Ephéméride |Conrad II [4 Juin]

4 juin 1039

Décès de Conrad II, empereur du Saint-Empire Romain Germanique. C’est sous son règne (1027-1039) que fut érigée en 1034, la synagogue de Worms, une des plus anciennes d’Allemagne.

Worms est l’une des plus anciennes villes allemandes, datant de l’Antiquité.
À l’époque romaine, elle occupait une position stratégique sur le Rhin supérieur et devint plus tard un centre commercial prospère. Au Moyen Âge, la ville était libre et autonome, et depuis Charlemagne, elle fut utilisée à plusieurs reprises comme résidence officielle de l’Empereur et fut au centre de nombreux événements historiques importants. Au 14ème siècle, la ville comptait déjà 20 000 habitants (beaucoup plus que Francfort).

Pendant plusieurs centaines d’années, la ville, et en particulier les Juifs, fut dirigée par l’évêque local. Jusqu’aux 16e et 17e siècles, la ville conserva son statut de ville libre et indépendante et faisait partie de la Principauté du Palatinat. À la fin du 18ème siècle, la rive gauche du Rhin fut conquise par les armées françaises et le resta pendant presque 20 ans. Plus tard, Worms fut intégrée à la Hesse.

Les débuts de la communauté juive de Worms, la plus ancienne des communautés juives d’Allemagne, sont cachés dans les brumes de l’histoire. Il y a des preuves archéologiques qui montrent que des Juifs résidaient à Worms dès l’époque romaine, comme dans beaucoup d’autres endroits le long du Rhin.
Plus tard, plusieurs légendes furent tissées concernant son établissement, selon lesquelles – les fondateurs de la communauté juive furent amenés de Jérusalem par le commandant romain, ou qu’il y avait même une communauté juive dès l’époque de la destruction du Premier Temple (586 avant notre ère), et sur l’injonction du Grand Prêtre de retourner en Terre Sainte, ils répondirent que Worms était pour eux « … notre petite Jérusalem » et la synagogue de leur communauté, leur Temple. Une autre légende racontait que les Juifs de Worms étaient les seuls Juifs de la diaspora qui avaient protesté contre la crucifixion de Jésus, et c’est pour cette raison qu’ils furent plus tard moins persécutés que leurs frères.

Dans un document datant de l’an 960, les Juifs sont mentionnés pour la première fois comme résidents de Worms et de Mayence et comme prèteurs d’argent à une foire de Cologne.
Au 11ème siècle, le nombre de Juifs augmenta de manière significative, tout comme leur influence.
De nombreux juifs accumulèrent des richesses sous diverses formes et marquèrent la vie commerciale de la ville et de la région en général.
En reconnaissance de l’aide que les Juifs lui avaient apporté pour la conquête du trône, l’empereur Henri IV, l’ancien roi de Worms, accorda, en l’an 1074, « … aux Juifs et aux autres citoyens de Worms », un privilège qui les exemptait du paiement des taxes – un document qui créa un précédent utilisé comme exemple pour d’autres privilèges accordés à diverses autres villes.
Un privilège supplémentaire accordé par Henri aux Juifs de Worms, à la tête desquels se trouvait le chef de la communauté, Salman, leur promettait la liberté religieuse, le droit de mener leurs propres affaires législatives intracommunautaires et un privilège ultérieur leur permettait d’invoquer leurs propres lois dans les disputes et jugements entre eux et chrétiens, leur octroyait le droit de détenir des biens immobiliers, de circuler librement dans tout l’Empire, de contracter des prêts à intérêt, de commercer (y compris la vente de médicaments et de vin aux chrétiens) et d’employer des serviteurs chrétiens. Il était interdit aux chrétiens de leur faire du mal, de porter atteinte à leurs droits ou de les forcer à violer leurs lois religieuses.

