2 décembre 1848

François-Joseph monte sur le trône d’Autriche. Le futur mari de Sissi sera adoré par les Juifs de l’Empire.

Le règne de François-Joseph durera près de 68 ans, un des plus longs de toute l’histoire européenne. Presque aussitôt, il met en œuvre des changements audacieux qui ont un effet transformateur radical sur les Juifs de son royaume. Dès mars 1849, il adopte une constitution qui stipule que les «droits civiques et politiques» ne sont «pas dépendants de la religion».

Trois ans plus tard, François-Joseph accorde à la communauté juive viennoise le droit de former une communauté officielle et organisée, qui ne cessera de croître dès lors que les restrictions impériales à la liberté de mouvement seront levées. En 1857, Vienne compte en tout 6217 Juifs, 1,3% de la population de la capitale. En 1910, leur nombre a été multiplié par 28: 175318 Juifs, 8,6% de la population. Vienne est devenu la troisième métropole juive d’Europe après Varsovie et Budapest.

Des dizaines de synagogues sont construites à travers Vienne, et des prières en hébreu sont écrites en l’honneur de François-Joseph.

Le 12 janvier 1860, l’empereur publie un édit qui autorise les Juifs à posséder des terres et à exercer toute profession de leur choix, et en 1867, il lève toutes les restrictions restantes sur la pleine participation des Juifs à la vie publique.

Les décennies suivantes sont décrites comme l’«âge d’or» de la communauté juive viennoise, époque où les Juifs gravissent les échelons de la littérature, de l’art et de la culture, marquant de manière indélébile l’Autriche et l’Europe entière.

Ils produisent des personnalités telles que Sigmund Freud, le père de la psychanalyse, et Gustav Mahler, le célèbre compositeur.

L’historien israélien Robert S. Wistrich a pu écrire que le résultat fut la création d’une intelligentsia juive sécularisée qui « changea le visage de Vienne et, en fait, du monde moderne ».

En 1869, François-Joseph effectue la première visite d’un souverain européen à Jérusalem et demande à rencontrer les Juifs de la ville et leurs dirigeants. Une histoire bien connue raconte que durant son séjour, il vit que la grande et imposante synagogue Tiferet Israel restait sans toit. Quand il demanda à ses interlocuteurs pourquoi c’était le cas, Rabbi Nisan Bak, un élève du maître hassidique Rabbi Israël de Rizhin, qui supervisait le projet, répondit ironiquement: « Votre Majesté, la synagogue vous a ôté son chapeau. » François Joseph qui savait reconnaître une requête bien tournée répondit: «Et combien cela me coûtera-t-il pour que la synagogue remette son chapeau?» avant de donner les fonds nécessaires pour achever le bâtiment.

À plusieurs reprises, François-Joseph dénonce l’antisémitisme, très répandu en Autriche. En 1882, alors que le mouvement antisémite autrichien célébre sa première flambée anti-juive, l’Empereur déclare à ses ministres: «Je ne tolérerai pas le harcèlement des Juifs dans mon Empire». Il décrit l’antisémitisme comme une «maladie» dont les «excès sont terribles».
Un jour, il quitte ostensiblement le théâtre lorsque des artistes entament une série de chansons antisémites.
François-Joseph apparaît ainsi de plus en plus aux Juifs autrichiens comme leur ange gardien, et saint patron. . . .
Dans les années 1880, la dégradation de la situation pour les Juifs autrichiens favorise une vision plus positive des Habsbourg en tant que gardiens bienveillants et protecteurs de la communauté juive. Sous le sceptre de la dynastie ils avaient toujours bénéficié d’une protection contre les diffamations médiévales, le fanatisme et le règne de la populace.
François Joseph devient maintenant, aux yeux des Juifs, un héritier de cette gracieuse, miséricordieuse et bienveillante tradition des Habsbourg, un monarque qui éclipse non seulement ses illustres prédécesseurs mais aussi tous les souverains contemporains d’Europe dans son respect pour la tolérance religieuse et la justice.
On raconte que les synagogues organisait des offices spéciaux pour son anniversaire, et une légende prétendait même que le prophète Elie l’avait béni pour qu’il ait une longue vie.

En 1895, il refuse d’entériner l’élection de Karl Lueger à la mairie de Vienne à la suite d’une violente campagne antisémite. Il ne cédera qu’au bout de 3 ans après plusieurs refus.
Ses ennemis donnent la juste mesure de l’attitude du monarque envers ses sujets juifs en le surnommant « der Judenkaiser », l’empereur des Juifs.

De leur côté, ces derniers l’appelaient affectueusement en yiddish « Ephraïm Yossele ».