Yiddish # 88 Leçon Lesson Lektsye לעקציע

Voici tout d’abord le corrigé de l’exercice de la leçon 85, qui était manquant.

Traduire

1. Qui peux m’attraper?
װער קען מיך כאַפּן?
Ver ken mikh khapn?

2. Je ne peux pas. Tu cours trop vite et je suis trop vieille.
איך קען נישט. דו לױפֿסט צו שנעל און איך בין צו אַלט.
Ikh ken nisht. Du loyfst tsu shnel un ikh bin tsu alt.

3. Qui peut me trouver?
װער קען מיך געפֿינען?
Ver ken mikh gefinen?

4. Nous te cherchons tous ensemble.
מיר זוכן דיך אַלע צוזאַמען.
Mir zukhn dikh ale tsuzamen.

5. Veux-tu me courir après?
װילסטו לױפֿן נאָך מיר?
Vilstu loyfn nokh mir?

6. Non, je fais la cuisine.
נײן, איך קאָך.
Neyn, ikh kokh.

7. Que cuisines-tu?
װאָס קאָכסטו?
Vos kokhstu?

8. Je cuis un bon gâteau.
איך באַק אַ גוטן קוכן.
Ikh bak a gutn kukhn.

9. Je peux t’aider?
קען איך דיר העלפֿן?
Ken ikh dir helfn?

10. Oui, mais ne vas pas près du four. Il est très chaud.
יאָ. אָבער גײ נישט צו נאָענט פֿון אױװן. ער איז זײער הײס.
Yo, ober gey nisht tsu noent fun oyvn. Er iz zeyer heys.

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Voyons maintenant, le corrigé de la leçon précédente (n°87)

Traduire

1. Je travaillerai demain.
איך װעל אַרבעטן מאָרגן.
Ikh vel arbetn morgn.

2. Tu chanteras quand tu viendras.
דו װעסט זינגען װען דו װעסט קומען.
Du vest zingen ven du vest kumen.

3. Il ira dormir quand il sera fatigué.
ער װעט גײען שלאָפֿן װען ער װעט זײַן מיד.
Er vet geyen shlofn ven er vet zayn mid.

4. Nous boirons du vin et nous serons gais.
מיר װעלן טרינקען װײַן און װעלן זײַן פֿרײלעך.
Mir veln trinken vayn un veln zayn freylekh.

5. Vous n’irez pas danser dimanche.
איר װעט נישט גײען טאַנצן זונטיק.
Ir vet nisht geyen tantsn zuntik.

6. Quand ils n’auront plus d’argent, ils comprendront.
װען זײ װעלן נישט מער האָבן קײן געלט, װעלן זײ פֿאַרשטײן.
Ven zey veln nisht mer hobn keyn gelt, veln zey farshteyn.

N’HÉSITEZ PAS À DEMANDER DES EXPLICATIONS SI CELA NE VOUS PARAÎT PAS CLAIR. J’AI BESOIN DE VOS RÉACTIONS (Charles Goldszlagier).

Yiddish # 87 Leçon Lesson Lektsye לעקציע

Nous reprenons notre progression.

1. IKH VEL ZOGN DER MAMEN AZ DU BIST DO
2. איך װעל זאָגן דער מאַמען אַז דו ביסט דאָ.

2. DU VEST FORN KEYN SHPANYE MIT DEM VOGN.
2. דו װעסט פֿאָרן קײן שפּאַניע מיט דעם װאָגן.

3. ER VET NISHT REDN VEGN KEYN POLITIK.
3. ער װעט נישט רעדן װעגן קײן פּאָליטיק.

4. ZI VET HALTN DOS KIND OYF DI HENT.
4. זי װעט האַלטן דאָס קינד אױף די הענט.

5. ME VET ESN KNEYDLEKH MIT YOYKH.
5. מע װעט עסן קנײדלעך מיט יױך.

6. MIR VELN BAGRISN DI FRAYNT.
6. מיר װעלן באַגריסן די פֿרײַנט.

7. IR VET TSEYLN DOS GELT.
7. איר װעט צײלן דאָס געלט.

8. ZEY VELN LEYENEN DOS BUKH.
8. זײ װעלן לײענען דאָס בוך.

Vocabulaire:
SHPANYE = שפּאַניע = L’ESPAGNE
DER VOGN = דער װאָגן = LA VOITURE
VEGN = װעגן = AU SUJET DE
HALTN = האַלטן = TENIR
DI HANT (pl HENT) = (די האַנט (הענט = LA MAIN
DI YOYKH = די יױך = LE BOUILLON
BAGRISN = באַגריסן = SALUER
DER FRAYND (pl FRAYNT) = (דער פֿרײַנד (פֿרײַנט = L’AMI
DOS GELT = דאָס געלט = L’ARGENT

