Al Jolson

Ephéméride | Al Jolson [26 Mai]

26 mai 1886

Naissance à Srednike (Lituanie) d’Al Jolson, l’homme qui prononça les premiers mots de l’histoire du long métrage, « Wait a minute! »

Al Jolson est né Asa Yoelson (אַסאַ יואלסאָן) dans le village juif de Srednike (סרעדניק), aujourd’hui Seredžius, près de Kaunas en Lituanie, alors partie de l’Empire russe.
Cette date a été en fait choisie arbitrairement et on suppose qu’il était en réalité plus âgé. Pour fuir les persécutions anti-sémites en Russie, ses parents, Moshe Reuben Yoelson et Naomi Ettas Cantor, prirent la décision d’émigrer en Amérique avec leurs enfants. Le père devint rabbin à Washington ; le jeune Asa, en rupture avec la tradition familiale, commença à s’intéresser à la chanson populaire américaine. Prenant le nom « plus américain » de Al Jolson, il forma équipe avec son frère Harry dès 1898 ; ils se produisaient dans les petites salles des circuits de vaudeville, et commencèrent à enchaîner les tournées. Les éléments biographiques qui se retrouveront ensuite dans « The Jazz Singer » sont déjà là, du refus de la tradition jusqu’au travestissement de son identité sous le maquillage du blackface.

C’est en 1904, alors qu’il joue dans les salles de vaudeville avec son frère Harry, que Jolson utilise pour la première fois le blackface, apparemment sur la suggestion d’un autre comédien. Ce travestissement devait compléter l’accent du sud du personnage que Jolson interprétait dans le numéro. Cette idée a aussitôt accru le succès de la troupe ainsi que la confiance du jeune Jolson. Jolson s’inscrivait ainsi dans une longue tradition américaine, le blackface étant au début du XXe siècle une convention théâtrale bien établie. Son but n’était pas de faire croire que les acteurs qui l’utilisaient étaient des noirs ; elle renvoyait à tout un répertoire de chansons et d’attitudes bâti dès le milieu du XIXe siècle. Ce stéréotype répandu sur toutes les scènes de vaudeville aux USA, n’était qu’un code parmi d’autres fondés sur la représentation comique ou grotesque des étrangers (juifs, irlandais).

Pour Jolson, c’était un masque qui lui permettait de cacher ses angoisses, et ses propres origines juives. Ce subterfuge donnera de l’ampleur à sa personnalité, de plus en plus flamboyante. En définitive l’accent du sud qu’il avait adopté et cultivé faisait partie de ce masque, une sorte de «blackvoice» qui cachait les vestiges de son accent yiddish et lithuanien.

En 1908, il rejoint la troupe de Lew Dockstader (Lew Dockstader’s Mistrels), qui depuis plusieurs décennies promenait son spectacle folklorique de minstrels en blackface.
Le succès de Jolson grandit dans ce contexte ; il a alors l’occasion de se perfectionner en tant qu’interprète, en apprenant à utiliser son corps entier, à ouvrir ses bras vers le public et à bouger sa tête pour ponctuer le rythme de la musique, rompant ainsi avec les poses immobiles des chanteurs de l’époque. Dans les salles plus modernes et mieux illuminées, il prend conscience de la présence devant lui du public. Un jour il donne l’ordre aux électriciens d’allumer les lumières dans le théâtre, gommant ainsi la séparation entre la scène et la salle et faisant participer le public à son bonheur de chanter. Les réactions positives l’encouragent. C’est là une trouvaille essentielle dans sa carrière, un des éléments méta-théâtraux qui caractériseront son style.

Jolson était prêt pour le grand saut vers la gloire ; il possède tous les atouts : les aptitudes physiques et l’ambition pour réussir.

En 1911, il obtient un rôle secondaire à Broadway au nouveau théâtre The Winter Garden dans le spectacle « La Belle Paree ». Il s’impose et conquiert son public dès le début ; il le surprend par le fait d’entrer en scène en passant sa tête entre les rideaux, puis en s’avançant d’un coup au milieu de la scène. Ses inventions et ses succès expliquent qu’il devienne rapidement co-vedette du spectacle, et ensuite vedette unique.

Ce moment inaugure le premier volet de la carrière de Jolson, où toutes ses apparitions dans les spectacles sont des événements. Son talent est de constamment innover. Insouciant de la trame, d’ailleurs maigre, des spectacles, il introduit ses propres chansons, pour la délectation du public et au désespoir des auteurs et compositeurs. Son rapport aux chansons est lui-même flottant : il change parfois les paroles et constamment la manière de les interpréter, ce qui incite l’auditoire à entrer dans ce jeu de mouvance de l’oeuvre. Le public revient plusieurs fois voir les spectacles, sûr qu’à chaque fois il y aura de l’intensité dans la voix et le jeu mais aussi des surprises, de l’improvisation et de l’inédit. Le show n’est plus une suite figée de numéros, il évolue constamment et peut se rallonger, parfois pour des heures, selon la volonté du maître du jeu, Jolson, stimulé par ce public avide.
Dès l’été de 1911, il a l’idée de faire tourner le spectacle de Broadway à travers tout le pays, afin qu’il atteigne les publics les plus variés et les plus éloignés.
Pour être toujours plus près de son auditoire, et toujours le surprendre, Jolson quitte la scène et chante, danse et saute entre les fauteuils des spectateurs, pour finalement faire sa sortie par les portes de derrière. Développant cette idée, il convainquera les frères Schubert, propriétaires du théâtre Winter Garden, d’installer un rampe centrale s’avançant dans la salle : le théâtre entier devient une scène, la seule qui soit à l’échelle de ses performances. Cette mise en scène inédite, combinée à l’éclairage de la salle, permettait à Jolson de s’adresser directement à certains membres du public. C’est de cette rampe qu’il va lancer ce qui allait devenir sa phrase fétiche : « You ain’t heard nothing yet! », signal qui annonçait une longue suite de chansons.

