Ephéméride |Miklos Nyiszli [17 Juin]

7 juin 1901

Naissance à Szilágysomlyó (Transylvanie), de Miklos Nyiszli, l’assistant juif de Mengele à Auschwitz.

Miklos Nyiszli est né dans une famille juive hongroise vivant en Transylvanie avec une citoyenneté austro-hongroise. Après la Première Guerre mondiale et le Traité de Trianon (4 juin 1920), la Transylvanie fait officiellement partie de la Roumanie. Alors qu’il était né en Autriche-Hongrie, Nyiszli porte alors la nationalité roumaine.

Il étudie la médecine, d’abord à Cluj en 1920, puis à Kiel entre 1921 et 1924. En 1926, il s’inscrit à la faculté de médecine de l’Université silésienne Friedrich Wilhelm de Breslau, où il obtient son diplôme en 1929. En Allemagne, Nyiszli se spécialise en médecine légale; sa thèse de doctorat porte sur les indications des causes de décès dans les suicides.
Il étudie et travaille sous la direction de Karl Reuter, directeur de l’Institut de médecine légale Breslau, et Georg Strassmann, pathologiste et professeur de médecine légale à l’Université de Breslau.

En 1930, Nyiszli retourne en Transylvanie et commence à pratiquer dans la ville d’Oradea. Il s’établit rapidement comme médecin légiste, aidant souvent la police et les tribunaux à identifier les causes de décès inhabituelles ou contestées.
En 1937, il déménage avec sa femme et sa fille dans la région de Maramures, dans le nord de la Transylvanie, dans la petite ville de Viseul de Sus, où il ouvre un cabinet privé. Après l’arbitrage de Vienne d’août 1940, le nord de la Transylvanie est rendu à la Hongrie.

En 1942, Nyiszli est envoyé en camp de travail dans le village de Desze (Desesti), également à Maramures, d’où en mai 1944 sa famille et lui sont déportés en Allemagne.
Il travaille d’abord sur le chantier de construction de l’usine de caoutchouc synthétique construite par IG Farben dans la ville voisine de Monowitz (Auschwitz III); En juin 1944, la famille Nyiszli est transférée à Auschwitz II-Birkenau. A Auschwitz, il est tatoué de son numéro de camp: A 8450.

Ses études dans une prestigieuse université allemande avec des spécialistes respectés impressionnent le Dr Josef Mengele, le médecin SS, qui cherche un assistant. Il devient un médecin détenu juif et médecin légiste qui travaille en particulier pour Mengele dans le crématorium II à Auschwitz-Birkenau. Il y reste jusqu’en janvier 1945.

Après Auschwitz, viennent Mauthausen, Melk et Ebensee en Haute-Autriche. En juillet 1945, à son retour en Transylvanie, il effectue sa déposition devant la Commission de Budapest pour le bien-être des Juifs hongrois déportés. La femme et la fille de Nyiszli ont également survécu.

La famille s’installe de nouveau à Oradea, aujourd’hui en Roumanie, où Nyiszli ouvre un cabinet privé en 1946. ll termine ses mémoires, qu’il publie en 1946, sous forme de feuilleton dans le journal hongrois « Világ » (« Le Monde »), et en mars 1946 sous le titre « Dr Mengele boncolóorvosa voltam az Auschwitz-i [sic] krematóriumban » (traduit en français sous le titre « Medecin à Auschwitz: Souvenirs d’un Médecin Déporté).

Les mémoires du Dr. Miklos Nyiszli sont la première publication sur le sujet inconnu des prisonniers du Sonderkommando et apportent un éclairage nouveau sur le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau lors de sa première publication en mars 1946.
Pendant de nombreuses années, le livre de Nyiszli constitue également la seule source sur les « Sonderkommandos » et les « expériences médicales » menées par l’infâme médecin SS, Josef Mengele.

L’importance du livre n’a pas diminué malgré la présence de quelques erreurs factuelles, corrigées par les historiens dans de nouvelles éditions annotées. La perspective est unique en raison de la dualité des fonctions de l’auteur à Auschwitz-Birkenau: Nyiszli a travaillé simultanément comme pathologiste pour Mengele et comme médecin pour le personnel SS et les prisonniers du Sonderkommando.

Ses mémoires ont inspiré plus tard en partie les longs métrages « The Grey Zone » (2001) et « Le fils de Saul » (2015). Son personnage apparaît dans les deux films.

En tant que témoin important, Nyiszli se rend aux procès de Nuremberg et effectue, le 8 septembre 1947, sa déposition auprès de l’un des interrogateurs sur les essais médicaux, Benvenuto von Halle.

En 1948, il ne peut plus pratiquer la médecine privée.
Miklós Nyiszli meurt d’une crise cardiaque le 5 mai 1956 à Oradea, en Roumanie.

Voici deux extraits de la déposition du Dr Nyiszli, le 28 juillet 1945 à Budapest, auprès du « Comité d’État pour le bien-être des Juifs hongrois déportés ».