Grammaire: LE FUTUR DES VERBES
En yiddish, le futur se construit de manière extrêmement simple et TOUJOURS de la même manière:
AUXILIAIRE « VELN » + VERBE A L’INFINITIF
Seul l’auxiliaire se conjugue.
IKH VEL
DU VEST
ER, ZI, ES, ME VET
MIR VELN
IR VET
ZEY VELN

Exercice: Traduire

1. Je travaillerai demain
2. Tu chanteras quand tu viendras
3. Il ira dormir quand il sera fatigué.
4. Nous boirons du vin et nous serons gais.
5. Vous n’irez pas danser dimanche.
6. Quand ils n’auront plus d’argent, ils comprendront.

Yiddish # 86 Leçon Lesson Lektsye לעקציע

Je reprends puisqu’on me dit que c’est par timidité qu’on ne me l’avait pas encore demandé. 🙂

Nous avions terminé les révisions des 60 premières leçons. Nous reprendrons notre progression après avoir donné le corrigé des exercices de la leçon 61 qui était resté en suspens.
Je n’ai pas l’impression que les cours soient suivis par des lecteurs anglophones. Je cesse donc de publier une version en anglais, sauf demande contraire.

1. Attrape le livre sur l’étagère. Attrape-le!
1. כאַפּ דאָס בוך אױף דער עטאַזשערקע. כאַפּ עס!
1. Khap dos bukh oyf der etazherke. Khap es!

2. La grand-mère chante avec le grand-père. Elle chante avec lui.
2. די באָבע זינגט מיט דעם זײדן. זי זינגט מיט אים.
2. Di bobe zingt mit dem zeydn. Zi zingt mit im.

3. La maman joue avec l’enfant. Elle joue avec lui.
3. די מאַמע שפּילט מיט דעם קינד. זי שפּילט מיט אים (איר).
3. Di mame shpilt mit dem kind. Zi shpilt mit im (ir).

4. Elle lui dit de laver le linge. Elle le lui dit.
4. זי הײסט אים (איר) װאַשן די װעש. זי הײסט עס אים (איר).
4. Zi heyst im (ir) vashn di vesh. Zi heyst es im (ir).

5. – Pourquoi ne bois-tu pas le lait? – Parce que je n’en veux pas.
5. – פֿאַרװאָס טרינקסטו נישט די מילך? – װײַל איך װיל נישט קײן מילך.
5. – Farvos trinkstu nisht di milkh? – Vayl ikh vil nisht keyn milkh.

6. – Je n’ai pas de pommes de terre. – Je vais les acheter et je te les apporte.
6. – איך האָב נישט קײן קאַרטאָפֿלען. – איך װעל זײ קױפֿן און ברענג זײ דיר.
6. – Ikh hob nisht keyn kartoflen. – Ikh vel zey koyfn un ikh breng zey dir.

7. – Je n’ai pas de pain. – Si tu n’en as pas, mange du gâteau!
7. – איך האָב נישט קײן ברױט. – אױב דו האָסט נישט קײן ברױט, עס קוכן.
7. – Ikh hob nisht keyn broyt. – Oyb du host nisht keyn broyt, es kukhn.

8. – Je ne trouve pas les assiettes. – Cherche-les et mets-les sur la table!
8. – איך געפֿין נישט די טעלערס. – זוך זײ און לײג זײ אױף דעם טיש.
8. – Ikh gefin nisht di tellers. – Zukh zey un leyg zey oyf dem tish!

9. – Je vais prendre une douche. – Ne la prends pas trop chaude!
9. – איך װעל נעמען אַ שפּריץ. – נעם אים נישט צו הײס!
9. – Ikh vel nemen a shprits. – Nem im nisht tsu heys!