La communauté juive de Worms connut, à partir des XIe et XIIIe siècles, une épanouissement spirituel sans précédent et attira à elle des savants remarquables, grâce auxquels Worms devint le centre spirituel de toute la communauté juive européenne. Attenant à la synagogue, construite en 1034 grâce à la générosité de Ya’acov Ben David et de sa femme Rachel, s’éleva une Yeshiva renommée, dirigée par les plus grands érudits de la génération et qui produisit des érudits de renommée mondiale, parmi lesquels Rashi.

Dans l’ancien cimetière d’Am Judensand, à côté de l’enceinte de la ville, sont enterrés quelques-uns des Juifs les plus renommés de Worms et de la haute-vallée du Rhin, parmi lesquels le Mahram (Rabbi Meir Ben Baruch de Rothenburg 1220-1293), né à Worms.
En 1286, le Rabbin – le premier grand rabbin des Juifs du Saint Empire romain – partit en Terre Sainte, accompagné d’une grande suite, avec l’intention de s’y installer. Il fut capturé et retenu contre rançon, mais il interdit à ses disciples de le racheter et passa le reste de sa vie emprisonné dans une tour à Eguisheim, près de Colmar.
En 1307, Alexander Ben Shlomo Wimpfen de Francfort racheta les os du Rabbin en échange de tous ses biens, et les amena à Worms pour y être enterrés. A sa propre mort, cette même année, il fut enseveli aux côtés du Rabbin.

Le Maharil de Mayence – Rabbi Yehudah Leib, mourut également à Worms (1427). De nombreuses légendes existent sur la sainteté du cimetière de Worms.

En 1150, le Congrès des rabbins de la région du Rhin reconnut officiellement les communautés combinées de Spire, Worms et Mayence comme assurant la direction spirituelle des Juifs allemands, et à partir de 1220, les congrès réguliers des rabbins eurent lieu alternativement dans ces trois villes. Les rabbins rendaient leurs décisions religieuses et leurs interprétations sur toutes les questions relatives à la conduite quotidienne des Juif, pour l’ensemble de la communauté juive européenne.

Au sommet de sa splendeur spirituelle (jusqu’au milieu du 14ème siècle), la communauté de Worms et sa Yeshiva, était le centre d’activités le plus célèbre pour les Juifs d’Allemagne.
Au milieu du 11ème siècle, le rabbin Meyer ben Yitzhak, le chantre de Worms, effectua une révision de l’ordre des prières, et de la liturgie poétique, qui fut largement acceptée dans beaucoup d’autres communautés.
Ya’acov ben Yakir de Mayence (d.1064), parmi les célèbres interprètes légalistes des écrits sacrés, passa les derniers jours de sa vie à la tête de la Yeshiva de Worms. Rachi l’appelait «Mon Saint Maître» et l’a cité abondamment dans ses propres écrits et commentaires.

Au cours de la première croisade, de nombreux membres de la communauté juive tentèrent d’échapper aux massacres et trouvèrent refuge dans le palais épiscopal sous la menace des Croisés, qui attaquaient les Juifs qui vivaient dans la région du Rhin, tandis que les autres restèrent cachés dans leurs maisons.
Ils déposèrent tout leur argent et leurs objets de valeur auprès de citoyens respectés qui leur avaient promis protection.
Néanmoins, les Croisés avaient beaucoup d’influence sur les gens du peuple et la rumeur que les Juifs avaient empoisonné les puits d’eau donna des ailes aux persécuteurs.
Le 18 mai 1096, les Croisés envahirent la « Rue des Juifs ». À l’exception de quelques Juifs qui décidèrent de mettre fin à leurs propres vies, et de quelques autres qui renoncèrent à leur religion, ils furent massacrés jusqu’au dernier.
Pendant huit jours, les émeutiers pillèrent et détruisirent les maisons des Juifs et leurs biens, et dépouillèrent même les cadavres de leurs vêtements, traînant les corps nus dans les rues, tandis que les dignes citoyens de Worms regardaient sans rien faire.
Le 25 mai, un autre groupe de croisés arriva qui, avec quelques-uns des habitants, partirent à la recherche des Juifs qui avaient trouvé refuge dans le palais de l’évêque et malgré une résistance vaillante, ils furent tous égorgés.
Le nombre de victimes est estimé à 800 âmes, parmi lesquelles des érudits de la Yeshiva venus de l’étranger à Worms. En quelques jours, la communauté fut presque entièrement détruite.

