Ephéméride | Darius Milhaud [4 Septembre]

4 septembre 1892

Naissance à Marseille de Darius Milhaud, le compositeur le plus prolifique de toute l’histoire de la musique.

« Musicien français de Provence et de religion israélite » comme il aimait se définir Darius Milhaud est un des grands compositeurs du XXème siècle.

Né le 4 septembre 1892,à 14 heures à Marseille,3 place Saint Ferréol au sein d’une des plus vieille famille juive du Comtat Venaissin c’est à Aix en Provence qu’il passe son enfance, au Logis du Bras d’Or, demeure familiale et usine de traitement d’amandes dont son père était négociant. Inscrite au titre des Monuments Historiques cette maison imposante appartient depuis 1973 à la Ville d’Aix.

Fils unique d’un couple de musiciens amateurs(son père fonde la Société Musicale d’Aix en Provence, et sa mère, Sophie Allatini chante les chants traditionnels juifs), Darius Milhaud montre des dons précoces pour le violon et la composition qu’il étudie à Aix en Provence. Très jeune il se lie d’amitié avec Armand Lunel qui composera plus tard des livrets de ses opéras comme en 1925, « Esther de Carpentras » ou « les Malheurs d’Orphée » . En 1909 Darius Milhaud est admis au Conservatoire de Paris où il est élève de Gedalge, Widor et Dukas . Plusieurs jeunes musiciens, dont Jacques Ibert, Georges Auric Arthur Honegger …y deviennent aussi ces amis.

Dès 1910, il compose des mélodies sur des poèmes de Francis Jammes, puis (en 1913) de Paul Claudel qui lui passe commande afin d’écrire la musique d’Agamemnon. II a 21 ans, mais de cette rencontre naîtra une grande amitié et une longue collaboration avec Claudel qui, plus tard lui proposera de l’accompagner au Brésil où il est nommé Ambassadeur de France, en novembre 1916.

Atteint de rhumatismes qui le feront souffrir toute sa vie au point de se retrouver sur un fauteuil roulant, Darius Milhaud sera réformé et ne connaitra l’horreur de la guerre que par la mort de son ami d’enfance et poète Léo Latil, tué au front en 1915. Affecté gravement par cette nouvelle Darius compose à sa mémoire un Quatuor à cordes, avec chant (sur des poèmes de son ami), juste avant son départ pour le Brésil comme secrétaire d’ambassade.

Claudel et Darius Milhaud resteront au Brésil jusqu’à la fin de la guerre, période qui marquera durablement le compositeur : rythmes et ambiance tropicale, sons de la forêt amazonienne … C’est là, qu’il a trouvé son style, un langage musical nouveau qui l’a amené à explorer les principes de la polytonalité. A son retour il écrira les fameux « Saudades do Brasil ». Avant de retrouver la France, Milhaud fait un détour par la Martinique et New York, voyage également marquant pour la suite de son œuvre puisqu’il y entend entre-autre du jazz pour la première fois.

Revenu à Paris en 1919, après la création de la cantate « Le Retour de l’enfant prodigue », il compose successivement « l’Homme et son désir », un ballet qui sera créé par les Ballets suédois en 1921, la « Sonate pour piano, flûte, clarinette et hautbois », son « Quatrième Quatuor à cordes ». Il entreprend aussi la série des « Petites Symphonies pour orchestre de chambre » et s’attaque à la création d’un opéra. Il compose aussi des musiques de film, activité qu’il poursuivra toute sa vie.

A Paris, il participe aux activités du « Groupe des Six »; s’en suivent des œuvres telles que « Le Bœuf sur le toit » (ballet, 1919), « Catalogue de fleurs » (1920), reflétant gaieté, humour, lyrisme et amour de la nature et « Les Mariés de la Tour Eiffel » sous la houlette de Cocteau et de Satie avec lesquels il fait partie aussi du « Mouvement des Nouveaux Jeunes ».