10. Grand-père nous apporte une bonne bouteille de vin. Et moi, je vous cuisine un bon dîner.
10. דער זײדע ברענגט אונדז אַ גוטע פֿלאַש װײַן. און איך קאָך אײַך אַ גוטע װעטשערע.
10. Der zeyde brengt undz a gute flash vayn. Un ikh, kokh aykh a gute vetshere.

L'incendie de l'usine Triangle.

Ephéméride |L’incendie de l’usine Triangle [25 Mars]

25 mars 1911

L’incendie de l’usine Triangle

L’incendie de la Triangle Waist Company à New York, qui coûta la vie à 146 jeunes ouvrières immigrées juives d’Europe de l’Est pour la plupart, est l’un des pires désastres depuis le début de la révolution industrielle.

La tragédie demeure inscrite dans la mémoire collective américaine et du mouvement ouvrier international. Les victimes de la tragédie sont toujours célébrées comme des martyrs de la cupidité industrielle.

La Triangle Waist Company était, à bien des égards, une fabrique typique du système des sweatshops au cœur de Manhattan. Elle était située au 23-29 Washington Place, au nord de Washington Square Est. Les bas salaires, les horaires excessivement longs, et les conditions de travail insalubres et dangereuses étaient caractéristiques des sweatshops.

Même si de nombreuses ouvrières travaillaient sous le même toit dans le bâtiment Asch, propriété de Max Blanck et d’Isaac Harris, les propriétaires sous-traitaient une grande partie du travail à des gens qui embauchaient la main d’oeuvre et empochaient une partie des bénéfices. Les sous-traitants pouvaient payer les ouvrières aux salaires qu’ils voulaient, souvent extrêmement bas. Les propriétaires prétendaient ignorer les tarifs payés aux ouvrières, et ne pas savoir exactement combien d’ouvrières étaient employées dans leur fabrique à un moment donné. Un tel système conduisait à une exploitation forcenée.

L’Union des travailleurs de la confection pour dames organisait les ouvrières du secteur. Beaucoup d’ouvrières du vêtement avant 1911 n’étaient pas syndiquées, en partie parce qu’il s’agissait de jeunes immigrantes intimidées par l’environnement étranger. D’autres étaient plus audacieuces, cependant. Toutes étaient prêtes à agir contre les mauvaises conditions de travail.
En 1909, un incident à la Triangle Factory déclencha spontanément la grève de ses 400 employées. La Women’s Trade Union League, une association progressiste de femmes blanches de la classe moyenne, aida les jeunes travailleuses à tenir les piquets de grèves et à tenir en respect les voyous et la provocation policière. Lors d’une réunion historique à la Cooper Union, des milliers d’ouvrières de l’habillement de toute la ville répondirent à l’appel de Clara Lemlich pour une grève générale.

La grève des ouvrières de 1910, aboutit à un accord historique qui établi un système de traitement des griefs dans l’industrie du vêtement. Malheureusement pour les ouvrières cependant, de nombreux ateliers étaient encore entre les mains de propriétaires sans scrupules, qui ne respectaient pas les droits fondamentaux des travailleurs et imposaient des conditions de travail dangereuses.

Vers l’heure de fermeture des ateliers le samedi 25 mars 1911, un incendie se déclara aux étages supérieurs du bâtiment Asch de la Triangle Waist Company. En quelques minutes, le calme après-midi de printemps tourna à l’horreur.
Lorsque l’incendie fut maîtrisé, on compta 146 morts parmi les 500 employés.

Les survivants racontèrent les horreurs qu’elles avaient subies. Passants et journalistes firent le récit des sauts désespérés dans le vide depuis le neuvième étage pour échapper aux flammes. La mémoire de la ville de New-York fut marquée à jamais par la tragédie.

Beaucoup d’ouvriers de l’usine Triangle étaient des femmes, dont certaines avaient à peine 14 ans. C’étaient, pour la plupart, des immigrantes de fraiche date, juives, italiennes et autres européennes venues aux États-Unis avec leur famille pour chercher une vie meilleure. Au lieu de cela, elles devaient affronter des vies de pauvreté écrasante et des conditions de travail horribles.
Comme immigrantes récentes aux prises avec une nouvelle langue et une nouvelle culture et comme femmes, les travailleuses pauvres étaient des victimes toutes trouvées pour les propriétaires d’usines. Pour ces ouvrières, protester pouvait se terminer par la perte d’emplois désespérément nécessaires, une perspective qui les forçaient à endurer des indignités personnelles et une exploitation sévère. Certaines se tournèrent vers les syndicats pour parler à leur place; beaucoup d’autres ont luttèrent seules. La Triangle Factory était une usine sans accord syndical, bien que certains de ses travailleurs aient adhéré au Syndicat international des travailleurs de l’habillement féminin.

