VINKL LITE (5) par Bat Kama At

VINKL LITÈ est plongé au coeur des abîmes du ghetto de Varsovie. Si vous passez par là et que vous avez le coeur solide, jetez un coup d’oeil, lisez et encouragez moi, encore 100 pages à relire pour 1941 avant de m’attaquer aux 50 dernières pages de l’année 42 qu’il me faut encore défricher.

N’ayez peur ni de m’encourager, ni de faire des suggestions.

Ringelblum 2

Ringelblum 1

 

 

 

 

 

 

 

 

P. 280-281 des Ksovim d’Emmanuel Ringelblum. On est en août 1941. Les déportations se font encore en direction du ghetto de Varsovie où la concentration et la pénurie produisent leur tragique effet. Ici la mendicité et l’extermination par la famine des enfants et de familles entières.


Août 1941
La question de la mendicité ne cesse d’occuper notre ordre du jour, sans mentionner les cent vingt milles soupes {repas} de midi. En dehors du Judenrat et de {la campagne} l’action- « Tsentos », le nombre de mendiants croît de jour en jour. Il y a maintenant beaucoup plus de mendicité dans les rues bien que la police ait mené, il y a quelques mois de cela, suite à une ordonnance des autorités, un combat énergique contre les quémandeurs. Une grande partie d’entre eux est formée d’enfants. J’ai aperçu un groupe de quatre ou cinq gosses qui gagnent leur pitance en jouant dans la rue une piécette d’enfants probablement apprise à l’école. Un mendiant, ancien travailleur des camps, trimballe sa photographie où il apparaît tout beau, frais, jeune et en bonne santé, et maintenant il présente l’image d’une loque humaine emmaillotée de haillons. Du reste, montrer des photographies est devenu une sorte de manifestation de modernité très en vogue. Il semble que cela fasse un certain effet sur les gens.
Certains mendiants juifs ont déguerpi dans la zone aryenne. Il y a un mois, cette tendance était très répandue. Des centaines de mendiants : des femmes et des enfants passaient en fraude de l’autre côté. Là-bas, ils étaient bien reçus, bien nourris, et ils revenaient souvent avec de la nourriture. Et bien que la majorité d’entre eux eût été reconnue, c’est précisément en tant que Juifs qu’on leur faisait la charité. Il s’agit d’un phénomène à la fois symptômatique et caractéristique qui montre qu’au sein de la société polonaise, des changements profonds se sont produits. Mais le pouvoir se livre à présent à une lutte sans merci contre les mendiants. La police les rassemble, les roue de coups, certains sont tués , puis les expédie à nouveau derrière le mur du ghetto. La police polonaise n’a aucune pitié envers les femmes et les enfants. De façon générale, la police polonaise représente une page sinistre de cette histoire. Dernièrement, depuis la disparition du « Treize », ils s’efforcent de prendre leur place. Ils arrêtent les voitures dans les rues et rançonnent les passants. Ils dévalisent les boulangeries où la farine n’est pas rationnée, et font main-basse sur les boutiques où ils extorquent des centaines de zlotys. La défense anti-aérienne est aussi un joli moyen pour extorquer de l’argent aux Juifs. La presse clandestine polonaise a même révélé les numéros de policiers qui avaient passé à tabac soit des femmes soit des enfants en train de transporter de la nourriture en contrebande ou qui mendiaient. Leur comportement envers les Juifs est plein de morgue, et très souvent bien pire que celui des Allemands. Par exemple, ceux qui sont de garde sont souvent pires et plus stricts que les Allemands. Les plus redoutables de tous sont les Volksdeutsche engagés parmi les policiers polonais.