« Le Dr Mengele arriva après quelques heures et nous fit passer un autre examen oral d’environ une heure. Il nous confia ensuite notre première mission: il s’agissait de l’examen médical de personnes sélectionnées présentant une forme de développement anormal. Nous primes dles mensurations de ces personnes, puis l’Oberscharführer Mussfeld leur tira dans la tête avec un « Petit calibre », c’est-à-dire un calibre de 6 mm, après quoi nous reçûmes l’ordre de pratiquer une autopsie et de préparer un rapport détaillé. Par la suite, nous avons appliqué du chlorure de chaux sur les cadavres anormalement développés et envoyé les os soigneusement nettoyés et emballés à l’Institut d’Anthropologie de Berlin-Dahlem. Ces expériences furent répétées sporadiquement, jusqu’à ce qu’un jour à minuit les officiers SS nous réveillent et nous conduisent à la salle de dissection, où le Dr. Mengele nous attendait déjà. Dans l’atelier à côté de la salle d’autopsie, il y avait 14 jumeaux tsiganes sous garde SS, sanglotant amèrement.
Sans dire un mot, le Dr Mengele prépara une seringue de 10 cm3 et une de 5 cm3. D’une boîte il sortit de l’evipan, d’une autre il plaça du chloroforme dans des flacons de 20 cm3 sur une table. Puis le premier jumeau fut amené, une jeune fille d’environ 14 ans. Le Dr Mengele m’ordonna de la déshabiller et de la placer sur la table d’autopsie. Puis il administra une injection intraveineuse d’evipan dans son bras droit. Après que l’enfant eut perdu conscience, il toucha le ventricule cardiaque gauche et injecta 10 cm3 de chloroforme. L’enfant était mort après une seule convulsion et le Dr Mengele l’emmena à la morgue. L’assassinat de tous les 14 jumeaux se déroula de la même façon cette nuit-là. Le Dr Mengele nous demanda si nous pouvions effectuer 7 à 8 autopsies. A cela, nous répondîmes que pour effectuer un travail scientifique précis, nous pouvions disséquer en moyenne quatre cadavres par jour. Il accepta cela. Nous avons reçu des sujets pour nos autopsies scientifiques soit en provenance du camp, soit en provenance des transports récents. »

« En mai, juin et juillet, 3 à 4 transports hongrois quotidiens arrivèrent en moyenne à la « Judenrampe » d’Auschwitz. Les sélections étaient effectuées en équipes par le Dr Mengele et le Dr Thilo. La capacité de travailler était le seul critère de sélection et parfois très intrusive. Dans le cadre du processus de sélection, les transports nouvellement arrivés étaient divisés en deux groupes – l’un à droite, l’autre à gauche. Le côté droit signifiait la vie, le côté gauche le crématoire. En termes de pourcentage, 78-80% étaient envoyés à gauche: les enfants, les mères avec de jeunes enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes, les handicapés et les militaires infirmes. Au bout de quelques minutes, la foule à gauche commençait à se déplacer lentement vers la gauche, emportant leurs effets personnels. Les crématoires se trouvaient à environ 200 mètres de la « Judenrampe », et la foule d’environ 2000 personnes passait sous la porte des crématoires 1, 2, 3 ou 4 selon les ordres.
Au crématoire, ils descendaient 10-12 marches en béton et pénètraient dans une pièce souterraine vide d’une capacité de 2000 personnes. La première rangée s’arrêtait instinctivement à l’entrée, mais une fois qu’ils lisaient les panneaux « Désinfection » et « Bains » imprimés dans toutes les principaux langues, ils étaient rassurés et descendaient les marches. Ils recevaient immédiatement l’ordre de se déshabiller. il y avait des bancs et des crochets à vêtements numérotés le long des murs de la pièce. Dans le cadre d’une soigneuse stratégie de désinformation, les SS rappelaient à tous de mémoriser leur numéro pour s’assurer qu’ils retrouveraient leurs vêtements après le bain sans problème. La foule était rassurée, bien que le fait que des hommes, des femmes et des enfants se fassent déshabiller les uns devant les autres provoquait la peur de certains. Au bout d’une dizaine de minutes, la foule de 2000 personnes était poussée plus brutalement dans la salle suivante en béton d’une capacité d’environ 2000 personnes sans aucun ameublement ni même fenêtre. C’était la chambre à gaz. »

Dans sa préface à la première édition en anglais des mémoires de Nyiszli, le psychanalyste Bruno Bettelheim critiqua sévèrement Nyiszli de s’être porté volontaire pour devenir « un instrument de la SS afin de rester en vie ». Pour Bettelheim, « les prisonniers qui comme Nyiszli, furent préoccupés par la simple survie – même si cela signifiait d’aider les médecins SS dans leurs expériences abominables sur des êtres humains – ne retirèrent aucun sens profond de leur expérience horrible. »