29 janvier 1478 (25 Shevat 5238)

Joel ben Simeon achève le manuscrit de la haggadah connue aujourd’hui sous le nom de Haggadah de Washington.

Joel ben Simeon (dit Feibush Ashkenazi), était un scribe et un enlumineur actif en Allemagne et en Italie dans la seconde moitié du XVe siècle.
D’origine allemande, probablement de Cologne ou de Bonn, il établit un atelier dans le nord de l’Italie. Dans ses manuscrits signés il se désigne lui-même comme sofer (« scribe »), lavlar (« copiste »), et ẓayyar (« peintre »). Probablement n’était-il pas lui-même le copiste et l’enlumineur de tous les manuscrits signés par lui, mais il était à la tête d’un atelier qui se déplaçait de ville en ville, avec plusieurs artisans à son service. Dans le style et l’iconographie, son atelier combinait l’art ashkénaze et l’art italien.

On a conservé de lui onze manuscrits, dont six sont datés et parmi eux la Haggadah de Washington, ainsi dénommée parce qu’elle est conservée à la Library of Congress de Washington. Elle est signée « le plus humble des scribes, Joel ben Simeon ».

L’historien d’art israélien et expert en manuscrits médiévaux Bezalel Narkiss la caractérise ainsi:
« Elle est entièrement illuminée à l’italienne, sans aucune trace de motifs allemands autres que l’iconographie. Toutes les illustrations sont placées en marge et sont principalement rituelles ou littérales … A côté des quatre fils, d’autres illustrations typiques de l’iconographie allemande sont la cuisson et le rôtissage de l’agneau de la Pâque et un homme pointant vers sa femme en disant maror zeh. »

Ce qui le séduit le plus, c’est l’économie de la décoration et l’utilisation des illustrations, même leur place sur la page, pour exprimer un point de vue. Les illustrations sont seulement dans les marges, préservant la centralité du texte; les décorations sont là pour orner et ne peuvent pas empiéter sur le texte. Les fils sages et méchants sont comme il se doit plus éloignés l’ un de l’autre que les fils simples. Pourquoi le sage ne semble-t-il pas pousser le méchant vers le bas? Plus de la moitié de la figure du fils méchant est au-dessous du texte, écarté de lui, comme le fils méchant « s’est écarté de la communauté [d’Israël]. »

Le fils sage est assis sur une chaise, livre dans les mains sur ses genoux, comme s’il était en train d’enseigner.
Le fils simple n’est pas un niais; lui aussi a un livre devant lui, mais il est assis par terre comme un étudiant curieux. Il demande: « Qu’est-ce que c’est? » car c’est dans une question que réside le début de la sagesse.
L’artiste-scribe ne tombe pas dans l’erreur de tant d’illustrateurs de la Haggadah qui dépeignent le tam comme un nigaud, une tradition portée au pinacle par Jakob Steinhardt qui pose un bonnet d’âne sur le tam dans sa haggadah de Berlin (1923). Tam signifie innocent et simple, honnête et inoffensif. Une tradition religieuse qui met en exergue le questionnement – le Talmud commence par une question, la Haggadah elle-même découle des Quatre Questions – ne considérerait jamais un questionneur comme un imbécile. Un imbécile est celui qui «n’a pas la capacité de poser une question», et il est ainsi dépeint dans le manuscrit, comme un imbécile ou un bouffon. Notre artiste-scribe sait qu’il est d’abord un scribe, copiant un texte sacré, puis l’ornant et l’éclairant de subtils commentaires visuels, mais le texte doit dominer.

Illustrations:
1. « Ho lakhma »: « Voici le pain d’affliction »
2. Les quatre fils
3. L’annonce du Messie
4. « Or Le Arba’ah Asar »