3 juin 1895

Naissance à Pusztatúrpásztó (Hongrie) de Zoltan Kellner, plus connu sous le nom de Zoltan Korda, réalisateur, entre autres de « Les quatre plumes blanches » et « Sahara ».

Zoltan était le frère cadet de Sándor Kellner, qui adopta plus tard le nom d’Alexander Korda et devint un réalisateur et un producteur estimé. Au début de sa carrière, Zoltan changea également son nom de famille en Korda.

Après avoir servi dans l’armée austro-hongroise pendant la Première Guerre mondiale, il s’installe à Budapest et rejoint la société cinématographique d’Alexander comme rédacteur. Zoltan réalise également deux films pendant cette période. Quand Alexander déplace ses quartiers en Allemagne en 1923, Zoltan le suit et commence à travailler comme caméraman.
En 1927, il codirige « Die elf Teufel » (Les onze diables) et, quelques années plus tard, il écrit le scénario du film d’Alexander « Women Everywhere » (Le beau contrebandier) en 1930.

Les frères s’installent en Angleterre en 1932, et l’année suivante, Zoltan réalise « Cash » (titre américain, For Love or Money), une comédie avec Robert Donat et Wendy Barrie.
Il dirige ensuite le drame « Sanders of the River » (Bozambo)en 1935, avec en vedette Paul Robeson comme chef africain et Nina Mae McKinney dans le rôle de la reine.

Zoltan et son frère se disputent sur la manière dont le colonialisme est représenté dans le film, et Alexander, en tant que producteur, monte finalement le film de manière qu’il glorifie l’Empire britannique.
Robeson désavouera « Sanders of the River », mais c’est un succès populaire au box-office.
Zoltan co-dirige ensuite « Conquest of the Air » (1936), un docudrame sur l’histoire de l’aviation, et Elephant Boy (1937). Ce dernier film, qui comprend des images prises par le spécialiste du documentaire Robert J. Flaherty, rencontre un succès critique et commercial.
C’est aussi le premier de plusieurs longs métrages de Korda avec le jeune acteur indien Sabu.
« Drums » (Alerte aux Indes) de 1938, est le premier long métrage intégralement de Korda. C’est un conte de l’Empire britannique dans lequel Raymond Massey incarne avec bonheur le Prince maléfique Ghul.

En 1939, Korda réalise l’un de ses films les plus remarquables, « The Four Feathers » (Les quatre plumes blanches). L’histoire avait déjà été filmée deux fois, mais l’épopée de Korda est unanimement considérée comme la version définitive du roman d’A.E.W Mason.
Destiné à la carrière militaire, le jeune Harry Faversham renonce à s’engager pour rester auprès de sa fiancée. Ses camarades, expédiés au Soudan défendre l’Empire, le prennent pour un lâche, et chacun lui envoie une plume blanche, symbole de couardise. Bouleversé, Harry part incognito pour le Soudan, où, se faisant passer pour un indigène muet, il va sauver un à un ses camarades.
Ce film d’aventures est une merveille. Alexander Korda, le producteur, croit au Technicolor et n’hésite pas à utiliser le procédé en décors naturels. Le tournage a lieu au Soudan, malgré la chaleur écrasante qui oblige la production à faire venir chaque jour de Khartoum des camions de glace pour refroidir la pellicule. L’émotion culmine dans une scène quasi shakespearienne où le héros sauve l’un de ses ex-condisciples rendu aveugle par le soleil du désert…

Alors que la Seconde Guerre mondiale se profile à l’horizon, Zoltan et Alexander (et leur plus jeune frère, Vincent, un directeur artistique renommé) partent aux États-Unis.
Le premier film hollywoodien de Zoltan est le classique pour enfants, « Jungle Book », (Le livre de la jungle) de 1942, une adaptation de la collection de nouvelles de Rudyard Kipling.
Sabu est une incarnation idéale de Mowgli, un garçon indien élevé par des loups, menacé par le tigre Shere Khan, et protégé par la panthère noire Bagheera.
Bien que le film ait été un succès majeur, il sera plus tard éclipsé par le film de Disney de 1967.

« Sahara » (1943) est probablement le film le plus connu de Zoltan Korda, une aventure classique de la Seconde Guerre mondiale écrite par Korda et John Howard Lawson – qui paiera les sous-entendus socialistes du film lorsqu’il comparaîtra devant le Comité des activités anti-américaines du sénateur McCarthy quelques années plus tard. Humphrey Bogart y joue le rôle d’un sergent de chars qui se retrouve avec ses hommes derrière les lignes ennemies dans le désert libyen et parvient à piéger un bataillon nazi.

« Counter-Attack » (1945) est un autre récit de guerre, adapté d’une pièce soviétique par Lawson. Paul Muni et Marguerite Chapman incarnent des Russes pris au piège avec sept soldats nazis dans le sous-sol d’une usine; les deux groupes essaient d’obtenir des informations les uns des autres. Bien que moins efficace que Sahara, c’est encore un film puissant.

Korda dirige ensuite Gregory Peck dans « The Macomber Affair » (L’affaire Macomber) (1947). Francis et Margaret Macomber s’aventurent dans la brousse africaine pour un safari, sous la houlette d’un guide professionnel, Robert Wilson. Dès les premiers jours, Francis fait montre d’une telle lâcheté que Margaret le prend en horreur. Robert Wilson, en revanche, manifeste de belles qualités viriles qui lui valent d’attirer l’attention de Margaret. Drame tendu sur un triangle amoureux qui se termine par un meurtre. Bien qu’un certain nombre de changements aient été imposés pour satisfaire les censeurs, le film reste l’une des meilleures adaptations à l’écran d’une histoire d’Ernest Hemingway.

On peut également citer le film à suspense « A Woman’s Vengeance » (La vengeance d’une femme) de 1948, adapté par Aldous Huxley de son histoire « The Gioconda Smile », avec Charles Boyer. Henry Maurier, jeune veuf, se remarie rapidement à Doris. Janet Spence, une amie de longue date, jalouse et déçue du choix d’Henry, communique à la police des informations compromettantes mettant Henry en cause dans la mort de sa femme…

Après avoir passé près de 10 ans à Hollywood, Korda retourne en Angleterre pour tourner « Cry, the Beloved Country » (Pleure, pays bien-aimé) (1951), d’après le roman d’Alan Paton sur la tension raciale et la réconciliation en Afrique du Sud. Sidney Poitier, Canada Lee et Charles Carson sont les protagonistes de ce film tragique et puissant.

Le dernier film de Korda sera en 1955, « Storm over the Nile », un remake de « The Four Feathers », codirigé avec Terence Young. Bien qu’il recycle des images de la version de 1939, l’inclusion de Christopher Lee et de Laurence Harvey dans la distribution justifiera la nouvelle version.

Korda prend ensuite sa retraite en raison d’une longue maladie.
Il meurt six ans plus tard, le 13 octobre 1961 à Hollywood.