Rabbi Shlomo ben Shimon a laissé un récit des événements:

« Et le 23 jour d’Iyar, la communauté de Worms s’est divisée en deux, une partie d’entre eux restant dans leurs maisons, tandis que l’autre chercha le sanctuaire du palais de l’évêque. Et ils tombèrent comme des coyotes sur ceux qui étaient restés dans leurs maisons, volant tout le monde – homme et femme et enfant, jeunes et anciens, renversant les escaliers, détruisant des maisons, pillant et violant.
Et ils prirent le Rouleau de la Torah, le piétinant dans la boue, le déchirant et le brûlant, et ils dévorèrent complètement les Enfants d’Israël sans retenue.
Et c’est le septième jour du mois de Sivan … qu’ils agressèrent et terrorisèrent ceux qui étaient restés en sécurité à la Cour de l’évêque, tombant sur eux comme l’avait fait les premiers, les passant par l’épée.
Et ils trouvèrent de la force dans les actions de leurs frères et furent tués en sanctifiant le nom de Dieu, en tendant même le cou pour recevoir l’épée des meurtriers, au nom de leur Créateur.
Et parmi ceux qui mirent fin à leurs propres vies, les mères et les pères tombèrent d’abord sur leurs enfants, le frère sur le frère et ils furent massacrés dans un terrible massacre, père sur fils, gendre sur fiancée, et mère miséricordieuse sur ses enfants chéris.
Tous, avec un cœur tranquille, reçurent le jugement du ciel avec une parfaite compréhension et une sérénité sublime, et comme leurs âmes revenaient à Celui qui les avait données, n les entendit crier: « Ecoute, Israël! Le Seigneur notre Dieu, l’Unique! »
Et l’ennemi dépouilla les corps de leurs vêtements et les traîna autour et autour, sans en épargner un seul de leur violence et ils les jetèrent dans leurs eaux puantes. Et il y eut, au cours de ces deux jours de meurtre, huit cents âmes expédiées, et toutes furent jetées dans la tombe, nues et sans rite … « 

En 1097, Henri IV revint de sa croisade et promulgua une loi stipulant de lourdes peines pour tous ceux qui agressaient un Juif. Ceux qui avaient été convertis de force retournèrent à leur foi et reconstruisirent la communauté qui prospéra au début du 12ème siècle. En 1112, le fils et l’héritier de Henri renouvela le privilège de 1074.

La communauté juive traversa les siècles, les temps de prospérité et les temps de malheur jusqu’à l’arrivée des Nazis.
Lors du recensement de juin 1933, Worms comptait 1054 Juifs selon la définition nazie.
Le 21 mars 1945, Worms tomba aux mains des forces américaines. Il ne restait plus un seul Juif dans la ville qui avait un joyau de la vie juive au Moyen-Âge.

Après la guerre, le gouvernement fédéral finança la reconstruction de l’ancienne synagogue de Rachi. Elle fut consacrée en décembre 1961, en présence du chancelier Konrad Adenauer.
Les divers articles et documents conservés furent examinés et triés. Les documents des archives communautaires furent transférés aux «Archives centrales pour l’histoire de la nation juive» à Jérusalem.
Le Makhzor de Worms sur lequel se trouve la plus ancienne inscription connue en langue yiddish, fut transféré à la Bibliothèque nationale de l’Université hébraïque, tandis que les objets religieux brûlés et partiellement détruits et d’autres furent transféré aux archives municipales et à la synagogue reconstruitez