Les contrôleurs de tramway constituent une autre plaie. Une nouvelle ordonnance condamne ceux qui ne paient pas leur billet à des peines sévères. Les contrôleurs en ont tiré de juteuses affaires. Ils pénètrent dans le tramways par les deux côtés et réclament des amendes de cinq zlotys à ceux qui ne présentent pas de billet, mais il arrive fréquemment que les passagers viennent à peine de monter et qu’ils n’aient pas encore eu le temps d’acheter leur billet. Si vous n’avez pas d’argent pour payer l’amende ou si vous protestez auprès du contrôleur, vous êtes conduit directement au poste. Il y a eu des cas où, après de tels incidents, des gens ont été envoyés à Auschwitz où il ne leur restait que leurs yeux pour pleurer. D’autres ont été incarcérés dans le prison pour les Juifs de la rue Gęsia. Il y a là-bas un commissaire allemand du nom de Schamme. Lui et le directeur de la prison, Blaupapier { ?}, sont des larrons qui travaillent en tandem. Ceux qui leur graissent la patte sont rapidement libérés, sinon ils peuvent demeurer enfermés de longues semaines. La prison se trouve sur l’emplacement même de l’ancienne prison militaire.
Il y a des cas d’Allemands qui traversent le ghetto en voiture en laissant du pain pour les mendiants. L’un d’entre eux a ainsi «perdu» du pain qui est rattrapé au passage de son véhicule, un autre a arrêté sa voiture, il a appelé un garçon et lui a donné un pain. Ce sont cependant des cas rares de comportement empreint d’humanité. Les enfants qui mendigotent se tiennent en général près de l’hôpital de la rue Ogrodowa, ou bien du côté de l’immeuble du téléphone {la poste} de la rue Leszno, et ils guettent le moment où quelqu’un va s’apitoyer sur eux et leur lancer un quignon de pain.
Les mendiants qui exercent après neuf heures du soir constituent une catégorie à part. Lorsque tu es posté près de ton porche, tu repères de nouveaux miséreux que tu n’avais pas remarqués auparavant. Ils s’avancent au milieu de la rue en quémandant un bout de pain. Ce sont en majorité des enfants. Au milieu du silence environnant, le cri des enfants affamés qui demandent l’aumône résonnent si étrangement que le cœur le plus endurci de saurait résisterà leur appel. À moins de t’enfermer derrière portes et volets clos, tu iras leur donner un morceau de pain. Les mendiants font peu de cas des horaires instaurés par la police {du couvre-feu}, et leurs cris résonnent jusque tard dans la nuit, vers onze heures ou même minuit. Ils n’ont peur de rien ni de personne. Il n’y a d’ailleurs pas eu de cas où les patrouilles ont tiré sur ces miséreux, bien qu’ils circulent sans laissez-passer après les heures du couvre-feu. Il arrive fréquemment que ces petits mendigots meurent la nuit sur un trottoir. Quelqu’un m’a rapporté cette scène épouvantable qui s’est produite au 24 rue Muranow, où l’un de ces petits mendiants de six ans a gémi {toussé} toute la nuit, sans pouvoir se traîner jusqu’au morceau de pain qui lui avait été jeté d’un balcon.
Depuis quelque temps, des familles entières, parfois même correctement habillées, font maintenant la mendicité ensemble. Des musiciens et des chanteurs travaillent avec leurs enfants dans la rue. Le musicien – le père, joue tandis que l’enfant ou les enfants font passer le chapeau pour recueillir des sous. Un de ces chanteurs est accompagné de par les rues par sa femme, vêtue avec une réelle élégance, lui chante et elle demande l’aumône. Sur le côté, il y a une petite poussette avec leur bébé {nourrisson} que les parents ne savent pas par qui faire garder. Cet enfant sera ainsi élevé au berceau tel un mendiant. Cette mendicité familiale est devenue un trait marquant. Certains agissent ainsi parce qu’ils espèrent attirer l’attention grâce aux enfants, d’autres parce que d’une manière générale, il n’est pas possible de laisser les enfants tout seuls à la maison. Cependant, il est significatif que le fait de se laisser tomber à terre a disparu. Les authentiques «tombés à terre» sont à présent morts de faim, et les simulateurs ont, semble-t-il, fini par se rendre compte que ce stratagème rapportait peu. Certains se sont donc mis à chanter dans les cours, et parmi les chansons, il y en a une sur Bialystok qui est particulièrement populaire.

