Ephéméride | l’abattage rituel est interdit [21 Avril]

21 avril 1933

Moins de 3 mois après l’arrivée au pouvoir de Hitler, l’abattage rituel est interdit.

Le 21 avril 1933, l’Allemagne nazie promulgua une loi qui avait pour effet d’interdire l’abattage casher dans le pays. La loi ne mentionnait pas explicitement les Juifs ou la shekhita (abattage kasher). Elle interdisait simplement de tuer des animaux pour l’alimentation s’ils n’avaient pas été étourdis ou anesthésiés au préalable. Mais comme l’abattage casher exige que l’animal soit conscient au moment où il est tué, il n’était plus conforme à la loi.

Alors que tout montre que la loi était effectivement dirigée contre les Juifs et que ce n’était qu’une des innombrables mesures destinées à rendre la vie en Allemagne intenable pour eux, il est également vrai que l’Allemagne nazie avait une obsession du bien-être animal, avec les réglementations les plus strictes et les plus ambitieuses en matière de protection des animaux en Europe. Il est également vrai que certains des dirigeants les plus pathologiques du parti nazi – y compris Adolf Hitler lui-même – étaient soit végétariens soit aimaient passionnément les animaux.

En sa qualité de premier ministre de la Prusse, Hermann Goering institua des lois qui interdisaient ou limitaient sévèrement la chasse, interdisaient le ferrage des chevaux et interdisent l’ébouillantement des homards et des crabes vivants. Les animaux ne pouvaient pas être utilisés dans les films, et, de manière hautement significative, la vivisection fut interdite.
La loi sur le bien-être des animaux adoptée en novembre 1933 comprenait une clause stipulant que les animaux devaient être protégés « pour leur propre bien » plutôt que pour le bénéfice des humains. Dans cet esprit, la vivisection animale fut également interdite dans la recherche scientifique.

Dans une allocution radiodiffusée en août 1933, Göring annonça que c’était en raison de l’influence de « conceptions étrangères de la justice » et du fait que, jusqu’alors, « l’exercice de la justice était entre les mains de personnes étrangères à la nation », que l’animal était considéré comme une chose morte d’après la loi. »

Il y a débat sur la question de savoir si ces lois furent réellement mises en pratique, mais en principe au moins, quelqu’un coupable de mauvais traitements sur un animal pouvait être envoyé dans un camp de concentration.

C’est de Joseph Goebbels, qui l’a rapporté dans son journal, que nous tenons l’information que Hitler était végétarien. Il a également déclaré que Hitler prévoyait, après la victoire allemande de la guerre, d’interdire complètement les abattoirs d’animaux.

Mais en avril 1933, ce fut juste l’abattage kascher qui fut restreint – aboutissement d’un effort qui remontait à la fin des années 1800 pour arrêter la pratique, soi-disant pour motif de cruauté. Soit dit en passant, un effort similaire avait été couronné de succès en Suisse en 1893 et continue d’être en vigueur jusqu’à ce jour.

Dans l’idéologie et la propagande nazies, la kashrout était délibérément mal comprise et déformée de manière à concorder avec les affirmations selon lesquelles les Juifs participaient à des meurtres rituels pervers d’humains pour leur sang – corollaire moderne de la calomnie chrétienne ancestrale.
Alors que l’abattage casher nécessite de vider un animal de son sang, en raison d’un interdit strict sur la consommation de sang, la propagande allemande dépeignait la vidange du sang d’un animal par les Juifs comme faisant partie d’une sinistre pratique secrète.

Le rédacteur en chef du « Stürmer, Julius Streicher, qui avait consacré, en 1934, un numéro entier de son magazine au meurtre rituel juif, soutint même que les Juifs envisageaient de tuer Hitler à Yom Kippour de cette année-là, en un sacrifice humain dans le style des « kapparot », où une volaille est balancée autour de la tête d’une personne et ensuite tuée, comme offrande en expiation de ses péchés.

Dans un livre pour enfants édité par Streicher en 1938, « Der Giftpilz » (Le champignon vénéneux), l’abattage rituel incarne toute la malignité juive:

« Le Juif a ça dans le sang
La colère, l’envie, la haine, la rage
A l’égard de tout peuple sur terre
Qui ne soit pas partie du « peuple élu ».
Il massacre les animaux, il massacre les hommes
Sa soif de sang ne connaît pas de limites !
Le monde sera sauvé seulement
Quand nous l’aurons libéré du Juif. »

Dans le documentaire de 1940, « Der ewige Jude » (Le Juif éternel), commandité et supervisé dans le moindre détail par Goebbels, aux fins de propagande antisémite, les scènes « réelles » d’abattage rituel sont le clou du film, celles destinées à provoquer le maximum de dégoût dans la population allemande. Elles montrent des personnages sadiques, filmés de telle manière qu’ils semblent prendre plaisir à massacrer les animaux. Rien de plus opposé aux bons Allemands qui adorent les animaux.

Certains historiens vont jusqu’à décrire » Der ewige Jude » comme un accélérateur, voire un déclencheur de la prise de décision de l’extermination des Juifs. Hornshøj-Møller et Mannes » remarquent ainsi :

« Le visionnage de nouvelles scènes, qui montraient l’abattage rituel de moutons et autre bétail, et qui selon les instructions de Goebbels avaient volontairement été filmées pour les faire apparaître comme de la cruauté sur les animaux, conduit au commentaire suivant de Goebbels dans son journal : « Ces Juifs doivent être anéantis. » L’antisémitisme radical de Joseph Goebbels dégénéra grâce à l’expérience de cette « réalité » mise en scène, en une pulsion de meurtre. »

Après la fin de la guerre et la victoire des Alliés, toutes les lois adoptées pendant le Troisième Reich furent abrogées et l’abattage casher redevint légal en Allemagne.