Fin 1911, il réalise son premier enregistrement, comprenant les titres « Rum Tum Tiddle » et « That Haunting Melody », issus du spectacle en vogue à l’époque, « Vera Violetta ». La légende veut que, Jolson interprétant les chansons comme sur scène, avec tous ses mouvements et déplacements, les ingénieurs de son aient été obligés de l’immobiliser dans un manteau boutonné à l’envers et à l’asseoir sur une chaise pour avoir une bonne prise de son.
Son ego atteint son maximum ; pour Noël 1911 il fait paraître une annonce dans Variety : « Everybody likes me. Those who don’t are jealous. Anyhow, here’s wishing those that do and those that don’t, a Merry Christmas and a Happy New Year. Al Jolson ».

Continuant de dynamiter les traditions théâtrales, avec la volonté de s’approprier et de maîtriser la totalité du spectacle et surtout le public, Jolson invente ce qui deviendra un autre élément clé de ses apparitions.
En 1913, pendant une soirée de première, sentant que le spectacle prend beaucoup de retard, il interrompt la représentation et demande directement aux spectateurs : «Do you want to hear the rest of the story ‘ or do you want me ?»
La réponse enthousiaste du public décida du sort du spectacle ; dès lors Jolson prit l’habitude d’arrêter les spectacles en plein milieu, de donner congés aux autres acteurs et de se lancer, pendant des heures, dans l’interprétation de ses chansons, en alternant nouveautés et tubes consacrés. Pendant ces performances prolongées, il déboutonnait sa chemise en laissant voir la limite du maquillage noir, exposant l’artifice théâtral mais sans l’abandonner complètement : comme s’il s’agissait de conserver sa protection. Lors d’une représentation, Jolson apparut sur scène avec beaucoup de retard et sans maquillage ; en demandant la permission au public, il commença à se maquiller sur scène, en appliquant soigneusement le noir du blackface, et accomplissant ainsi la transformation aux yeux du public.

La légende de Jolson a finit par se mélanger avec la vérité, jusqu’à devenir la même chose ; le chanteur y est pour beaucoup, inventant sans cesse de nouvelles histoires sur lui-même. Ainsi, selon ses propres dires, c’est par hasard, lors d’une représentation de « Honeymoon Express », qu’il inventa ce qui allait devenir l’un de ses maniérismes les plus connus. Souffrant d’un ongle incarné au pied, Jolson, pendant une chanson sentimentale, eut l’idée de mettre un genou à terre pour soulager sa douleur. Le geste, soulignant le dramatisme de la chanson, sera repris par la suite surtout pour les chansons dédiées aux «mammies» – un tel moment clôt le Jazz Singer. Jolson posant un genou à terre, parfois simplement en silhouette, est encore aujourd’hui l’image la plus connue de lui.

En 1916, il est la vedette unique du spectacle Robinson Crusoe Junior, dans lequel il chante, en plus de ses tubes consacrés, l’inimitable « Where did Robinson Crusoe go with Friday on Saturday Night » (Lewis/Young ‘ Meyer, 1916).
La publicité du spectacle le nomme pour la première fois « America’s Greatest Entertainer », formule qui deviendra par la suite « The World’s Greatest Entertainer ».
En 1918, quand le spectacle Sinbad ouvre au Winter Garden, il introduit ce qui allait devenir sa chanson préférée, « Rockabye your baby with a Dixie melody ».
L’année suivante il choisit pour son répertoire la chanson d’un jeune compositeur, George Gershwin, intitulée « Swanee ». Grâce à Jolson, elle allait devenir le plus grand tube de Gershwin.
En 1921, il ajoute à son repertoire ce qui va devenir sa chanson-signature, « My Mammy ».

Le nombre de chansons variait fortement d’un spectacle à l’autre ; personne ne pouvait prévoir ce que Jolson allait retirer ou ajouter selon l’inspiration et l’état du moment. En 1921, dans son spectacle « Bombo », il introduit sa seconde chanson préférée, « April Showers », qui sera d’ailleurs la dernière qu’il chantera en public avant sa mort, des années plus tard.
Les récitals de chansons étaient ponctués par des blagues, souvent spontanées, parmi lesquelles figuraient un bon nombre d’histoires juives, enluminées de mots en Yiddish. Manière pour le chanteur, caché sous son masque noir, d’affirmer son identité. Mais si à l’époque Jolson ne met pas trop l’accent sur ces racines ethniques, le moment viendra avec « The Jazz Singer », parfaite expression de la condition de l’entertainer juif dans l’Amérique du Jazz Age et bon reflet de la vie personnelle de Jolson.

Jolson connut une première expérience cinématographique dès 1916, pour la Vitagraph Film Company. Expérience qui ne resta pas comme un bon souvenir. Du fait de sa renommée grandissante, D. W. Griffith l’approche pour apparaître en blackface dans un film qui serait intitulé « Mammy’s Boy » (d’autres titres étaient proposés comme « Black and White » ou « His Darker Self »). Le réalisateur réussit à grande peine à vaincre les réticences de Jolson (« I’m no actor! », disait-il) et le film entra en production en 1924. Toutefois, déçu par les contraintes du médium et notamment le manque d’interaction avec la caméra (incapable qu’elle était de se substituer au public), il décida de quitter le film en pleine production.
La vraie histoire de Jolson avec le cinéma commence donc en 1927.

