Ephéméride |Clément VI [7 mai]

Des médecins juifs brûlés vifs pendant la peste noire. Détail d'une gravure illustrant "L'histoire du monde" par le médecin allemand Hartmann Schedel en 1493
Des médecins juifs brûlés vifs pendant la peste noire. Détail d’une gravure illustrant « L’histoire du monde » par le médecin allemand Hartmann Schedel en 1493

7 mai 1342

Pierre Roger devient pape sous le nom de Clément VI. Il s’opposa aux persécutions des Juifs consécutives à la Peste Noire.

La Peste Noire ravagea l’Europe à partir de 1348, tuant entre 30 et 60% de la population européenne (environ 25-50 millions de morts).
Dans les descriptions de la catastrophe est en général peu évoqué que ce fut aussi l’occasion de pogroms horribles au cours desquels un grand nombre de Juifs furent massacrés. Même quand des documents existent, il est impossible de déterminer quel pourcentage de Juifs sont morts victimes de la peste, et combien sont morts dans les persécutions et les pogroms.

Des Juifs furent torturés pour la première fois pour avoir répandu la peste noire en septembre 1348, au château de Chillon sur le lac Léman. Les « aveux » indiquent que leurs accusateurs voulaient prouver que les Juifs avaient entrepris d’empoisonner les puits et la nourriture « de manière à tuer et détruire toute la Chrétienté ». La maladie aurait été propagée par un Juif de Savoie. Il aurait reçu l’ordre de le faire d’un rabbin qui lui aurait dit:

« Voyez, je vous donne un petit paquet, d’une demi-envergure, qui contient une préparation de poison de venin dans un étroit sac de cuir cousu. C’est ce que vous devez distribuer entre les puits, les citernes et les sources autour de Venise et des autres lieux où vous allez, afin d’empoisonner les gens qui utilisent l’eau. … « 

Le 3 octobre 1348, lors du résumé du procès, une allégation motivant la destruction totale de la communauté juive fut avancée; il était affirmé que « avant leur mort, ils avaient juré sur leur Loi qu’il était vrai que tous les Juifs, à partir de sept ans, ne pouvaient pas s’exonérer de ce (crime), puisque tous dans leur totalité étaient conscients et coupables du actions ci-dessus: « 

Ces « aveux » furent envoyés dans différentes villes d’Allemagne. L’accusation que les Juifs avaient empoisonné les puits se répandit comme une traînée de poudre, attisée par l’atmosphère générale de terreur. Les patriciens de Strasbourg tentèrent de défendre les Juifs lors d’une réunion des représentants des villes alsaciennes à Benfeld, mais la majorité rejeta leur plaidoyer, arguant:

« Si vous n’avez pas peur de l’empoisonnement, pourquoi avez-vous vous-même couvert et gardé vos puits? »

La diffamation, les meurtres et les expulsions se répandirent dans toute l’Espagne chrétienne, la France et l’Allemagne, en Pologne-Lituanie, affectant environ 300 communautés juives.

Le 26 septembre 1348, le pape Clément VI publia une bulle en Avignon, « Quamvis Perfidiam », dénonçant cette allégation, déclarant que « certains chrétiens, séduits par ce menteur, le diable, imputent la peste à l’empoisonnement par les Juifs ». Le massacre des Juifs en conséquence était décrit par le pape comme « une chose horrible ». Il essaya de convaincre les chrétiens que « puisque cette peste est partout et universelle partout, et par un mystérieux décret de Dieu a affligé, et continue à affliger, les Juifs et beaucoup d’autres nations dans les diverses régions de la terre à qui une existence commune avec Juifs est inconnue (l’accusation) que les Juifs ont fourni la cause ou l’occasion pour un tel crime est sans plausibilité. « 

Les empereurs Charles IV et Pierre IV d’Aragon essayèrent également de protéger les Juifs de l’accusation. Le médecin Konrad de Megenberg dans son Buch der Natur a déclaré:

« Mais je sais qu’il y avait plus de Juifs à Vienne que dans aucune autre ville allemande qui m’est familière , et tant d’entre eux sont morts de la peste qu’ils ont été obligés d’agrandir leur cimetière. S’ils l’avaient fait [empoisonner les puits], cela aurait été une folie de leur part.

Cependant, tous ces appels à la raison furent inefficaces. Les massacres des Juifs continuèrent, et les biens juifs furent confisqués.

Malgré sa politique de protection des juifs, l’empereur Charles IV accorda formellement le pardon aux bourgeois de Cheb (Eger) en Bohême pour les meurtres et les vols qu’ils avaient commis parmi la population juive. Ce faisant, il déclara:
« Le pardon est (accordé) pour toute transgression impliquant le meurtre et la destruction de Juifs qui a été commis sans la connaissance positive des principaux citoyens, ou dans leur ignorance, ou de toute autre manière. »

A cette époque, presque tout le monde avait compris que l’accusation selon laquelle les Juifs avaient répandu la peste était fausse.

Mayence avait été le site des massacres pendant les croisades. Maintenant, les massacres étaient de retour. Pour éviter la torture, les Juifs incendièrent leurs maisons et les rues juives. Environ 6 000 Juifs périrent dans les flammes. Cela se produisit également à Francfort-sur-le-Main. A Strasbourg, 2 000 Juifs furent brûlés sur un bûcher dans le cimetière juif.

Le libelle d’empoisonnement de puits s’ajouta au répertoire de la tradition antisémite. Comme pour les croisades, les conséquences des massacres de la Peste noire ne firent qu’augmenter la véhémence de l’antisémitisme. De nombreux Juifs émigrèrent en Pologne et en Lituanie, d’autres restèrent en Europe centrale et reconstruisirent leurs communautés avec entêtement.