VINKL LITE (4) par Bat Kama At

Dans le ghetto de Varsovie. Journal/Notes d’Emmanuel Ringelblum, traduction en cours.

Avant de rédiger un petit papier plus conséquent sur cette année 1941, ou laisser entrevoir d’autres fragments, voici juste un extrait du début de l’année 1941. Au passage, on constate les zones d’ombre, des noms, des fonctions pas toujours évident à décrypter.

19 février 1941
Mes bien cher amis,
À Lublin, une ordonnance a été promulguée il y a quelque temps de cela (décembre 1940) interdisant aux Juifs de saluer les autres en ôtant leur couvre-chef. Des affiches ont été placardées dans les rues à ce propos. Mais en fait, certains parmi Eux en profitent pour rouer de coups les Juifs qui ne se découvrent pas, tandis que d’autres traînent ceux qui ont retiré leur chapeau devant l’affiche pour leur montrer que l’on ne salue plus. Suite à cet affichage, on a arrêté un conseiller juif {membre du Conseil, du Judenrat ?}, le Dr Alter [Alten].
http://turquoisecow.blogspot.com/

VINKL LITE (3) par Bat Kama At

Ce n’est pas habituel, mais au lieu de traduire Emanuel Ringelblum, les Ksovim, je suis obsédée par le souvenir de la rivalité littéraire entre Bashevis Singer et Chaim Grade, et cela m’empêche de dormir et de traduire. Je ne suis pas moins perturbée par les documents qui présentent le Bund comme un parti historiquement antisioniste, ce qui ferait à la fois rire et pleurer certains de ses anciens militants qui vivent encore, tant le maillage de la vie sociale, politique et religieuse juive a toujours été extrêmement fin, complexe, délicat et souple. C’est pourquoi je vous propose aujourd’hui ce texte de Czeslaw Milosz, paru dans INNE ABECADLO (UN AUTRE ABÉCÉDAIRE), Wydawnictwo Literackie Krakow, 1998 pp 59-63 et traduit du polonais par Alex Gromb, qui revient sur les particularités des deux auteurs yiddish, la manière dont ils étaient perçus par le public des lecteurs yiddish en Pologne et Lituanie, ainsi qu’en Amérique, et la vie religieuse, sociale et politique des grandes masses juives d’Europe de l’Est. Czeslaw Milosz savait de quoi il parlait quand il évoquait Vilna et Varsovie. Et oui, j’ai fait exprès de faire figurer deux fois le nom du traducteur de ce texte.
http://ecx.images-amazon.com/images/I/41RhKD6JmTL.jpg
Le seul recueil de Chaim Grade disponible en français a été traduit de l’anglais par (mon amie) Jacqueline Carnaud, Pérelé, Sarah, Rébecca et les autres (Judaïques), JCLattes, 1984. On le trouve encore chez la guerrière au sein gauche.

Chaïm Grade—————————————-
GRADE, Chaim.
L’attribution du prix Nobel à Barshevis Singer a suscité de violentes polémiques dans le milieu des juifs new-yorkais de langue yiddish. Il (Grade) était d’une bien meilleure origine que Singer, en Amérique, le mieux c’est d’être originaire de Vilno, être de Varsovie c’est moins bien, le pire c’est de provenir de GaIicie. Mais surtout, selon l’opinion de la majorité des participants à la discussion, il était un bien meilleur écrivain que Singer; mais il n’était que peu traduit en anglais c’est pourquoi les membres de l’Académie Suédoise n’avaient pas accès à son oeuvre. Selon les tenants de cette opinion c’est par des moyens malhonnêtes que Singer avait obtenu la gloire. Préoccupé de manière obsessionnelle par le sexe, il a créé son monde de juifs polonais qui n’avait rien de commun avec la réalité, un monde érotique, fantastique, plein de fantômes, d’esprits et de dibbouks, comme si tel était le quotidien des bourgades juives. C’est Grade qui était le véritable écrivain, le peintre fidèle de la réalité, et c’est à lui que revenait le prix Nobel.

