2 mai 1924

Naissance à Vienne de Theodore Bikel, inoubliable Tevye… entre autres mille.

Theodore Bikel, décédé le 21 juillet 2015, à l’âge de 91 ans, était un acteur américain qui a rarement connu une journée chômée pendant plus de 60 ans. En plus de ses nombreux rôles à Broadway, au cinéma et à la télévision, il a chanté sur scène, s’est fait un nom comme chanteur folk et fut un activiste politique engagé dans le mouvement des droits civiques, la politique démocrate et les causes juives.

Sur scène, Bikel fut le partenaire de Vivien Leigh dans le rôle d’un admirateur maladroit de Blanche DuBois dans la production originale d’ « Un tramway nommé désir » à Londres, et en 1959, il créa le rôle du Baron von Trapp dans « The Sound of Music » (La mélodie du bonheur) à Broadway. Bikel était déjà un chanteur folk recdonnu et Rodgers et Hammerstein, les auteurs de la comédie musicale, écrivirent la chanson ‘Edelweiss » spécialement pour lui de pertmettre de chanter en s’accompagnant à la guitare. La production se maintint jusqu’en 1963, et valu à Bikel une nomination aux Tony Awards.

Mais son plus grand succès sur la scène fut son incarnation de Tevye le laitier dans « Fiddler on the Roof » (Un violon sur le toit), un rôle qu’il joua plus de 2100 fois en 42 ans (plus de fois même que Chaim Topol, qui joua dans le film), moins cependant que Zerto Mostel, le créateur du rôle à Broadway.

Évitant les cabotinages de Zero Mostel, son Tevye plus sobre était considéré comme plus fidèle aux récits de Sholem Aleichem sur la vie juive en Europe de l’Est sur lesquels la comédie musicale était basée. Pour son interprétation, Bikel s’inspira de son propre grand-père, un homme qu’il décrivit comme « observant, pieux, irrévérencieux, contradictoire, irascible. Il ne se contentait pas simplement de parler à Dieu. Parfois, il allait un peu plus loin et cessait de lui parler. »

La carrière de Bikel au cinéma débuta avec Humphrey Bogart et Katharine Hepburn comme locomotives, dans l’inoubliable « African Queen » (1951), et se poursuivit dans environ 35 rôles, dont: « The Defiant Ones » (La chaîne) (1956), pour lequel Bikel fut nominé aux Oscars pour sa performance dans le rôle d’un shérif du Sud pourchassant les condamnés évadés Sidney Poitier et Tony Curtis; « My Fair Lady » (1964), dans lequel il jouait Zoltan Karpathy le pompeux expert en phonétique hongrois; et une série de drames sous-marins – comme officier de sous-marin dans « The Enemy Below » (Torpilles sous l’Atlantique), avec Robert Mitchum et Curd Jurgens, (1957) et comme capitaine russe dans « The Russians Are Coming », (les Russes arrivent) (1966). « J’ai eu beaucoup de postes dans les marines de diverses nations », rappelait Bikel.

À la télévision, Bikel apparut dans des épisodes de « The Twilight Zone » (La quatrième dimension), « All in the Family » et « Hawaii Five-O », à « Mission Impossible », « Law & Order » (New-York, police judiciaire) et « Star Trek: The Next Generation », remportant un Emmy Award en 1988.
Sur la scène lyrique il est apparu à la fois dans des rôles chantés et parlés dans « La Gazza Ladra » de Rossini (1989); « L’enlèvement au sérail (1992); « Ariadne auf Naxos » (1992); et « Die Fledermaus », (1998).

Comme chanteur folk, il enregistra 37 albums en 21 langues différentes, pse produisit au Carnegie Hall de New-York et, en 1961, cofonda le Newport Folk Festival avec Pete Seeger et d’autres musiciens.

« Ce que je ne fais pas bien, je ne le fais pas », assurait Bikel, mais la catégorie
de ce qu’il ne faisait pas bien était limitée. Comme l’a observé un critique, avec un certain sentiment de frustration, « essayer de résumer la carrière de Théodore Bikel dans un article de journal, c’est un peu comme essayer d’écrire un résumé complet du dictionnaire ».

Theodore Meir Bikel naquit à Vienne le 2 mai 1924, et reçut son prénom en l’honneur de Theodor Herzl. Il grandit dans un appartement situé au deuxième étage de la Mariahilfer Strasse de Vienne, où son père, un représentant en assurances, lui lisait souvent les histoires de Tevye dans la collection familiale en 20 volumes des oeuvres de Sholem Aleichem.