Pour réaliser le premier film parlant, les frères Warner choisirent une pièce à succès de Broadway, « The Jazz Singer ». Jouée depuis 1925, elle avait George Jessel dans le rôle principal. L’intéressant était que la pièce avait été inspirée à son auteur, Samson Raphaelson, par le spectacle de Jolson « Robinson Crusoe, Jr », et contient des éléments empruntés à la biographie de Jolson. Elle narre l’histoire du jeune Jakie Rabinowitz qui, enfant, refuse de chanter dans la synagogue avec son père cantor et préfère les saloons où on joue des tubes populaires. Renié et chassé par son père, il quitte la maison familiale et entame alors une carrière dans le vaudeville sous le nom de Jack Robin. Plusieurs années passent et Jack décroche un rôle à Broadway ; revenu à New York, il revoit sa mère, mais pas son père qui refuse de l’accepter. Le soir de la première, le père est à la maison mourrant ; la mère implore Jack de revenir et de chanter dans la synagogue’
Les producteurs approchèrent d’abord Jessel pour le rôle, qui accepta à condition d’obtenir plus d’argent. Mécontents, les producteurs décidèrent qu’à prix équivalent, ils pouvaient s’offrir la plus grande star du moment : Jolson interpréta donc l’histoire du fils du cantor qu’il avait inspirée initialement.

Le film avait été conçu initialement comme un film muet traditionnel avec insertions sonores des chansons et moments musicaux. Cela représentait une avancée significative par rapport au film Don Juan, avec John Barrymoore, sorti en 1926, premier film à disposer d’une bande son synchronisée, avec musique et bruits (mais sans aucune voix humaine). Ce film avait été une réussite mais la reproduction de la voix des acteurs était attendue comme une suite logique. Pourtant il y avait des réticences dans l’industrie, et des voix nombreuses se levèrent pour affirmer la vulgarité de cette innovation ; pour beaucoup, le parlant signifiait l’anéantissement de l’art du film (par essence muet et imagé). C’est certainement la présence de Jolson au générique qui allait permettre de dépasser ses réprobations.

Le film fut tourné rapidement, en huit semaines entre aout et septembre 1927, de manière à assurer sa sortie en octobre. Spontané et instinctif, cherchant à affirmer sa personnalité débordante, Jolson improvisa dès la première scène chantée: avant d’entamer « Toot Toot Tootsie » », il commença par s’adresser au public et à donner des instructions au chef d’orchestre. Ce furent les premiers mots entendus dans un film de long métrage.

« Wait a minute, wait a minute, you ain’t heard nothin’ yet. Wait a minute I tell ya, you ain’t heard nothin’. You wanna hear « Toot, Toot, Tootsie » ? Alright. Hold on. Hold on. Lou, listen. Play « Toot, Toot, Tootsie » three choruses, you understand? In the third chorus, I whistle. Now give it to ’em hard and heavy. Go right ahead. »

Le film repose sur le conflit d’identité du juif déraciné, qui prend le masque du blackface pour se présenter devant le public américain. L’usage du blackface dans le film, assez restreint, est judicieux ; il survient dans la deuxième partie uniquement, pour mettre l’accent sur le déchirement de Jackie Rabinowitz/Jack Robin. Cet emploi modéré, surtout de la part d’une « nature » comme Jolson, et utilisé pour un rôle principal et non secondaire, permet de dépasser la dimension péjorative du procédé et en réalité de rendre hommage au patrimoine culturel auquel il fait référence ; à un niveau plus individuel, il représente la quête d’identité, juive ou noire peu importe, au sein du melting pot américain.

La première du film eut lieu le 6 octobre à New York, au théâtre Winter Garden. Mise en abîme vertigineuse : ce théâtre est lui-même visible dans le film puisque le protagoniste Jack Robin s’y produit. En fait, les scènes avec Jolson chantant au Winter Garden on été tournées sur place, léguant à la postérité une image de ce que les spectacles de Jolson avaient pu être. C’est donc à partir du théâtre qui l’avait rendu célèbre, que Jolson a fait une nouvelle contribution essentielle, marquant la fin des films muets et l’aube d’une nouvelle époque.

Cette première signait aussi la mort du vaudeville, qui allait perdre petit à petit ses stars et son public, attiré par les merveilles du cinéma sonore. Il est vrai que les studios, gagnant de l’expérience à chaque essai, et améliorant la qualité du son et des films en général, ont su proposer des oeuvres en phase avec les goûts du public. En 1929, tous les studios étaient équipés pour le son et en 1930 toutes les productions des studios étaient des films sonores.

Pour Jolson, cette aventure allait s’avérer trompeuse. Pas tout de suite, car le film fut un succès phénoménal. Jolson signa d’ailleurs pour en faire d’autres. Le suivant, « The Singing Fool », allait même dépasser « Jazz Singer » au box office, s’imposant comme le plus grand succès public jusqu’à la sortie de « Gone with the Wind » en 1939. La chanson phare de ce film, le larmoyant « Sonny Boy », conçue comme un gag visant à créer la pièce la plus mélodramatique et ridicule possible, n’offusqua pas Jolson. La légende dit, qu’au vu des recettes du film (5 500 000 $, s’ajoutant aux 3 500 000 du Jazz Singer), « he laughed all the way to the bank ».

Star et money-maker, Jolson continua donc à faire des films pour la Warner. Malheureusement les producteurs l’enfermèrent dans des rôles décalqués de ses succès : Jolson est toujours un chanteur / une relation amoureuse se tisse / un événement tragique interrompt cette envolée amoureuse / Jolson triomphe par la musique, en survolant chagrin et mort’

Cette formule allait s’user très vite et, en quelques années, le statut de Jolson se déprécia considérablement. Loin d’être le maître de son image et de ses apparitions, il était à Hollywood prisonnier d’un système qui décidait pour lui comment apparaître et chanter. Ayant libéré le cinéma, lui donnant une voix et donc de nouvelles possibilités, Jolson se trouva enfermé, isolé et réduit à sa seule ombre, celle de l’écran. Sous cet angle, il a largement contribué à créer le monstre qui allait le détruire.