En 1921 s’ouvre à Paris, au 28 de la rue Boissy d’Anglas, le mythique « Boeuf sur le Toit », un cabaret dans lequel, dès le premier soir et pendant des années, il y avait un concert de jazz donné par le pianiste et compositeur Jean Wiener, rejoint parfois par un autre pianiste de jazz, le Belge Clément Doucet. Tous les soirs, le Tout-Paris, les jeunes intellectuels, les artistes français venaient y écouter et découvrir, pour la plupart d’entre eux, le jazz. Quand Cocteau ouvrit ce cabaret, il demanda l’autorisation à Darius Milhaud de prendre ce titre.
Au « Boeuf sur le toit », on pouvait très bien retrouver dans la même soirée Maurice Ravel, Eric Satie, Stravinski, de nombreux compositeurs classiques donc, mais aussi Mistinguett, Maurice Chevalier, Yvonne Georges et beaucoup d’autres, les Américains Man Ray et Charlie Chaplin, Diaghilev aussi, des écrivains comme Georges Simenon, André Gide, et bien sûr Jean Cocteau lui-même.

Dans son œuvre foisonnante, Milhaud, aborda toutes les formes musicales (c’est la production la plus prolifique de toute l’histoire de la musique). Signalons encore un ballet « jazzy » très connu « La Création du monde » sur un argument de Blaise Cendrars, créé en 1923 par les Ballets suédois, dans les décors de Fernand Léger. D’autres ballets furent écrits: « Salade » et « le Train bleu », ainsi qu’un opéra de chambre : « Les Malheurs d’Orphée ».

En 1925, Darius Milhaud épouse sa cousine, Madeleine Milhaud, mariage qui fut suivi d’un grand voyage autour de la Méditerranée, puis en Russie et à nouveau aux USA, enrichissant encore son activité créatrice et ses contacts humains nombreux sur tous les continents. Leur fils, Daniel, verra le jour le 9 février1930.

Darius compose un opéra minute « Le Pauvre Matelot », sur un livret de Jean Cocteau, puis un grand opéra « Christophe Colomb », sur un livret de Claudel qui créé en 1930 à l’opéra de Berlin connait un succès triomphal. Milhaud compose d’autres musiques de scène puis « La Suite provençale » (1936) et « Scaramouche » (1937) une de ces partitions les plus connues. Suivront encore « Les Quatrains valaisans » et « La cheminée du Roy René » (1939), puis « le Voyage d’été » (1940).

Mais la période de paix et de bonheur touche à sa fin … Inscrit à la fois par les Nazis sur les deux listes noires de Juif et de compositeur d’ « Art Dégénéré », il doit quitter le vieux continent et après l’armistice de 1940, s’embarque avec sa femme et son fils pour les Etats-Unis où il avait donné des concerts en 1922.
Au Mill’s College d’Oakland en Californie, une chaire de composition et un logement lui sont proposés. Pendant sept ans, il composera là un nombre impressionnant d’œuvres, dont « Bolivar », « La Suite française », « le Service sacré », « la Muse Ménagère » dédié à Madeleine qui non seulement s’occupe de tout le quotidien mais tient aussi le rôle de récitante dans ses œuvres (Elle est comédienne).
Ensemble ils seront une cheville ouvrière du Festival annuel d’Aspen (Colorado).

De retour en France, Darius est nommé en 1947 professeur de composition au Conservatoire de Paris où il a Betsy Jolas et Gilbert Amy entre autres pour élèves. Il continue aussi ses va-et-vient pour enseigner aux USA jusqu’en 1971. Là Philip Glass, Dave Brubeck, Steve Reich suivent ses cours.

Entre 1952 et 1962, il écrira près de 70 œuvres, dont certaines à la mémoire des déportés et, pour célébrer le centenaire de la fondation de la Croix-Rouge, « la Cantate de la croix de charité ».

Malgré un long épisode de santé défaillante, Darius continuera à écrire jusqu’à sa mort, le 22 juin 1974, à Genève,

En 1967, à Aix-en-Provence, une plaque fut posée sur sa maison natale, en présence du compositeur et en 1971, la Ministère des Affaires culturelles lui décerna la Grand Prix national de la Musique. Il sera reçu à l’Académie des Beaux-Arts, l’année suivante.

A l’issue d’une vie heureuse et magnifiquement remplie, Il repose à Aix-en-Provence, de retour auprès de « sa source » où l’a rejoint son épouse, Madeleine Milhaud, décédée à 106 ans, le 17 janvier 2008.

(Source: Association des Amis de Darius Milhaud)