21 février 1821

Naissance d’Elisabeth Rachel Felix, qui deviendra une célèbre comédienne du théâtre français sous le nom de Rachel.

Élisabeth Rachel Félix, était la deuxième des six enfants des colporteurs juifs alsaciens, Jacob (Jacques) et Esther Hayyah (Thérèse) Félix, citoyens français depuis l’émancipation des Juifs.

Après avoir chanté, récité et mendié dans les rues des villes que ses parents traversent avant leur arrivée à Paris, Élisabeth Félix suit les cours du musicien Alexandre-Étienne Choron et de Saint-Aulaire, et prend quelques cours d’art dramatique au Conservatoire. Pour subvenir aux besoins de sa famille, elle débute en janvier 1837 au théâtre du Gymnase.
Delestre-Poirson, le directeur, lui fait prendre comme nom de scène Rachel, nom qu’elle adopte dès lors également dans sa vie privée. Auditionnée en mars 1838, elle entre au Théâtre-Français à l’âge de 17 ans. Son succès est immédiat. Elle débute dans le rôle de Camille d’Horace, dont la recette s’élève à 735 francs le premier soir, pour atteindre dix-huit jours plus tard, la somme de 4889,50 francs.
Alors qu’elle débute analphabète, son interprétation des héroïnes des tragédies de Corneille, Racine et Voltaire la rendent célèbre et adulée, et remettent à la mode la tragédie classique, face au drame romantique.

Rachel resta toujours profondément en phase avec l’entrée et la participation des Juifs dans la modernité.
Bien que singulière, sa carrière était caractéristique de l’expérience collective de la deuxième génération de Juifs nés après l’émancipation et qui participaient pleinement à la vie sociale, économique, politique et culturelle française. Pour beaucoup de Français, Rachel incarna les grandes figures allégoriques de la Tragédie, de l’Histoire et de la République.
Son exemple illustre à quel point une adhésion souvent passionnée mais en tout cas profonde et intime à la culture française était un élément essentiel dans la construction du judaïsme français émancipé. Chez Rachel, on retrouve tous les paradoxes culturels et politiques et les contradictions de son temps.
Elle devint un symbole de la vertu légitimiste et républicaine dans une égale mesure. Son interprétation de « La Marseillaise » mit le public de 1848 en transes.

Mais si elle exerçait une telle fascination, c’était aussi parce qu’elle personnifiait l’ascension sociale des classes inférieures, et en était fière. Ne cachant jamais ses origines humbles et affirmant toujours l’importance de ses liens familiaux, elle travailla avec acharnement à s’éduquer, à se cultiver elle-même et à modeler son image.

Cependant, malgré son aspiration à la richesse et à la respectabilité, elle ne put éviter que les détails de sa vie privée alimentent le parfum de scandale qui s’accrochait à son nom. Bien qu’elle n’ait jamais développé une conscience critique de la condition des femmes dans la société de son temps, elle répugna à épouser le modèle de la femme cultivée et bourgeoise défini par les notables de son temps – mariée, mère, discrète ou cessant de monter sur scène – et affirma constamment son désir de rester indépendante afin de se consacrer pleinement à son art.

A bien des égards, le phénomène Rachel transcende celui de l’actrice à succès. De nombreuses biographies d’elle furent écrites, et elle devint l’une des femmes les plus célèbres de son siècle. D’autres artistes, hommes et femmes, ont peut-être laissé leur marque sur leur temps, mais Rachel forgea un nouveau modèle d’actrice et de femme.

Elle eut deux fils, l’un d’Arthur Bertrand, fils du maréchal Bertrand, l’autre, Alexandre, du comte Walewski, fils de Napoléon et de Marie Walewska.

Elle repose dans le carré juif du cimetière du Père-Lachaise (division 7). Malgré de nombreuses pressions, elle aura toujours voulu conserver la foi de ses ancêtres.

La mort de Rachel eut la conséquence juridique inattendue de contribuer à l’édification de la jurisprudence sur le droit à l’image. C’est en effet à l’occasion d’un contentieux relatif à la publication d’un dessin représentant l’actrice sur son lit de mort, dessin qui avait été exécuté à partir d’une photographie de la scène, que la jurisprudence française rendit l’une de ses premières décisions sur la question.