Vers la fin des années 30, ses apparitions dans les films se firent de plus en plus rares. Las du cinéma et d’Hollywood, Jolson retourna à Broadway en 1940 pour ce qui allait rester son dernier spectacle : « Hold on to your hats ». Après neuf ans d’absence, il fut accueilli avec enthousiasme par le public et les critiques.
Mais Jolson était miné par les déconvenues accumulées pendant une décennie, et aussi par sa permanente peur de la scène, maintenant plus forte que jamais, ou la crainte de perdre sa voix. La clôture du spectacle en 1941 laissa Jolson désespéré.
Avec la guerre, Jolson sortit de cette retraite prématurée pour chanter pour les troupes, partout dans le monde – il a été une des premières stars à se produire ainsi. Même s’il était restreint, ce public, forcément nostalgique, était enthousiaste et heureux ‘entendre des chansons du pays. Après tout, chaque soldat a une mammy.
Cette tournée ne fut interrompue que par la maladie qui frappa Jolson, contraint de revenir aux USA pour se faire soigner.
En 1945, rétabli, il fit une courte apparition, dans son propre rôle, dans le film biographique sur Gershwin, « Rhapsody in Blue », pour interpréter -bien sûr- « Swanee ».

Cette apparition, quoique remarquée et remarquable, était trop courte, et les ventes du disque l’accompagnant trop faibles, pour ressusciter la carrière de Jolson.

Cependant depuis plusieurs années, on parlait d’un film biographique consacré à Jolson. Mais les producteurs hésitaient à risquer leur argent sur un sujet peu susceptible d’intéresser le public d’après-guerre. Le seul à s’engager fut Harry Cohn, patron de la Columbia (‘King’ Cohn), fan de Jolson depuis toujours.
Malgré les protestations de Jolson, on ne lui permit pas de jouer son propre rôle : à 60 ans il aurait fait un pitoyable Jolson jeune ! Un acteur presque méconnu, Larry Parks, fut choisi parmi des centaines de candidats. Il prêterait son apparence mais c’est Jolson qui chanterait les chansons. Celui-ci mit toute son énergie à enregistrer 22 de ses anciens tubes, avec des orchestrations remises au goût du jour. Parks subit un entraînement sévère, supervisé par Jolson : il étudiait gestes et mimiques, et apprit à chanter les chansons, pour mieux coller aux enregistrements de Jolson.
Le résultat, « The Jolson Story » fut surprenant, surtout par son succès (au top du box office en 1946).

Mais l’effet le plus important fut la renaissance de la carrière de Jolson, de nouveau très demandé par les maisons de disques et les radios. Il reprit les tournées et les concerts, gravissant à nouveau les sommets de la gloire, plus haut encore que jadis. De nouvelles générations s’ajoutèrent aux fans qui ne l’avaient pas oublié. Sa voix accomplit ainsi, pour la troisième fois, le miracle : donner une nouvelle vie au chanteur infatigable et lui conférer le statut de légende.

Cet engouement allait continuer les années suivantes ; un autre film biographique, « Jolson Sings Again », toujours avec Parks, sortit en 1949 et fut lui aussi un succès : il racontait la suite de la vie de Jolson, détaillant par exemple la réalisation du premier film biographique, par une fascinante mise en abîme.

Pour Jolson il n’y avait plus de limites. Il enchaînait sans relâche activités et projets, dont un troisième film biographique : celui où il allait enfin jouer lui-même son propre rôle. La conquête du nouveau médium en vogue, la télévision, fut acquise par la création d’un show dédié à lui seul.
Fidèle au public qui l’avait soutenu dans les années difficiles, ces soldats engagés dans les zones de combat, il partit pour soutenir les troupes américaines en Corée. Là encore il y mit toute sa force et revint affaibli.
Le soir de 23 octobre 1950, à San Francisco, la veille d’une apparition spéciale à la radio, il mourut dans sa chambre d’hôtel d’une attaque cardiaque.

Sonia Rykiel

Ephéméride |Sonia Rykiel [25 Mai]

25 mai 1930

Naissance à Neuilly-sur-Seine de Sonia Rykiel.

Qu’on se rassure, je ne vais pas parler de mode féminine. L’érudition qu’on me prête parfois gentiment ne s’étend pas jusque là.

« Primum non nocere », « avant tout ne pas nuire ».
Comment marquer cet anniversaire alors?
J’ai déniché dans les archives de « Tribune juive », ce court essai d’Eliette Abécassis posté le 7 octobre 2013, du vivant de Sonia Rykiel donc, dans lequel elle évoque la relation de la créatrice de mode avec sa judéité.

« Le judaïsme, pour Sonia Rykiel, c’est tout d’abord une tradition familiale, liée à un folklore, des souvenirs d’enfance, de grands-parents émigrés qui préparaient des plats traditionnels. Sa mère était russe, son père roumain, elle se dit « slave de la tête aux pieds ». Ses parents n’étaient pas religieux, mais ils avaient l’esprit du judaïsme. Et l’un de ses oncles était heureux de l’accompagner à la synagogue, lorsqu’elle était enfant : c’est lui qui l’a initiée aux fêtes et aux rites. C’est le judaïsme de parents intégrés à la société française, sur le mode républicain. Et de ceux qui se cachèrent près de Paris pendant la guerre, dans le midi, dans un petit village qui s’appelait Tommery, où ils vécurent abrités.

