Ephéméride |Giorgio Perlasca [31 Janvier]

31 janvier 1910

Naissance de Giorgio Perlasca. Ancien fasciste, il sauva 5 fois plus de Juifs qu’Oskar Schindler mais reste pourtant largement méconnu.

Giorgio Perlasca naquit à Côme et grandit à Maserà, dans la province de Padoue. Pendant les années 1920, il devint partisan du fascisme, combattant pour l’Italie en Afrique de l’Est pendant la deuxième guerre italo-abyssinienne, et volontaire du côté franquiste pendant la guerre civile espagnole. En récompense de ses services en Espagne, il reçut un sauf-conduit pour toutes les ambassades espagnoles.

Mais Perlasca perdit ses illusions sur le fascisme, notamment en raison de l’alliance de Mussolini avec le nazisme et l’adoption des lois raciales italiennes qui entrèrent en vigueur en 1938.

Au cours de la première phase de la Seconde Guerre mondiale, il travailla à l’approvisionnement de l’armée italienne dans les Balkans. Il fut ensuite nommé délégué officiel du gouvernement italien avec statut diplomatique et envoyé en Europe de l’Est avec comme mission d’acheter de la viande pour l’armée italienne qui combattait sur le front russe. Le 8 septembre 1943, l’Italie capitula devant les forces alliées. Les Italiens durent choisir entre rejoindre la nouvelle République sociale italienne de Benito Mussolini, qui était fasciste, ou rester fidèles au roi et se joindre aux alliés. Perlasca choisit cette dernière option.

À Budapest, il fut arrêté et confiné dans un château réservé aux diplomates. Après quelques mois, il utilisa un laissez-passer médical qui lui permettait de circuler à l’intérieur de la Hongrie et demanda l’asile politique à l’ambassade d’Espagne, mettant à profit son statut de vétéran de la guerre d’Espagne. Il adopta le prénom de « Jorge » et, comme l’Espagne était neutre dans la guerre, il devint un homme libre.

Perlasca travailla avec le chargé d’affaires espagnol, Ángel Sanz Briz, et d’autres diplomates d’États neutres pour faire sortir des Juifs de Hongrie. Le système qu’il conçut consistait à fournir des «cartes de protection» qui plaçaient les Juifs sous la tutelle de divers États neutres. Il aida des Juifs à trouver refuge dans des maisons protégées sous le contrôle de diverses ambassades, qui avaient des conventions d’extraterritorialité qui leur donnaient un équivalent de souveraineté. Elles pouvaient ainsi fournir l’asile aux Juifs.

Lorsque Sanz Briz fut renvoyé de Hongrie en Suisse en novembre 1944, il invita Perlasca à l’accompagner et se mettre en sécurité. Perlasca, cependant, choisit de rester en Hongrie. Le gouvernement hongrois ordonna l’évacuation de l’immeuble de l’ambassade d’Espagne et des immeubles sous statut extra-territorial où les Juifs s’étaient réfugiés. Perlasca fit immédiatement connaître une fausse annonce selon laquelle Sanz Briz s’était absenté pour un court congé, et qu’il avait été nommé son adjoint à titre provisoire. Tout au long de l’hiver, Perlasca s’activa à cacher, protéger et alimenter des milliers de Juifs à Budapest. Il organisa l’utilisation de sauf-conduits sur la base d’une loi espagnole adoptée en 1924 qui accordait la citoyenneté aux Juifs d’origine séfarade, descendant de Juifs expulsés d’Espagne à la fin du 15ème siècle.

En décembre 1944, Perlasca sauva deux garçons sur le point d’être embarqués dans un train de marchandises au défi du lieutenant-colonel allemand sur place. Le diplomate/sauveteur suédois Raoul Wallenberg, également présent, déclara plus tard à Perlasca que l’officier qu’il avait défié était Adolf Eichmann. Pendant les 45 jours entre le 1er décembre 1944 et le 16 janvier 1945, Perlasca aida à sauver plus de 5 000 Juifs.

D’après Perlasca, il empêcha également l’exécution d’un plan qui prévoyait de faire sauter le ghetto avec ses quelque 60000 occupants. Alors qu’il se faisait passer pour le consul général d’Espagne, il eut vent de l’intention de réduire le ghetto en cendres. Choqué et incrédule, il demanda une audience directe au ministre hongrois de l’Intérieur, Gábor Vajna, et menaça de représailles judiciaires et économiques les « 3000 citoyens hongrois » (en fait beaucoup moins nombreux) qui, selon Perlasca résidaient en Espagne, et le même traitement par deux gouvernements latino-américains, pour l’inciter, avec succès, à retirer le projet.

Après la guerre, Perlasca retourna en Italie. Il ne parla de ses actions en Hongrie à personne, y compris à sa famille, et revint à sa vie modeste. En 1987, un groupe de Juifs hongrois qu’il avait sauvé finit par le retrouver, après l’avoir cherché pendant 42 ans en Espagne. Il y eut de la publicité à l’époque, et Perlasca devint célèbre pour ses actes héroïques. Enrico Deaglio rédigea un récit de sa remarquable bravoure, « La banalité du bien », (2002), qui devint un best-seller. Le livre fut adapté en téléfilm par la RAI.

En 1987, Perlasca fut nommé citoyen d’honneur d’Israël et fut désigné comme « Juste parmi les Nations » par Yad Vashem en 1989.

Giorgio Perlasca est décédé d’une crise cardiaque en 1992.

Dans le cadre de son projet « Justes parmi les Nations », l’Orchestre symphonique de Raanana commanda une pièce orchestrale originale, « His Finest Hour », au compositeur israélien Moshe Zorman en hommage à Perlasca. La pièce fut créée le 10 décembre 2014 à Raanana en présence du fils de Perlasca, Franco, et de sa belle-fille, Luciana Amadia.

Ecoutez la première de ce poème symphonique sur un texte de Primo Levi, donnée à Budapest le 7 septembre 2015.