Vilno était un important centre de la culture juive, et ceci nullement à un niveau local mais à l’échelle mondiale. On y parlait surtout en yiddish et, avec New York, c’est ici principalement que la littérature dans cette langue avait sa base, ce dont témoigne d’ailleurs la quantité de périodiques et de livres qui y étaient édités. C’est avant la Première Guerre Mondiale, quand elle appartenait à la Russie et qu’elle bénéficiait de sa position-clé de noeud ferroviaire et de centre commercial, que la prospérité de la ville a atteint son sommet. Ceci s’est terminé avec le transfert de la ville à la peu grande Pologne, mais sur le plan culturel la période de l’entre-deux guerres fut un temps d’épanouissement. Il subsistait aussi quelque chose de l’élan des années antérieures, notamment de la période 1905-1914. Les partis qui agissaient avaient été fondés dans l’Empire russe quand la question ouvrière et la révolution socialiste étaient placées au premier plan. Il y avait le Bund surtout, ou parti socialiste spécifiquement juif, qui voulait être le mouvement des travailleurs parlant yiddish. Il correspondait au PPS, du point de vue polonais, lequel toutefois n’avait que peu d’adeptes dans la ville. Il ne serait pas totalement correct de rattacher la fondation de l’Institut Historique Juif au Bund, cependant dans le dessein de sauver le patrimoine culturel des villes et des bourgades utilisant quotidiennement le yiddish, on peut apercevoir l’esprit du Bund. Les communistes, de plus en plus forts et ayant peut-être déjà la majorité en 1939, rivalisaient avec le Bund. À leur tour ces deux partis étaient en guerre contre les sionistes et les religieux orthodoxes.

Ce Vilno ressentait l’attraction culturelle russe mais se trouvait séparée de la Russie par une frontière. Cependant cette frontière ne se trouvait pas loin et il en a découlé un phénomène spécifiquement vilnois. Beaucoup de jeunes gens rêvant de prendre part à « la construction du socialisme » ont passé clandestinement la frontière orientale, assurant avec enthousiasme leurs proches et leurs connaissances qu’ils leur écriraient de là-bas. On n’a jamais plus entendu parler d’aucun d’entre eux. Ils ont été directement envoyés dans des camps.

Chaim Grade appartenait au groupe de jeunes poètes « Younge Vilno ». En dehors d’Abraham Sutzkever, je me souviens du nom de Katcherginski. Les relations de ce groupe avec la génération antérieure, assez proche de celles des membres du « Flambeau » (Zagar) poussaient à une alliance. Nous avions exactement le même âge et les membres de ce même « Jeune Vilno » participaient à nos soirées littéraires.

Le poète était le descendant d’un officier de l’armée de Napoléon nommé Grade, lequel blessé et soigné à Vilno par une famille juive s’y était marié et s’était converti au judaïsme. La mère de Chaim, très pauvre, était une vendeuse de rue et toute son avoir tenait dans une corbeille. Grade consacre beaucoup de pages émouvantes de son oeuvre à cette femme pieuse, bonne, travaillant dur. Elle apparaît sur le fond de ce milieu qui respectait totalement les coutumes religieuses et dont le trait commun était l’extrême pauvreté.