New York, avec ses immeubles et ses usines dans les combles, avait été le théâtre d’une préoccupation croissante pour les questions de santé et de sécurité dans les premières années du 20ème siècle.
Des syndicats comme le Syndicat international des travailleurs de l’habillement féminin (ILGWU) et la Ligue syndicale des femmes (WTUL) se battaient pour de meilleures conditions de travail et une législation protectrice.
L’incendie de la Triangle montra tragiquement que les inspections et les précautions contre l’incendie étaient inadéquates à ce moment-là. Les travailleurs racontèrent leurs efforts désespérés et vains pour ouvrir les portes du neuvième étage vers les escaliers.
Ils crurent, ainsi que beaucoup d’autres qu’elles avaient été délibérément verrouillés – les propriétaires avaient souvent verrouillé les portes de sortie dans le passé, affirmant que les travailleurs volaient du tissu.
En pratique, l’escalier de secours du neuvième étage du bâtiment Asch ne conduisait nulle part, certainement pas vers un lieu sûr, et il se plia sous le poids des ouvrières qui essayaient d’échapper à l’enfer.
D’autres attendirent aux fenêtres l’arrivée des sauveteurs pour découvrir que les échelles des pompiers étaient trop courtes et que l’eau des tuyaux ne pouvait atteindre les étages supérieurs.
Beaucoup choisirent de mourir en sautant plutôt que de brûler vives.

Au cours des semaines qui suivirent, la ville en deuil identifia ses morts, tria leurs affaires, et resta plongée dans le chagrin à l’idée de l’atrocité qui aurait pu être évitée avec quelques précautions. L’Union des travailleurs de l’habillement pour dames proposa une journée de deuil officiel. La ville affligée se rassembla dans les églises, les synagogues et, finalement, dans les rues.

Des voix de protestation s’élevèrent, scandalisées et en colère contre le manque d’intérêt et la cupidité qui avaient rendu cela possible. Les gens exigeaient réparation, justice et action pour protéger les plus vulnérables et les opprimés. Des appels indignés appelant à des actions pour améliorer les conditions de sécurité dans les ateliers pouvaient être entendus dans chaque secteur d’opinion, de la presse conservatrice traditionnelle à la presse progressiste et syndicale.

Les travailleurs affluaient dans les locaux syndicauts pour offrir des témoignages, soutenir la mobilisation et exiger que les propriétaires de Triangle, Harris et Blanck soient traduits en justice. Le rôle que des syndicats forts pourraient avoir pour aider à prévenir de telles tragédies était devenu clair. Les travailleurs organisés en syndicats puissants seraient plus conscients de leurs droits et mieux à même d’obtenir des conditions de travail sûres.

Peu après l’incendie, le Conseil exécutif du syndicat des femmes de la blouse et de la robe, section locale de l’ILGWU (section à laquelle appartenaient quelques ouvrières de l’usine Triangle), se réunit pour planifier le travail de secours aux survivants et aux familles des victimes. Bientôt, plusieurs organisations progressistes se mobilisèrent pour aider les secours. Des représentants de la Ligue syndicale des femmes, du Cercle des ouvriers (Arbeiter Ring), du Jewish Daily Forward et des United Hebrew Trades formèrent le Joint Relief Committee, qui, au cours des mois suivants, alloua des sommes forfaitaires, souvent à remettre. à l’étranger, en Russie ou en Italie.

En outre, son Comité exécutif distribua des pensions hebdomadaires, supervisa et prit en charge les jeunes travailleuses et les enfants placés dans des institutions de toutes sortes, et assura un travail et des conditions de vie convenables pour les ouvrières après leur convalescence.

Le JRC travailla avec la Croix-Rouge américaine, qui recueillit également des fonds auprès du grand public.