C’est un judaïsme ashkénaze : tourmenté, angoissé, doutant de tout. C’est le judaïsme de Sam, son mari, qu’elle épouse à la synagogue, en tenue de grand apparat, les hommes en frack et les femmes en robes longues. Et pourtant, ce jour-là, elle est malade. Comme si quelque chose en elle lui disait de ne pas le faire, comme si son corps s’y refusait alors qu’elle entendait la prière qui allait la lier à cet homme pour la vie, « par cet anneau, tu m’es consacrée ».

Mais elle ne peut être consacrée à un homme, Sonia : elle est consacrée à l’art, à la vie, à l’Idéal. Elle ne peut se consacrer à la famille, au mari, et elle ne sera jamais une pieuse épouse juive, cette femme vaillante célébrant le vendredi soir. Elle est d’une autre espèce, elle appartient à une autre famille. Celle des saltimbanques, des nomades de la vie : des artistes. Celle des femmes, indomptables, qu’on essaye depuis toujours de dominer, par les contes de fées, le mariage, l’enfantement, le travail, et les ourlets, qu’elle défait. Mais c’est dans la boutique de vêtements de son mari que Sonia crée sa première robe. Et c’est à partir de cette base-là qu’elle a pris son envol.

Sonia s’est rapprochée du judaïsme grâce à sa plus jeune sœur, Muriel, et à son mari, Philippe, dont la famille vit en Israël. Sonia, qui est devenue amie avec la mère de Philippe, soutient la maison d’étude que cette dernière a créée en Israël, Yad Rachem, pour les enfants. Israël, pour elle, est très important, « sur le plan idéal, romanesque, littéraire, et pour tout ce qui est charité : s’occuper, faire en sorte que je puisse les aider ».

Ephéméride |Kalonimus Wolf Wissotzky [24 mai]

24 mai 1904

Décès à Moscou de Kalonimus Wolf Wissotzky, le roi du thé russe.

Vous avez dit tchaï? Vous faites peut-être partie des gens qui ont la nostalgie du thé à la russe, avec du citron, et qu’on avale brûlant sur un morceau de sucre candi dans la bouche? Vous avez même peut-être, dans un coin de votre cave, ou trônant sur votre buffet, un samovar ramené d’Union soviétique à la belle époque où c’était un des principaux produits d’exportation touristique avec les matriochkas et le caviar périmé. Et vous ne savez rien de Wissotzky?

Kalonymus Zeev (Wolf) Wissotzky est né à Zagare, dans le nord de la Lituanie. Son père était propriétaire d’une petite entreprise.
Le fils reçut une éducation juive traditionnelle, et quand il se fut marié, à l’âge de 18 ans, avec le soutien des parents de sa femme, il commença à étudier à la prestigieuse Yeshiva de Volozhin, mais dut arrêter quand il tomba malade. Plus tard, il étudia avec Rabbi Israel Salanter, le fondateur du mouvement Musar, qui insistait sur le comportement éthique, autant que sur l’étude de la Torah et l’observation des rites.

Sous l’influence de Salanter, qui était également originaire de Zagare, il décida de consacrer sa vie non seulement à l’étude de la Torah, mais aussi au travail acharné et aux bonnes actions, et résolut de consacrer 10% de ses revenus futurs à des bonnes oeuvres.

Avant d’entrer dans le monde des affaires, Wissotzky s’essaya à l’agriculture en rejoignant une colonie agricole juive établie par le gouvernement russe près de Dvinsk (aujourd’hui Daugavpils, Lettonie). Quand il devint clair que cela ne suffirait pas pour subvenir aux besoins de sa famille, il déménagea à Moscou et se lança dans le commerce du thé.

Le soir et le Shabbat, il se rendait, en mission spéciale, auprès des cantonistes – jeunes hommes juifs qui avaient été raflés encore pré-adolescents et enrôlés de force dans un long service militaire pour le tsar, et qui étaient ainsi coupés de toute vie juive. Wissotzky parvenait à pénétrer dans leurs casernements en soudoyant les gardes. Une fois à l’intérieur, il recherchait les soldats juifs et les conduisait dans les prières et dans l’étude des bases de la Torah. À Pessakh, il leur fournissait de la nourriture cachère.

Les affaires prospéraient et Wissotzky faisait croître l’entreprise. Au moment de sa mort, en 1904, il contrôlait plus d’un tiers du marché russe du thé, était fournisseur officiel du tsar, et était le plus grand fournisseur mondial du produit. Son entreprise possédait des plantations de thé à Ceylan et en Inde, et finit même par ouvrir des bureaux à Londres, à New York, en Allemagne et au Canada.
Pendant la guerre civile qui suivit la Révolution d’Octobre, un diction antisémite populaire dénonçait la soi-disant domination juive avec ce slogan: « Le thé de Wissotsky, le sucre de Brodsky et la Russie de Trotski ».

L’ouverture d’une succursale new-yorkaise devint évidente lorsque la population juive de l’empire tsariste commença à fuir massivement vers l’Amérique, dans les décennies qui suivirent l’assassinat du tsar Alexandre II, en 1881, et les pogroms et politiques violemment antisémites de son successeur. Alors que le marché du thé Wissotzky se réduisait en Russie, les centaines de milliers de Juifs d’Europe de l’Est qui émigrèrent aux États-Unis emportèrent leur goût pour le thé avec eux.

Kalonymus Wissotzky fut également un participant précoce et actif au groupe Zion Hovevei (ou Hibat), un mouvement pré-sioniste dont les membres peuplèrent des colonies agricoles en Palestine à partir du milieu des années 1880. Il fournit des fonds pour les colonies, et en 1884-85, il effectua une visite sur place, et sa correspondance de Palestine fut publiée plus tard sous forme de livre.