La jeunesse de Chaim à Vilno ne se déroula pas sans conflits politiques et personnels. Son père le rabbin Shlomo Mordekhai, hébraïste et sioniste, homme aux convictions fermes et peu enclin aux compromis, menait des controverses acharnées avec les rabbins conservateurs. Il éduqua cependant son fils en juif pieux. L’histoire ultérieure de Chaim prouve qu’il resta fidèle au judaïsme contrairement à Singer l’émancipé. En tant que poète, Chaim acquit rapidement une reconnaissance et une célébrité locales mais il se distinguait de la majorité des jeunes qui lisaient Marx et chantaient des chansons révolutionnaires. Les tentatives des communistes pour l’attirer de leur côté échouèrent et Grade devint l’objet de violentes attaques. Pire encore, il tomba amoureux de Frouma-Lieba, également fille d’un rabbin, d’une famille de sionistes qui émigrèrent en Palestine, et ses confrères communistes essayèrent en vain d’empêcher le mariage.

On peut trouver ces détails dans ses récits-souvenirs de quatre cents pages publiés dans leur traduction anglaise sous le titre de My Mother’s Sabbath’s Days, c’est à dire « Les jours de Sabbath de ma mère ». Il y raconte avec précision ses aventures pendant la guerre en commençant par l’entrée des troupes soviétiques dans la ville. L’enthousiasme de ses collègues contrastait avec le silence de plomb de la foule à l’office religieux dans la cathédrale de Vilno où il s’était rendu par curiosité. Le chaos durant l’invasion allemande de juin 1941 le sépara de sa femme bien-aimée. Ils devaient se rencontrer quelques jours plus tard mais il ne l’a jamais revue. Elle est morte, comme sa mère également, dans le ghetto de Vilno. La vague des réfugiés l’emporta vers l’est. Après de nombreuses péripéties (un jour on avait voulu le fusiller comme espion allemand) il atteignit Tachkent. Après la guerre il a émigré à New York. Il décrit toujours les Russes avec amour et avec estime. Il affirme qu’il n’a jamais rencontré en Russie de manifestations d’antisémitisme.

Ses collègues du groupe « Younge Vilno » Sutzkever et Katcherginski se sont trouvés dans le ghetto et ensuite parmi les partisans soviétiques. Sutzkever finit par débarquer en Israël où il édita  » Di Goldene Keit », l’unique trimestriel consacré à la poésie dans la langue disparue, le yiddish.

En Amérique Grade passa de la poésie à la prose et comme Singer qui chercha à reproduire le monde disparu des bourgades juives de Pologne, il se tourna vers le passé, écrivant sur les bourgades de Lituanie et de Biélorussie. Singer s’adonnait au fantastique, ce qui irritait beaucoup de lecteurs ; Grade prenait soin de la précision des détails et on le comparait à Balzac ou à Dickens. Son thème principal est la vie du milieu religieux qu’il connaissait bien, particulièrement les problèmes des familles dans lesquelles la femme travaille pour gagner la nourriture alors que le mari est collé à ses livres saints. Un recueil de nouvelles s’appelle même « Rabbis and wives », c’est à dire Les rabbins et leurs femmes.

Je me suis intéressé à Grade grâce aux contacts que j’ai eu avec sa deuxième femme devenue sa veuve. Après sa mort en 1982 (il avait alors soixante-douze ans), elle s’est occupée avec énergie de propager son oeuvre et a collaboré aux traductions en anglais. (Traduction Alex Gromb)

VINKL LITE (2) par Bat Kama At

VINKL LITÈ et les résistants de la FTP-MOI dont la plupart étaient des Juifs de Bessarabie, syndicalistes et communistes. Peut-être avez-vous déjà partagé des informations à l’occasion du 72e anniversaire de l’éxécution des 22 de l’Affiche Rouge. Je voulais particulièrement rappeler la mémoire d’Olga Bancic, la seule femme du groupe, dont le sort a été, s’il est possible, pire. Puisque femme.
Je partage ici l’album de Yveline Stephan que je remercie. (1)