Immédiatement après l’incendie, les propriétaires de Triangle, Blanck et Harris, déclarèrent dans des interviews que leur bâtiment était ignifugé et qu’il venait d’être approuvé par le Département des Bâtiments. Pourtant, l’appel à traduire les responsables en justice et les rapports selon lesquels les portes de l’usine étaient verrouillées au moment de l’incendie incitèrent le bureau du procureur de district à demander une inculpation contre les propriétaires.
Le 11 avril, un grand jury inculpa Harris et Blanck de sept chefs d’accusation, les accusant d’homicide involontaire au deuxième degré en vertu de l’article 80 du Code du travail, qui exigeait que les portes ne soient pas verrouillées pendant les heures de travail.

Le 27 décembre, vingt-trois jours après le début du procès, un jury acquitta Blanck et Harris de tout acte répréhensible. La tâche des jurés avait été de déterminer si les propriétaires savaient que les portes étaient fermées au moment de l’incendie.

Habituellement, la seule façon de sortir pour les travailleurs au moment de quitter le travail de fumer était du côté de la rue Green, où tous les sacs étaient inspectés pour éviter le vol.
Les unes après les autres, les ouvrières témoignèrent de leur incapacité à ouvrir les portes de la seule voie d’évacuation praticable, les escaliers menant à la sortie sur Washington Place, parce que les escaliers latéraux de la rue Green étaient complètement engloutis par les flammes. D’autres témoignages confirmaient ce fait.
Pourtant, le brillant avocat de la défense, Max Steuer, sema assez de doutes dans l’esprit des jurés pour obtenir un verdict de non-culpabilité. Les familles en deuil et une grande partie du public estimèrent que la justice n’avait pas été rendue. « Justice! » criaient-elles. « Où est la justice? »

Vingt-trois poursuites civiles individuelles furent intentées contre les propriétaires du bâtiment Asch. Le 11 mars 1914, trois ans après l’incendie, Harris et Blanck acceptèrent un accord de réglement: 75 dollars par vie perdue (150000€ actuels).

Harris et Blanck persistèrent dans leur attitude de défi envers les autorités. Quelques jours après l’incendie, une inspection des locaux de leur nouvelle usine montra qu’ils n’étaient pas ignifugés, sans issues de secours et sans sorties adéquates.

En août 1913, Max Blanck fut accusé de verrouiller une des portes de son usine pendant les heures de travail. Au tribunal, il fut condamné à une amende de vingt dollars, ce dont le juge s’excusa auprès de lui.

En décembre 1913, on découvrit que l’intérieur de son usine était jonché de déchets empilés sur deux mètres de haut, avec des chutes de tissu conservées dans des paniers en osier inflammables non réglementaires. Cette fois, au lieu d’une comparution devant le tribunal et d’une amende, il reçut un avertissement sévère.
La Triangle Waist Company dut cesser ses activités en 1918, mais les propriétaires maintinrent que leur usine était un « modèle de propreté et de conditions sanitaires sans égales dans le pays ».

Joseph Karo (ou Caro)

Ephéméride | Joseph Karo (ou Caro) [24 Mars]

24 mars 1575

Décès de Joseph Karo (ou Caro), l’auteur du Shulchan Aruch, la plus importante codification de la Loi juive.

Si l’on interroge un Juif d’aujourd’hui non versé dans la religion où apprendre la loi juive, il citera sans doute la Bible ou le Talmud. Mais si l’on suit cette indication, on a toute chance de se retrouver perdu. La Bible comprend de nombreuses lois, mais offre généralement peu d’explications sur les détails de l’observance. Le Talmud, d’un autre côté, comprend un excès de détails, mais intègre également de multiples points de vue, histoires et digressions.

Une personne qui se demanderait, par exemple, comment allumer une lampe de Hanoucca, quelles activités sont permises le Chabbat ou ce que l’on peut manger pendant Pessakh, devra parcourir des pages de discussion pour trouver des réponses, et celles-ci peuvent ne pas être claires du tout.

Pour ceux qui ne sont pas observants, cela n’a guère d’importance mais jusqu’à l’aube du XXe siècle et longtemps après encore, pour la majorité des Juifs, c’était des questions essentielles. Même si l’on ne s’intéresse au judaïsme que d’un strict point de vue culturel, de nombreux textes littéraires, des particularités culinaires restent obscurs sans compréhension des pratiques traditionnelles qui découlent des lois religieuses.