Wissotzky finança une école juive à Jaffa, et donna de l’argent à la Yeshiva de Volozhin, où il avait étudié. Il fournit des fonds de démarrage pour le journal en hébreu Hashiloah, édité par le penseur sioniste Ahad Ha’am, qui dirigeait également les bureaux de Wissotzky, d’abord en Russie puis à Londres.

Quand Wissotzky mourut, le 24 mai 1904, il s’avéra qu’il avait laissé toutes ses parts dans l’affaire de famille, évalué à l’époque à environ 1 million de roubles, à des causes philanthropiques. Le dixième de ce montant fut consacré à la création de l’Institut Technion de technologie à Haïfa, en 1912.

Après la révolution bolchevique, l’entreprise fut nationalisée et les membres de sa famille émigrèrent dans d’autres pays. La succursale de Palestine fut ouverte seulement en 1936, quand Shimon Seidler, dont la famille était liée aux Wissotzkys par mariage, déménagea de Dantzig à Tel Aviv.
Aujourd’hui, la société est dirigée par son fils Shalom Seidler et s’est diversifiée pour devenir un conglomérat alimentaire qui produit de l’huile d’olive, des produits de boulangerie et bien plus encore.

En 1911, Sholem Aleichem publia un de ses plus fameux monolgues, « Guittel Pourishkevitsh » où il est abondamment question du thé de Wissotsky: une pauvre vendeuse de thé en portez-à-porte de la compagnie Wissotsky, s’oppose courageusement à l’injuste système de conscription qui épargne les riches et frappe les pauvres. L’ouvrage a fait récemment l’objet d’une belle traduction de Nadia Déhan-Rotschild (éditions de l’antilope) et les auditeurs fidèles de Radio Yiddish Pour Tous en ont entendu la lecture par Patricia Chandon-Piazza.
En voici un avant-goût avec les premières lignes:
« Voyez donc tous ces gens ameutés comme pour assister à un tour de magie ! Disparaissez, bonnes gens, ainsi que le sel dans l’eau. On ne va pas vous jouer une comédie ni vous raconter des fariboles ou des coquecigrues. On m’a dit qu’il y avait ici un certain Sholem-Alacrème qui écrit. Ah, c’est vous justement, le Sholem-Alacrème qui écrit ? Eh bien, écrivez donc, et que votre main ne souffre pas le moins du monde en écrivant. Décrivez toute la ville de haut en bas. C’est égal, ils l’ont bien mérité. Et surtout les riches, les privilégiés de Dieu, qui se sont persuadés que le monde entier a été créé à leur intention. Nous, nous devons nous échiner et en voir de toutes les couleurs, tandis qu’eux se sortiront de tous les tracas et de toutes les persécutions avec leur argent et en plus, ils se moqueront d’une bonne femme, une pauvre veuve, qui vit du thé de chez Wissotzky. Je fournis du thé Wissotzky dans toutes les maisons bourgeoises sur abonnement et c’est ainsi que je gagne mon petit morceau de pain pour mon fils et moi, mon malheureux fils unique qu’on voulait m’enlever par la faute d’autrui. Vous allez écouter ça, ce qui peut arriver en ce monde. Moi il me semble que, depuis que le monde est monde, il ne s’est jamais trouvé qu’on prenne son seul et unique fils, un soutien pour ses vieux jours, à sa veuve de mère qui, grâce à Dieu d’abord, à Wissotzky ensuite, peut se vanter d’être en vie sur cette terre. Si on peut appeler ça une vie. Bien mourir, c’est aussi une vie. Car, entre nous soit dit, qu’est-ce qu’on a contre une livre de thé, avec la concurrence d’aujourd’hui où le premier pauvre diable venu passe de maison en maison pour vendre du thé ? Alors il faut casser les prix. Si l’autre fait un rabais de dix, je fais un rabais de quinze, et si l’autre fait un rabais de quinze, je fais un rabais de vingt. Où est la limite ? Je ne suis pas Wissotzky, moi ! »

Ce texte a inspiré à Joshua Waletzky la chanson « Visotski’s tey » dont voici une interprétation par le Klezmer Conservatory Band

Ephéméride |Comte Valentin Potocki [23 Mai]

23 mai 1749

Mort à Vilna d’Abraham ben Abraham, né Comte Valentin Potocki, aristocrate polonais conduit au bûcher pour s’être converti au judaïsme. Vérité ou légende?

Il existe plusieurs versions de cette histoire, en particulier parmi les Juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie, qui connaissent et se réfèrent toujours à Potocki comme le Ger Tzedek («prosélyte juste») de Vilna.
Pratiquement toutes les sources juives s’accordent pour dire qu’il était un noble polonais qui se convertit au judaïsme et fut brûlé sur le bûcher par l’église catholique romaine à Vilna, le 23 mai 1749 (7 Sivan 5509, correspondant au deuxième jour de la fête juive de Chavouot dans la diaspora), parce qu’il avait renoncé au catholicisme et était devenu un juif pratiquant.

Des histoires orales multiples, soutenues par plusieurs versions imprimées du XIXe siècle et plus tard, provenant de nombreuses communautés juives au cours des 250 dernières années, servent de preuve de l’histoire de Potocki. Les traditions orales juives donnent beaucoup plus de détails sur la vie et la mort d’Avraham ben Avraham.

Il existe aussi un récit écrit contemporain datant de 1755, de Rabbi Yaakov Emden. ויקם עדות ביעקב דף כה, ב (Vayakam Edus b’yakov, 1755, p.25b).

