Ephéméride | Casimir le Grand [14 Août]

14 août 1447

A la suite d’un incendie à Poznian (Pologne) au cours duquel la charte originale de Casimir le Grand accordant aux Juifs des « privilèges » avait été détruite, le roi Casimir IV renouvela et élargit tous ces droits, faisant de sa charte la plus libérale d’Europe envers les Juifs.

Né en 1309, Casimir III le Grand monta sur le trône de Pologne en 1333. C’était un souverain pacifique et, par ses réformes salutaires, il renforça son règne et développa le commerce et l’industrie.
Le 9 octobre 1334, il confirma les privilèges accordés aux Juifs en 1264 par Boleslaw le Pieux. Il était favorable aux Juifs qui, pendant son règne se distinguèrent dans le commerce, l’artisanat et l’agriculture. Il interdit, sous peine de mort, l’enlèvement d’enfants juifs dans le but de les baptiser et infligea de lourdes peines pour la profanation de cimetières juifs.

A la diète de Wislica, le 11 mars 1347, il introduisit des réformes juridiques salutaires dans la législation du pays. Il promulgua un code de lois pour la Grande et la Petite Pologne, qui lui valut le titre de «Justinien polonais». Il limita également le taux d’intérêt demandé par les prêteurs juifs aux chrétiens à 8% par an. Une mesure qui n’était pas dictée par son animosité contre les Juifs, mais plutôt par le souci du bien-être du pays comme des Juifs.

L’Inquisition, introduite en Pologne sous Vladislav Lokietek, resta impuissante malgré toutes les intrigues du bas clergé.
À une occasion, les Juifs furent accusés d’avoir assassiné un enfant chrétien, trouvé sur la route du bois de Lobsow, à quelques kilomètres de Cracovie (1347), mais une enquête publique, menée sous les ordres du roi par le chancelier d’État Jacob de Melchtin en collaboration avec le prêtre Prandola, qui partageait les vues tolérantes de Casimir, prouva leur innocence.
En conséquence, Casimir ordonna la publication, sous la forme d’un édit, du paragraphe 31 du statut de Boleslaw, qui réfutait l’accusation de meurtre rituel et définissait la peine pour une telle accusation lorsqu’elle n’était pas étayée par des preuves. En commémoration de cet événement, Casimir fonda une chapelle à Cracovie.

Casimir semble avoir protégé les Juifs contre les manifestations de la foule en 1348, car l’accusation infondée d’empoisonnement des puits par les Juifs, lors de la Grande Peste, avait circulé d’Allemagne en Pologne et avait soulevé la population contre ces derniers.
Des massacres avaient eu lieu à Kaliscz, à Cracovie, à Glogau et dans d’autres villes, notamment à la frontière allemande. Selon l’historien Matteo Villani, 10 000 Juifs furent massacrés en Pologne en 1348.

En 1356, Casimir devint amoureux d’une belle juive, nommée Esther (Esterka), fille d’un tailleur d’Opoczno. Elle lui donna deux fils (Niemerz et Pelka) et une fille. Les fils furent élevés dans la religion chrétienne, la fille, dans la religion juive. De nombreuses familles nobles polonaises, comme les Lubienski, Niemir, Niemiryez, Niemirowski, prétendent être leurs descendants.
Les historiens polonais attribuent les faveurs et privilèges spéciaux accordés aux juifs par Casimir à son amour pour Esther, mais cette attribution est erronée puisque les privilèges en question furent confirmés par Casimir en 1334, vingt-deux ans, avant sa relation avec Esther.
L’homme d’état et historien polonais du XVIIIe siècle, Tadeusz Czacki voyait l’origine de ces faveurs dans le sens de la justice du roi. Il écrivit: «On n’a pas connaissance que le roi ait accordé aux Juifs d’autres privilèges et droits en raison, comme le pense Jan Dlugosz (chroniqueur polonais du XVe siècle), à son affection pour Esterka. L’envie et la haine ont surnommé ce bienfaiteur du peuple, Assuérus. La Pologne, pays fertile mais peu peuplé, manquait de commerce et d’industries: les Juifs, qui fuyaient l’Allemagne pendant la peste de 1360, émigrèrent en Pologne avec leurs richesses, et l’on peut aussi admettre avec certitude que des Juifs étrangers fournissaient à Casimir de grosses sommes d’argent, lui permettant ainsi de fonder de nouvelles villes et d’en développer de nombreuses anciennes. »

Cracovie était à l’époque de Casimir, la capitale du royaume et une des villes de la Ligue hanséatique, une puissante alliance commerciale de quarante villes d’Europe. Les Juifs étaient si reconnaissants envers Casimir que lors du mariage de sa petite-fille d’Elizabeth, Wierzynek, un marchand juif de Cracovie, demanda au roi l’honneur d’offrir à la jeune mariée un cadeau de mariage de 100 000 florins d’or, une somme immense pour l’époque et égale à la dot apportée par le roi son grand-père.

Un siècle après Casimir III, son successeur Casimir IV monta sur le trône de Pologne en 1440.
Peu après son accession, alors qu’il se rendait à Poznian, un incendie se déclara dans lequel fut brûlé le document original énumérant les privilèges accordés aux Juifs par Casimir le Grand (1334). Casimir IV. non seulement renouvela et confirma les anciens privilèges, mais en accorda de nouveaux, tels que les Juifs de Pologne n’en avaient jamais joui auparavant.

En raison des intrigues du cardinal Olesnicky Zbiegnew, archevêque de Cracovie, et du moine John Capistrano, ces privilèges furent abolis dès 1454 sous le prétexte qu’ils « étaient en conflit avec les lois de Dieu et du pays ». Cette abrogation aggrava la condition des Juifs de Pologne et conduisit aux émeutes de Cracovie (12 avril 1464), au cours desquelles lesquelles une trentaine de Juifs furent tués. En 1467, la Diète confirma à nouveau les droits et privilèges des Juifs qui leur avaient été accordés par Casimir en 1447.

(Source: Encyclopaedia judaica)