Bikel se souvenait comment, en mars 1938, alors qu’il avait 13 ans, il vit par la fenêtre un grand défilé de canons, de chars et de soldats qui avançait dans la rue, acclamé par des foules de Viennois, suivi par Adolf Hitler, saluant ses adorateurs depuis sa limousine ouverte.
Très vite, la famille s’enfuit en Palestine, alors sous mandat britannique, où son père devint directeur du service de santé publique. Bikel passa la majeure partie de son adolescence dans un kibboutz, avant de rejoindre le principal théâtre de la communauté juive, « Habimah », où il fit ses débuts professionnels à l’âge de 20 ans comme gendarme tsariste dans une production en hébreu des histoires de Tevye. La même année, il co-fonda le Théâtre de chambre d’Israël.

En 1946, il se rendit à Londres pour étudier à Rada, où il fut repéré par Michael Redgrave qui le signala à Laurence Olivier comme un candidat prometteur pour le casting de la première britannique d' »Un tramway nommé désir » en 1949. Il avait un petit rôle de copain de poker de Stanley Kowalski, mais il apprit aussi beaucoup comme doublure de l’acteur qui jouait Mitch, prenant la relève quand la production partit en tournée.

Bikel joua ensuite dans la pièce de Peter Ustinov, « The Love of Four Colonels » (L’amour des quatre colonels). Le réalisateur John Huston était dans la salle un soir, et l’aborda après le spectacle. « Il m’a appelé et m’a dit: » Laissez-moi vous poser une question? Pourriez-vous faire un accent allemand? « , se souvint Bikel. « J’ai dit: » Est-ce que je peux faire un accent allemand? Je pense que je pourrais mfaire bien plus d’un seul accent allemand. » Il dit, ‘OK. Présentez-vous au rapport lundi prochain.' »

Bikel joua le rôle du capitaine de la canonnière allemande dans « The African Queen » et se souvint avoir reçu un aperçu fascinant de l’art de mémoriser les dialogues de Humphrey Bogart: « Il y avait une remorque pour le maquillage. Je me suis assis sur ma chaise et Bogie s’est assis à côté de moi. Et pendant qu’ils faisaient tout ce qu’ils y avait à faire sur son visage … le superviseur du script était assis à côté de Bogart, et il marmonnait ses répliques alors que le superviseur donnait les répliques des autres personnes. Et Bogie … était en quelque sorte en train de parcourir le texte très vaguement et au hasard et sans aucune inflexion. J’écoutais ça, et 20 minutes plus tard, sur le plateau, il donnait une performance plein pot. »

Bien qu’il ait fait des apparitions dans de nombreux films, Bikel n’obtint jamais de rôles principaux, peut-être parce que, après « The African Queen », il accepta le rôle du Baron von Trapp. Puis, en 1967, son ami Harry Belafonte l’invita à venir jouer Tevye dans une version tronquée du « Fiddler » au Caesar’s Palace de Las Vegas. Il joua également joué dans les productions de Broadway de « Zorba le Grec », de « l’Opéra de Quat’Sous », de « L’alouette » de Jean Anouilh, de « Ce soir à Samarkand » et de « The Rope Dancers », pour lequel il fut nominé aux Tony Awards.

Bikel fut un fervent défenseur de l’État d’Israël et partisan des causes juives. Il fit notamment une campagne acharnée contre Vanessa Redgrave, dont le père avait pourtant aidé son début de carrière, après qu’elle eût financé et été la narratrice dans un documentaire qui préconisait le renversement d’Israël par les armes. Son attitude n’était pas pour autant dénuée de critiques envers Israël, s’opposant constamment à sa politique d’encouragement à la construction de colonies sur les terres occupées.

Parmi ses diverses activités politiques, il fut un délégué « réformiste démocrate » à la Convention nationale démocrate de 1968 à Chicago où il participa à des manifestations contre la guerre du Vietnam à l’intérieur et à l’extérieur de la salle des congrès.

Après avoir pris sa retraite du rôle de Tevye, il joua dans un one man show qu’il avait lui-même écrit, « Sholem Aleichem: le rire à travers les larmes », continuant à se produire jusqu’à peu de temps avant sa mort.

Cette semaine Radio Yiddish Pour Tous lui rend hommage dans son « Concert de la semaine ». Connectez-vous!