« Il y a quelques années, il est arrivé à Vilna, la capitale de la Lituanie, qu’un grand prince de la famille Pototcki s’est converti. Ils l’ont capturé et l’ont emprisonné pendant plusieurs jours en pensant qu’ils pouvaient le ramener à leur religion. Il savait qu’il n’échapperait pas à de sévères tortures et à une mort cruelle s’il n’abjurait pas. Ils voulaient le sauver de la mort et de la punition qui l’attendaient s’il résistait. Il ne leur prêta aucune attention ni aux prières de sa mère, la comtesse. Il n’avait pas peur ou ne craignait pas de mourir dans toute l’angoisse amère qu’ils lui causée. Après avoir attendu pendant longtemps, ils essayèrent de le prendre par la douceur pour l’honneur de sa famille. Il ridiculisait toutes les tentations des prêtres qui venaient lui parler tous les jours parce qu’il était un personnage important. Il les méprisa et se moqua d’eux, et préféra la mort après une agonie longue et cruelle, à la vie temporaire de ce monde. Il accepta et souffrit tout par amour, et mourut en sanctifiant le nom de Dieu.
Qu’il repose en paix. »

On peut donner plusieurs explications à la rareté des sources sur l’histoire de ger tzedek. On peut supposer que la noble famille Pototcki, qui était une famille religieuse catholique polonaise, n’était pas heureuse que l’un de leurs fils ait fait défection au judaïsme. On disait que la famille Pototcki traitait généralement avec gentillesse les Juifs vivant sur ses terres. La mention de la conversion aurait été interprétée comme une provocation ouverte envers les maîtres de la région, ce qui n’aurait eu aucun résultat positif. En outre, la conversion d’un des Gentils de la haute société suscitait sans aucun doute un grand intérêt parmi la population, et son refus de retourner à leur foi leur causait un grand embarras … Néanmoins, les paroles des rabbins indiquent clairement qu’ il y avait des liens entre le Gaon de Vilna et le Ger Tzedek.

L’auteur polonais Józef Ignacy Kraszewski, reconnu comme l’une des plus anciennes sources vérifiées citant cette histoire, rapporte que le jeune Potocki et son ami Zaremba, qui partirent de Pologne pour étudier dans un séminaire à Paris, s’intéressèrent à un vieux juif qu’ils trouvèrent feuilletant un gros volume en entrant dans son magasin de vin. Ce Juif pourrait être leur propre compatriote, Menahem Man ben Aryeh Löb de Visun, qui fut torturé et exécuté à Vilna à l’âge de soixante-dix ans (3 juillet 1749).
Selon la tradition ce martyr juif fut très proche du Ger Tzedek, mais la crainte du censeur empêcha les écrivains de Russie de dire quelque chose d’explicite à ce sujet.
Ses enseignements et ses explications de l’Ancien Testament, auxquels ils étaient, en tant que catholiques romains, totalement étrangers, les impressionnèrent tellement qu’ils le persuadèrent de les instruire dans la langue hébraïque.
En six mois, ils acquirent la maîtrise de la langue biblique et une forte inclination pour le judaïsme.
Ils décidèrent d’aller à Amsterdam, qui était l’un des rares endroits en Europe à cette époque où un chrétien pouvait embrasser ouvertement le judaïsme. Mais Potocki alla d’abord à Rome, d’où, après s’être convaincu qu’il ne pouvait plus rester catholique, il se rendit à Amsterdam et embrassa l’alliance d’Abraham, en prenant le nom d’Avraham ben Avraham («Abraham, fils d’Abraham»; « fils d’Abraham » est le nom pris traditionnellement par un converti au judaïsme, car Abraham fut le premier à se convertir au judaïsme).

Les parents de Potocki eurent vent de son départ du séminaire de Paris et des rumeurs selon lesquelles il s’était converti au judaïsme, et commencèrent à le chercher. Potocki s’enfuit alors de France et se cacha dans une synagogue à Vilna, portant une longue barbe et des peyot comme les Perushim (Juifs pieux qui se sont séparés de la communauté pour apprendre et prier).
Lorsque le Gaon de Vilna apprit où il se trouvait, il lui conseilla de se cacher plutôt dans la petite ville d’Ilye (gouvernorat de Vilna). Là, un tailleur juif qui cousait des uniformes pour les bureaucrates polonais entendit des clients parler du fugitif et soupçonna que l’étranger dans la synagogue pouvait être lui. Plus tard, le fils de ce tailleur, qui aimait déranger les hommes qui étudiaient dans la synagogue, fut sévèrement réprimandé par Potocki. Certains disent que Potocki attrapa le garçon par l’oreille et le traîna jusqu’à la porte. Le tailleur le dénonça à l’évêque de Vilna et Potocki fut arrêté.

Les parents de Potocki lui rendirent visite en prison et le supplièrent de renoncer publiquement à son judaïsme, promettant de lui construire un château où il pourrait pratiquer sa religion en privé. Selon Rabbi Ben-Zion Alfes, le Maggid de Vilna, Potocki repoussa les prières de sa mère, en disant: « Je vous aime tendrement, mais j’aime encore plus la vérité ».

Après un long emprisonnement et un procès pour hérésie, Potocki fut condamné à être brûlé vif sur le bûcher. Après que le décret eut été rendu, le Gaon de Vilna envoya à Potocki un message offrant de le sauver en utilisant la Kabbale. Potocki refusa, préférant mourir « al kiddoush Hashem » et demanda au Gaon de Vilna quelle bénédiction il devait dire immédiatement avant sa mort. Le Gaon de Vilna répondit: « … M’kadesh es Shimcha be’rabbim » (Qui sanctifie Son nom en public) et envoya un émissaire pour l’entendre et répondre « Amen ». Sa mère usa de toute son influence pour lui obtenir un pardon, mais l’exécution fut avancée d’un jour afin qu’il ne puisse pas être délivré à temps.

