazie.

En 1940, la majeure partie de l’Europe occidentale passe sous contrôle allemand. Les conditions pour l’activité de renseignement soviétique deviennent beaucoup plus difficiles. Zosha aurait pu refuser de continuer. Elle obtient même un visa pour son amie, Sonia Kestner, qui l’utilise pour fuir la France vers les États-Unis, mais elle n’en obtient pas pour elle-même. Lorsqu’on a demandé à Sonia, pourquoi Zosha n’avait pas obtenu un visa pour se sauver aussi, elle a répondu: « Elle avait un travail à faire ». Elle combat les nazis dans l’arène inhabituelle d’un réseau de renseignement militaire soviétique. Il faut se souvenir que, entre juin 1941 et juin 1944, l’armée soviétique est la principale force militaire et presque la seule qui lutte contre les Allemands sur le sol européen. À ce moment-là, le destin du monde dépend de sa victoire ou de sa défaite, et le renseignement joue un rôle relativement important dans sa capacité de combat. Le travail de Zosha dans le réseau consiste à coder les messages au sein de l’unité de transmission, située dans la Bruxelles occupée. Dans les premiers mois de l’invasion allemande de la Russie, c’est quasiment la seule unité de transmission active du réseau. La plupart des informations recueillies en Allemagne, en France, aux Pays-Bas et en Belgique sont transmises à la centrale de renseignement à Moscou par son intermédiaire. Elle doit effectuer une quantité énorme de travail et, contrairement à toutes les règles de sécurité, elle ne diffuse pendant vingt minutes à des horaires variés, ce qui aurait rendu très difficile sa localisation, mais pendant cinq heures d’affilée tous les soirs. Les renseignements transmis à l’armée soviétique sont d(importance vitale et concernent tous les différents aspects de la machine militaire allemande. Hitler, qui a déclaré: « Les Russes nous surpassent dans un domaine – l’espionnage », a ordonné la destruction du réseau à tout prix. L’unité de transmission-radio, deux opérateurs-radio, une ménagère et Zosha, sa seule codeuse, est capturée par les Allemands le 13 décembre 1941 après une demi-année d’activité.

Les opérateurs-radio et Zosha sont jetés en prison. Pendant neuf mois et demi, elle reste entre les mains de la Gestapo, interrogée avec une cruauté bestiale. Une compagne de cellule qui a survécu a raconté qu’elle revenait de ces interrogatoires plus morte que vive. Leopold Trepper, le commandant du réseau, a déclaré plus tard, que si elle avait parlé, le réseau « Orchestre rouge » serait tombé immédiatement. Elle connaissait le code, que les Allemands cherchaient en vain à percer depuis des mois, et elle connaissait les membres de haut rang du réseau. Le 28 septembre 1942, elle se pend dans sa cellule, ayant gardé le silence jusqu’à la fin.
L’État d’Israël lui a décerné une décoration posthume en tant que combattante contre les nazis mais aucun kibboutz, aucune rue en Israël ne porte son nom. Elle serait restée oubliée, si l’écrivaine israélienne Yehudit Kafri, n’avait découvert en faisant des recherches pour une biographie sur son père, Fishek Kafri (Kempinsky) que Zosha avait son premier amour du temps où ils militaient ensemble au HaShomer de Kalisz. S’en suivirent 5 années de recherche documentaire, des centaines d’interviews pour publier en 2003, « Une femme nommée Zosha », un épais roman biographique qui narre sa vie de sa naissance à sa mort.

Zosha Posnanska était une femme belle et un très bel être humain, qui possédait une extraordinaire force intérieure.

(Sources: Jewish Women’s Archive et Haaretz)

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