La photo d’Olga Bancic – l’unique femme du groupe – se trouve en 15e position lorsque vous ouvrez chaque photographie. Chacune d’entre elle est accompagnée d’un historique assez documentée. Olga (ou Golda) est née à Bucarest,en Hongrie,le 10 Mai 1912. Elle est juive et déjà une militante syndicale à l’âge de 14 ans. C’est seulement le 4 juillet 2013 qu’une plaque à sa mémoire est enfin apposée, sur la maison qu’elle occupait à Paris pendant la guerre : 69 ans après sa mort, on peut y lire : « Résistante FTP MOI de l’Ile de France ». Ni juive, ni communiste, donc …

Dans son pays, elle était ouvrière et militante syndicale depuis sa prime jeunesse. En 1938,à l’âge de 26 ans, Olga arrive en Fance. Elle entreprend des études et rencontre Alexandre Jar qu’elle épouse et avec qui elle aura une petite fille, Dolorès.

Je reprend ici la notice qui accompagne sa photographie en la corrigeant, car elle est fautive sur la nature de l’exécution d’Olga. Mon ami Alain Leroy qui a travaillé sur un projet d’exposition sur les juifs communistes de la FTP-MOI me signale qu’il il y a toujours la même erreur : elle a été guillotinée et non pas décapitée à la hache :

Dès 1941, elle participe aux groupes de l’OS. En 1942, elle rejoint les services qui assurent la logistique des FTP-MOI où elle transporte armes et explosifs pour les combattants.
Elle est arétée en novembre 1943 et condamnée à mort avec les 22 camarades du « procès ».
Transférée en Allemagne (car en France sous l’Occupation, on n’exécute pas de femmes !), elle est guillotiné {et non décapitée à la hache} à la prison de Stutgartt, le 10 mai 1944. Elle avait 32 ans.

Avant de mourir, elle adresse à sa petite fille, Dolorès, alors âgé de trois ans, ces derniers mots :
(…) « Mon amour ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus . Je meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère. Tu n’auras plus à souffrir. Sois fière de ta mère, mon petit amour. J’ai toujours ton image devant moi »

l'Affiche rouge
l’Affiche rouge
Golda (Olga) Bancic
Golda (Olga) Bancic

(1) https://www.facebook.com/Y.P.Stephan/media_set?set=a.1090999837569.2015181.1303703836&type=3

VINKL LITE (1) par Bat Kama At

À la suite d’une discussion sur les livres mémoriaux, les Yizker Bikher, j’avais envie de présenter d’un peu plus près le Sefer Telz (Telsiai en Lituanie) auquel j’ai fait allusion. Publié en 1984 [[Sefer Telz (Lita); matsevet zikaron le-kehila kedosha, Editeurs: Yitzhak Alperovitz, Tel Aviv, Telz Society, publié en Israel, 1984]] le Livre du Souvenir de Telz est l’un des ouvrages tardifs de cette littérature qui voit le jour après la guerre.

http://www.jewishgen.org/yizkor/Telsiai/telsiai.html

Ces monuments de papiers, quand bien même ils se rattachent au genre ancien du pinkas, du registre communautaire, sont dorénavant une réponse au Hurbn, à la destruction. Et comme tous ces ouvrages, le Sefer Telz est le fruit d’un effort collaboratif des originaires de la ville ou d’anciens élèves de la Yeshiva de Telz ou du Gymnasium Yavne de Telz (le lycée de filles auquel j’ai consacré le projet Bat Kama At).

Mes parents avaient participé à la souscription qui avait permis sa publication et parmi les rédacteurs figurait au moins un ami de mon père qui vivait en Israël, Tuvie Bal-Shem z’l’ – que j’ai interviewé 25 ans plus tard lors de l’enquête qui a conduit à concevoir Bat Kama At – était en possession des albums de photos ou de reproductions qui figurent dans le Sefer Telz du fait de son rôle en tant que rédacteur et promoteur de l’ouvrage. Dans les années précédantes, mes parents, lors de plusieurs voyages en Eretz, avaient retrouvé des Telzer à diverses occasions, y compris lors de rassemblements des anciens de la « Société de Telz ». Ces réunions les bouleversaient toujours mais à l’époque où ils m’en ont parlé j’étais « ailleurs ».

