Zalkind Hourwitz (1751-1812)

Activiste politique, journaliste et auteur. Un juif polonais dans la Révolution Française.

Né en 1751, Zalkind Hourwitz quitte son village près de Lublin et part pour Berlin. Là il enseigne à des enfants de familles riches et entre en contact avec le philosophe Moïse Mendelssohn avant de prendre la direction de Metz et pour arriver enfin à Paris en 1774. Le colportage de vêtements usés ou l’enseignement des langues étrangères à des enfants lui évite la faim ainsi que l’aide de ses amis. Pendant son temps libre, il étudie Ovid, Molière, Voltaire et Rousseau.

 » Citoyen Zalkind Hourwitz, Juif polonais « , ainsi se présentait-il avec fierté et provocation…

En 1774, il arrive à Paris. Ayant appris l’alphabet à l’aide d’un dictionnaire hébreu-allemand, il devient secrétaire-interprète à la Bibliothèque du roi.
En 1788 il partage avec l’abbé Grégoire et l’avocat protestant Thiéry le prix décerné par la Société royale des arts et sciences de Metz qui avait organisé un concours sur le thème :  » Est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux en France ? « .
Tandis que l’abbé Grégoire considère que la  » régénération  » des Juifs doit être un préliminaire à leur émancipation, Hourwitz déclare :  » Tant qu’il ne sera pas prouvé que les Juifs sont vraiment dégénérés, je ne vois point la nécessité, ni même la possibilité de les régénérer « , avant de préciser :  » exclure les Juifs de la citoyenneté équivaudrait à priver la Révolution de son fondement moral et éthique.  » Durant la Révolution, proche des Girondins, il s’engage dans la garde nationale.
En 1791, un décret d’émancipation affranchit les Juifs de l’oppression et de la discrimination. Mais une loi ne suffit pas à changer les mentalités. Hourwitz raconte en 1792, dans La Chronique de Paris, sa dispute avec un bedeau : « il me traita d’impie, de déiste, d’athéiste et, qui pis est, d’un homme qui a renoncé à son baptême. Moi ! m’écriai-je, en feignant de me fâcher à mon tour ; moi, renoncer au baptême ! Apprenez, Monsieur, que je n’ai jamais été baptisé ni à l’eau, ni au feu, ni au Saint-Esprit. Quoi ! dit-il en frémissant, seriez-vous donc de la nation coupable du meurtre de Jésus-Christ ? Oui, Monsieur, lui répondis-je, et vous êtes bien ingrat de me reprocher ce meurtre qui vous a sauvé du péché originel, et auquel vous êtes redevable de votre place de bedeau. Il voulut répliquer, mais l’éclat de rire de mes camarades le fit détaler en nous donnant à tous les diables. » Libre penseur, libertin au sens premier du terme, rebelle en tout cas, Hourwitz combattit l’obscurantisme des rabbins comme celui des prêtres tout en revendiquant hautement sa judéité.

Mirabeau a aussi rencontré Moïse Mendelssohn en Allemagne et il a publié son livre en France (c’est une autre histoire)

L’égalité entre tous les hommes, proclamée le 26 août dans la Déclaration des Droits, est loin de se traduire dans les faits pour la communauté juive qui doit encore patienter… Il fallut attendre le décret du 27 septembre 1791, devenu loi le 13 novembre, pour que les juifs puissent désormais, accéder à la citoyenneté active.
La position d’Hourwitz, solidaire et solitaire, met en valeur toute la complexité du contrat politique pensé par la Révolution, contrat avançant la régénération de tous les citoyens (et pas seulement des juifs) et leur union sans distinction, comme conditions exclusives de la réussite du projet politique. Cette difficulté à reconnaître l’altérité de chacun, à la base du tissu social, explique en partie, la radicalisation de 1793, le refus de penser les juifs comme une communauté à part et, en retour, la prudence, voire les silences de la communauté juive devant l’événement révolutionnaire. Ainsi s’éclaire, en revanche, la cohérence des choix politiques d’Hourwitz, en faveur d’une république girondine soucieuse de la liberté de l’individu et de son expression libre.

Les dernières années sont placées sous le signe de la surdité… L’échec politique de la Révolution, l’aspect policier du régime impérial, le renoncement à la reconnaissance pleine et entière de la citoyenneté juive dans le statut imposé par Napoléon ne peuvent convenir à Hourwitz qui, paradoxalement, par la Constitution de l’an VIII, est devenu citoyen français.

La vraie « Révolution » pour les juifs viendra par Napoléon Bonaparte quand il crée le Consistoire en 1808.

Merci à Ouzi Elyada, Professeur au Département d’Histoire Générale à la Faculté de Sciences Humaines et au Département de Communication de la Faculté de Sciences Sociales de l’Université de Haïfa.