Ephéméride | Dimitar Pechev [25 juin]

25 juin 1894

Naissance de Dimitar Pechev, le sauveur des Juifs bulgares.

En mars 1941, la Bulgarie fit alliance avec l’Allemagne nazie et reçut en récompense des parties de la Thrace grecque et de la Macédoine yougoslave, qui avaient toutes deux des populations juives.
Plusieurs mois plus tôt, le parlement bulgare avait promulgué la «loi pour la protection de la nation», suivie de plusieurs décrets raciaux contre ses citoyens juifs: restrictions diverses, travail forcé aux hommes juifs, port obligatoire de l’étoile jaune.
Malgré les protestations de diverses organisations civiques, la législation anti-juive fut adoptée au Parlement. Dimitar Pechev, le vice-président de la Sbranie – le Parlement bulgare – soutenait l’alliance de la Bulgarie avec l’Allemagne et soutenait la législation anti-juive. Pechev y acquiesça, parce qu’il pensait que le prix à payer pour les Juifs était justifié par ce que la Bulgarie devait y gagner.

Cependant quand, au début de 1943, la Bulgarie accéda aux demandes de l’Allemagne d’expulser les Juifs, Dimitar Pechev estima qu’il ne pouvait plus tolérer la politique de son gouvernement et décida d’agir.

En février 1943, la Bulgarie signa un accord avec l’Allemagne nazie pour la déportation de 20 000 Juifs vers les camps de la mort en Pologne. L’accord prévoyait la déportation des Juifs des territoires annexés, Thrace et Macédoine; le reste serait composé de Juifs dans diverses communautés bulgares.

Les Juifs des territoires annexés furent chassés de leurs foyers et rassemblés dans des camps. Certains furent détenus en Bulgarie même, en attendant leur déportation. Marko Peretz, l’un des rares survivants, a décrit leur rencontre avec les Juifs bulgares qui regardaient avec horreur: «Ils coururent vers les voies ferrées. Les deux groupes pleurèrent: « Nous reverrons-nous jamais? »

La communauté juive de Kyustendil, ville natale de Peshev, était destinée à être déportée. Des rumeurs sur les déportations planifiées filtrèrent et un rassemblement de Juifs et de non-juifs décida d’envoyer une délégation à Pechev à Sofia afin d’obtenir son aide. « Je n’avais aucun doute sur ce qui allait se passer, et ma conscience et la compréhension du sens réel des plans ne me permettaient plus de rester un spectateur », écrivit Pechev après la guerre, « j’ai décidé de faire tout ce que je pouvais pour empêcher les plans d’être mis en œuvre. »

En mars 1943, alors que les Juifs de Thrace et de Macédoine étaient rassemblés pour préparer la déportation à Treblinka, Pechev alla d’un dirigeant à l’autre pour tenter de renverser la décision de son gouvernement. Il demanda une rencontre avec le Premier ministre et alla voir le ministre de l’Intérieur. Le ministre de l’Intérieur mentit, niant qu’il y avait une intention d’expulser les Juifs, mais il informa immédiatement le Premier ministre que le programme n’était plus un secret.

Alors qu’un couvre-feu était imposé aux Juifs à Kyustendil et que le Premier ministre persistait à refuser de recevoir Peshev, ce dernier rédigea une lettre de protestation et demanda aux membres du Parlement de signer la pétition. Finalement, à cause de l’agitationintense, il fut décidé d’annuler la déportation des Juifs de Bulgarie même.
Dans le même temps, le Premier ministre décida de démettre Pechev. Il perdit son poste et devint un paria politique.

Ainsi, en un court laps de temps, grâce à Dimitar Pechev, aux quatre membres de la délégation de Kyustendil et à certains dirigeants de l’Église, 48 000 Juifs bulgares furent sauvés de la destruction.

La communauté juive de Bulgarie souffrit de la persécution jusqu’à la fin de la guerre, mais la communauté dans son intégralité fut sauvée de la déportation vers les camps de la mort.

Plus de 11 000 Juifs de Thrace et de Macédoine furent déportés à Treblinka, où ils furent assassinés. Ces communautés furent presque totalement détruites – seules, quelques centaines de personnes survécurent.

En 1944, les communistes prirent le pouvoir en Bulgarie. Pechev fut alors accusé par un tribunal populaire de collaboration avec les Allemands, d’antisémitisme, d’anticommunisme et même de corruption par les Juifs en échange de l’arrêt de la déportation.
Cependant, une délégation juive vint plaider en sa faveur, et Pechev fut condamné à « seulement » 15 ans de prison, puis libéré un an après.

Oublié, il reçut néanmoins en janvier 1973 le titre de « Juste parmi les nations » qui lui fut décerné par le Mémorial de Yad Vashem.
Il mourut un mois après à Sofia dans la misère. Il a été reconnu depuis par la Bulgarie comme un homme ayant accompli un grand service en faveur de l’humanité.