Ephéméride |Les « Lois de Mai » [15 Mai]

15 mai 1882

Le gouvernement tsariste adopte les lois anti-juives connues sous le nom de « Lois de Mai ».

Le 15 mai 1882, le Conseil des ministres russe – avec l’approbation du tsar, Alexandre III – promulgua une série de lois visant à restreindre la liberté des Juifs vivant dans la Zone de Résidence.

Accompagnées de pogroms et prolongées par un certain nombre de restrictions supplémentaires dans les années qui suivirent, les « lois de mai », comme on les appelait, jouèrent un grand rôle en poussant quelque deux millions de Juifs à quitter l’Empire russe entre 1881 et 1914.

Le 13 mars 1881, le tsar Alexandre II avait été assassiné par des révolutionnaires russes. Son fils lui succéda, sous le nom d’Alexandre III. Le fils inversa plusieurs des politiques réformistes de son père, y compris des mesures qui avaient annulé ou allégé certaines des restrictions sur les Juifs de l’empire.

En même temps, des pogroms – des troubles violents dirigés contre les communautés juives – éclatèrent dans tout le sud de la Russie, apparemment avec le consentement du gouvernement. Même les révolutionnaires socialistes et anarchistes soutenaient les pogroms, car ils espéraient qu’ils susciteraient un soulèvement général.

Une commission nommée par Alexandre III pour enquêter sur les causes de la violence contre les Juifs conclut qu’ils avaient été amenés par leur «exploitation» de la société russe. La réponse appropriée était de remettre les Juifs à leur place.

Sous Alexandre II, les catégories de Juifs qui avaient été autorisés à résider en dehors de la Zone de Résidence avaient été élargies, leur droit d’acheter des terres et d’occuper des postes officiels à l’intérieur de la Zone avait été affirmé et l’accès aux universités et professions avaient été assoupli, résultant dans une meilleure intégration des Juifs dans la société en général. Les lois de mai étaient destinées à mettre fin à tout cela.

Les lois du 15 mai stipulaient que les Juifs ne pouvaient vivre qu’à l’intérieur des «villes et bourgs» (par opposition aux villages ou à la campagne) de la Zone de Résidence qui avait été établie 90 ans plus tôt dans la partie occidentale de l’empire.

Tous les Juifs vivant dans les villages dûrent se réinstaller dans les villes. Ils ne pouvaient pas non plus recevoir d’hypothèques, détenir des baux ou gérer des terres à l’extérieur des villes. Et ils étaient empêchés de faire fonctionner des entreprises le dimanche ou les jours fériés chrétiens.

Les lois de mai furent rédigées comme des mesures temporaires, mais en fait, elles sont restées en vigueur jusqu’à la Révolution russe en 1917. Non seulement cela, mais dans les années qui suivirent 1882, un certain nombre de lois supplémentaires dans l’esprit des lois de mai furent mises en oeuvre.

Elles imposaient des quotas de plus en plus stricts sur le nombre de Juifs qui pouvaient étudier dans les lycées et les universités. Les quotas devinrent si sévères qu’il y avait beaucoup de villes dans la Zone où les salles de classe étaient à moitié vides. Aucun Juif supplémentaire n’était admis, mais aucun candidat non-juif ne prenait sa place.

Des limites furent imposées au nombre de Juifs qui pouvaient travailler comme médecins et avocats, et les Juifs furent expulsés des emplois gouvernementaux.

Bien que l’on ne sache pas si Konstantin Pobedonostsev, le haut fonctionnaire du gouvernement réactionnaire qui supervisait l’Église orthodoxe russe, fit effectivement en 1884 la déclaration qui lui a souvent été attribuée, selon laquelle l’objectif était de voir « un tiers des Juifs se convertir, un tiers mourir, un tiers fuir le pays », mais elle reflète certainement ce que fut l’attitude du gouvernement du tsar.

Pensez-y, la prochaine fois que vous franchirez le superbe pont que la République française dédia au Tsar Alexandre III.