Compte tenu de la complexité du Talmud, les érudits depuis la période médiévale tentèrent de codifier la loi juive dans un format facilement accessible. Au 12ème siècle, Moïse Maïmonide (Rambam) composa le Mishneh Torah, un résumé des lois relatives à tous les domaines de la vie juive. Ce travail, écrit en hébreu simple, était destiné à être accessible au Juif moyen qui n’avait pas les compétences ou la motivation pour accéder au Talmud.

Un siècle plus tard, Jacob ben Asher rédigea l’Arba’ah Turim (souvent appelé le Tur pour faire court), un code qui ne traitait que des aspects pratiques de la loi juive. Contrairement à Maïmonide, Jacob ben Asher limita sa discussion aux lois pertinentes pour la vie juive postérieure à la destruction du Temple, et citait ses sources, référençant des opinions divergentes si nécessaire.

Dans la foulée du Tur, le code juif influent fut le Shulchan Aruch (littéralement, « la table dressée »), écrit par Joseph Karo (1488-1575). Karo faisait partie d’une famille séfarade qui fut expulsée d’Espagne en 1492. Après la mort de son père, il fut adopté par son oncle, Isaac Karo, l’auteur d’un commentaire sur la Bible. La famille Karo s’installa finalement à Safed, au nord d’Israël où prospérait le cercle mystique d’Isaac Luria. Isaac et Joseph Karo firent partie tous deux de cette communauté de mystiques.

À l’origine, Joseph Karo avait entrepris d’écrire un commentaire sur l’Arba’ah Turim qui citerait des sources non mentionnées par Jacob ben Asher et qui différeraient souvent des conclusions du Tur. Ce commentaire, intitulé Bet Yosef, se lit comme une série de notes sur les jugements plus concis de Jacob ben Asher.

Dans l’introduction à ce travail, Karo explique que l’expulsion des Juifs d’Espagne et leur dispersion subséquente parmi les communautés ashkénazes ont causé une confusion au sujet des règles d’observance. Les Juifs séfarades ont souvent constaté que leurs traditions différaient de celles des Juifs ashkénazes dans les communautés desquelles ils s’étaient installés. A la suite du démantèlement des communautés séfarades, la question de savoir qui avait le pouvoir de décider des questions de droit n’était plus claire. En présentant toutes les sources connues sur des questions particulières, Karo espérait clarifier cette confusion.

Le Bet Yosef fit finalement office de notes préparatoires pour le Shulchan Aruch, qui deviendra l’oeuvre la plus célèbre et la plus influente de Karo. Conçu au départ comme une béquille pour ceux qui ne sont pas assez instruits pour lire le Bet Yosef ou les travaux halakhiques qui y sont référencés, le Shulchan Aruch devint bientôt le code le plus important de la loi juive.

En général, le Shulchan Aruch présente les lois d’une manière directe, sans pratiquement aucune discussion. Par exemple, les instructions de Karo pour allumer les bougies de Hanoucca sont rédigées ainsi »:

Combien de bougies doit-on allumer? La première nuit, on en allume une; à partir de là, on en ajoute une chaque nuit jusqu’à ce qu’il y en ait huit la dernière nuit (Orah Hayim 671: 2). »

Bien que le Talmud et d’autres textes antérieurs incluent d’autres traditions sur les façons appropriées d’allumer les bougies de Hanukkah, Karo choisit de présenter seulement ce qu’il considérait être la procédure correcte, afin d’éviter de dérouter ses lecteurs.

Il peut sembler étrange que Karo fût à la fois un mystique et le plus important codificateur de la loi juive. Nous avons tendance à associer les mystiques avec la pratique méditative et mettant l’accent sur la réalisation des visions du divin. Quand nous imaginons un érudit médiéval, nous imaginons un homme très sérieux qui passe ses journées penché sur un tas de livres moisis. Cependant, dans le contexte du cercle mystique de Safed, la double identité de Karo prend tout son sens.

Pour Isaac Luria et son école, le but de l’observance religieuse était de réunir les parties de l’être divin qui avaient été dispersées à la suite de la désobéissance humaine. Ce processus, connu sous le nom de tikkun (réparation), nécessitait – d’abord et avant tout – la pratique des mitsvot. Luria et ses disciples croyaient que la réalisation de chaque mitsva aidait d’une certaine manière à unifier les divers aspects de Dieu. La composition d’un recueil de lois juives aiderait ainsi les Juifs à participer à ce tikkun.