Potocki fut exécuté à Vilna le deuxième jour de la fête juive de Chavouot. Il était dangereux pour tout Juif d’être témoin de l’exécution. Néanmoins, un juif, Leiser Zhiskes, qui n’avait pas de barbe, se rendit au milieu de la foule et réussit, en graissant la patte, à obtenir un peu des cendres du martyr, qui furent enterrées plus tard dans le cimetière juif.
Potocki marcha fièrement vers le site d’exécution, entonnant une chant qui fut plus tard chanté dans la yeshiva de Volozhin et également par Rabbi Isser Zalman Meltzer après Yom Kippour.
Selon certaines sources, le rabbin Alexandre Ziskind, auteur de Yesod VeShoresh HaAvodah, se tint près de Potocki et dit « Amen » à la bénédiction qu’il prononça avant sa mort.

Après l’exécution de Potocki, la ville qui avait fourni le bois de chauffage pour l’exécution brûla. Il y eut également un nombre inhabituel d’incendies à Vilna, et un bâtiment qui se trouvait en face du site d’exécution portait une tache noire provenant de la « fumée et les vapeurs de la combustion ». Aucune quantité de peinture ou de chaux ne parvenait à éliminer la tache, et finalement le bâtiment fut démoli.
Les autorités ne permirent pas qu’un monument soit érigé au-dessus des cendres de Potocki, mais un « arbre étrange » grandit sur le site. Ceux qui essayaient de couper l’arbre se blessaient mystérieusement.
Vers 1919, une tombe fut érigée sur les cendres et les Juifs vinrent y prier. Après la destruction du vieux cimetière de Vilna par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, un nouveau cimetière fut construit et le Gaon de Vilna fut enterré dans un nouvel « ohel ». Les cendres de Potocki furent ré-enterrées le long de la tombe du Gaon de Vilna, et un mémorial en pierre avec une inscription fut érigé sur le mur de l’ohel.

Zaremba, le compagnon de Potocki, retourna en Pologne plusieurs années avant lui, épousa la fille d’un grand seigneur et eut un fils. Il resta fidèle à sa promesse d’embrasser le judaïsme et emmena sa femme et son enfant à Amsterdam, où, après que son fils et lui aient été circoncis, sa femme se convertit aussi au judaïsme. Ils partirent ensuite en Terre d’Israël.

Selon la tradition juive, à la suite de la mort d’Avraham ben Avraham, le Gaon de Vilna crut que la constitution spirituelle du monde avait été modifiée de telle sorte qu’un Juif n’était plus obligé de se laver les mains le matin (netilat yadayim) à moins de quatre coudées de son lit, tel que cela est enseigné explicitement dans les codes de loi juive comme le Shulchan Aruch et d’autres travaux halakhiques. Au contraire, la maison entière d’un Juif serait considérée comme faisant quatre coudées pour cette mitsva.
Cette coutume, commencée à la mort d’Avraham ben Avraham, débuta avec le Vilna Gaon et devint plus tard la pratique de la yeshiva Slabodka en Europe, et est adoptée aujourd’hui par de nombreux rabbins israéliens importants qui suivent la tradition Slabodka.

Retour de Tchequie

La recette du Jeudi de Jean Zilberman |Retour de Tchéquie

Je viens tout juste de débarquer de l’avion avec un peu de retard mais pas trop. Je suis passé entre deux grèves et un orage avec grêle.
J’ai ramené de mon voyage des légumes qu’on ne trouve plus en France ni même Rue des Rosiers.

Un ami Pierre Housieaux qui me connait bien m’a offert 3 choses inestimables : 

– Une racine de raifort : je vais la râper et peut être que je la métrai dans une salade ou bien en accompagnement d’une viande. La racine de raifort figure traditionnellement sur le plateau du Seder pour la Pâque.
– Du persil racine (petrźel en Tchèque, Pietruszka en Polonais)
C’est un accompagnement magnifique dans un pot au feu mais on peut aussi le cuire avec des pommes de terre et faire une purée. Mais je crois que je vais le manger tout cru pour en profiter au maximum
– Un pot de POVIDLA en Yiddish on disait POVIDL. Ce sont des prunes qu’on fait cuire au moins trois heures sans sucre ni eau et un peu de cannelle et quelques clous de girofle à feu très très doux. On peut faire la même chose avec d’autres fruits : des pommes par exemple.
C’est un dessert traditionnel pour Rosh Hashana et pour garnir les Oreilles d’Hamann.
Je sais que Haïm Nachman Bialik en a fait un poème mais je n’ai pas retrouvé la référence.
Et aussi j’ai mangé une chose pas mauvaise : un bouillon de bœuf avec des kneidelechs de foies de volaille et on m’a parlé de carpe frite.
Mais vous aussi si vous allez dans les pays du YiddishLand vous aurez des choses à ramener.
Nous n’étions pas à Prague mais dans un petit Shtetl,à Kovařov, je n’ai pas retrouvé de trace de la synagogue mais comme dans tous les villages de Tchéquie le cimetière Juif est toujours là mais loin à l’écart de la ville ou même comme à Kovařov carrément caché dans les bois. Mais bien indiqué.

En Tchéquie tout les matin petit dèj consistant avec pain, beurre, fromage, et des œufs mais surtout j’ai retrouvé le Yayèschnitsè (michana vayitshka en Tchèque ou Jajecznica en Polonais) de mon enfance. C’est les œufs brouillés comme on les fait en Pologne. On casse les œufs dans la poêle , on attend qqs secondes et on brouille avec une fourchette. C’est tout a fait différent des œufs brouillés à la Française : dans une casserole on casse des œufs, on ajoute une bonne cuiller de crème fraiche et on cuit doucement en touillant avec un petit fouet . On arrête la cuisson dés que ça commence à prendre.

C’est pas mal non plus!