La plupart du temps, les penchants mystiques de Karo ont peu d’effet sur ses décisions légales. Dans certains cas, cependant, Karo explique une loi particulière en référence à un enseignement mystique.

Lorsque Karo eut publié le Bet Yosef, Rabbi Moshe Isserles (connu sous le nom de Rema), un juriste ashkénaze, répondit avec son propre commentaire sur l’Arba’ah Turim, appelé Darkhei Moshe. Apprenant que Karo était sur le point de publier le Chulchan Aruch, Isserles abandonna ce projet et écrivit plutôt un commentaire sur l’oeuvre de Karo.

Isserles reprochait à Karo d’ignorer souvent les opinions des érudits ashkénazes, jugeant que « les livres de Karo sont pleins de décisions qui ne suivent pas l’interprétation des sages dont nous buvons les eaux … [les sages] dont nous sommes les enfants ».

C’est devenu une plaisanterie familière qu’à chaque fois que quelqu’un prétend avoir le dernier mot sur le judaïsme, de multiples commentateurs apparaissent pour contester cette affirmation. De manière fameuse, Maïmonide eut la chutzpah d’affirmer qu’une personne pouvait lire la Torah écrite et ensuite le Mishneh Torah et « à partir d’eux, connaître la Torah orale et n’avoir pas besoin de lire un autre livre ». Sans surprise, le code de Maïmonide ne devint pas le dernier mot dans la loi juive, mais fit presque immédiatement l’objet de nombreux commentaires et critiques.

De même, le Shulchan Aruch n’obtint pas immédiatement une large acceptation. De nombreux érudits pensaient que la publication d’un code juridique exhaustif était interdite, par crainte que les lecteurs d’un tel code n’aient aucun moyen de connaître l’histoire ou l’éventail des opinions sur diverses lois.

Le rabbin Shlomo ben Yechiel Luria (le Maharshal), contemporain de Karo, était l’auteur de Yam shel Shlomo, un commentaire sur une partie du Talmud. Dans l’introduction à ce travail, le Maharshal déclarait l’impossibilité « d’expliquer toute incertitude dans la Torah au point de supprimer tout désaccord. » Au contraire, soutenait-il, chaque érudit devrait se plonger dans les sources, ajouter de nouvelles interprétations, et décider parmi différentes opinions.

Ironiquement, le Shulchan Aruch gagna finalement sa légitimité par la publication de deux commentaires majeurs d’érudits ashkénazes du 17ème siècle. Ces œuvres, connues sous le nom de Turei Zahav (« Taz ») et Siftei Kohen (« Shakh ») et écrites par David ben Shmuel haLevi (Pologne, 1586-1667) et Shabbetai ben Meir haKohen (Lituanie, 1621-1662), respectivement, répondaient aux critiques du Shulchan Aruch en expliquant le raisonnement de Karo, en introduisant des opinions alternatives et en proposant leurs propres conclusions.

En traitant le Shulchan Aruch comme un travail indépendant digne de son propre commentaire, plutôt que comme le cousin pauvre du plus vaste Bet Yosef, ces deux érudits assurèrent la place du Shulchan Aruch comme code faisant autorité pour les générations à venir.

Le commentaire ultérieur le plus connu du Shulchan Aruch est le Mishneh B’rurah du 19ème siècle, écrit par Yisrael Meir Kogan, qui comprend des explications et une collection d’opinions postérieures sur la section Orah Hayim du code. Le 19ème siècle vit également un certain nombre de tentatives pour abréger le Shulchan Aruch. La plus célèbre d’entre elle est le Kitzur Shulchan Aruch de Shlomo Ganzfried, qui résume l’oeuvre de Karo tout en incorporant des opinions alternatives et des coutumes contemporaines.

À ce jour, le Shulchan Aruch reste le code le plus influent de la loi juive. Les légistes contemporains peuvent, à l’occasion, être en désaccord avec les conclusions de Karo, mais ils ne peuvent pas l’ignorer. La prolifération des commentaires sur le Shulchan Aruch n’a fait que solidifier sa position centrale dans le canon. Près de 500 ans après que Caro ait produit une oeuvre destinée principalement à ceux qui étaient incapables d’étudier des œuvres halakhiques plus complexes, son code est devenu le manuel principal pour la plupart des écoles juives traditionnelles et des yeshivas.

(Source: Rabbi Jill Jacobs in My Jewish Learning)