Comme beaucoup de ces ouvrages, le livre comporte deux parties, l’une en yiddish, l’autre en hébreu. Mon exemplaire du Sefer Telz est à Paris, je n’ai pas voulu l’éloigner de mon père, mais il est à présent en totalité consultable sur le lien de la NYPL, http://yizkor.nypl.org/index.php?id=2740

Une quarantaine de pages sont illustrées par des photographies dont les reproductions laissent souvent à désirer, et que je n’ai regardées avec attention que beaucoup plus tard quand je me suis mise à collecter les photographies des jeunes filles de Telz. Parfois je ne les ai vraiment remarquées et « comprises » que lorsque j’ai vu l’original entre les mains d’une des survivantes et entendu le récit qui s’y rattachait. J’ai appris à regarder tout autrement ces photos d’une époque révolue, ces traces d’un jardin dévasté.

L’une des pages qui à le plus compté pour moi à été le plan de la bourgade, dessiné à main levée (par Tuvie Bal Shem ?), annotée par mon père dans son exemplaire et dont j’ai parcouru obsessionellement chaque ruelle au fil de mes retours à Telz qui reste ma ville d’origine sans que j’y sois née. Je reviendrai sur cette carte dans une rubrique qui lui sera entièrement consacrée.

Le livre est organisé en cinq chapitres comportant des articles ou des témoignages : I) L’histoire des Juifs de Telz II) La Yeshiva de Telz – ses rabbins et ses institutions III) Personnalités et figures IV) Mémoires et V) Le génocide où se trouve (page 367) le témoignage de mon père dont le nom a été orthographié Moshe Rosenbaum (car le « as » final des noms lituaniens correspond à une déclinaison).

Dans From A Ruined Garden, Jonathan Boyarin et Jack Kugelmass ont rassemblé une anthologie d’une rare tenue choisie parmi les quelques 750 ouvrages qui forment cette littérature des livres du souvenir. D’autres travaux donnent des clés et des aperçus.

En ce qui concerne le Sefer Telz, j’aimerais juste citer ici les références que mon père Moishe Rozenbaumas fait à ce volume dans l’introduction à ses mémoires, « L’odyssée d’un voleur de pommes » http://www.akadem.org/medias/documents/1_fichelecture.pdf
Ces quelques phrases rendent compte peut-être mieux que de longues études de ce que sont ces yizker bikher. Vous remarquerez que la carte est signée par son auteur Eléonore Biezunski et que la fiche Akadem cite sa source.
Voici donc les mots de mon père :
«  »Avant de commencer à égrainer ces souvenirs, je désire rendre hommage à ceux qui ont contribué à la publication du Livre mémorial de ma ville de Telz, Sefer Telz, et m’incliner devant la valeur et l’étendue de leur travail, oeuvre de préservation de la mémoire tout d’abord, travail historique dans un second temps. Notre génération s’éteindra bientôt, ses rangs s’éclaircissent, et cet ouvrage restera comme une bible pour nos enfants et les enfants de nos enfants. D’une façon ou d’une autre, nous, ceux qui avons survécu, devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour préserver cette mémoire, afin de laisser des traces pour les générations qui viendront. […] A présent, je voudrais dire quelques mots concernant les auteurs qui ont collaboré au Livre de Telz, ceux qui ont parcouru ce dur chemin et survécu aussi bien que ceux qui ont quitté le pays avant la guerre et n’ont pas assisté au malheur, mais qui ont perdu les leurs restés sur place. Chacun jette un regard singulier sur les choses, à un moment bien précis de sa propre existence d’être humain. Ainsi un même événement sera perçu et compris de façons diverses par ses différents protagonistes. Qu’on décrive un événement sur le coup ou bien quarante ou cinquante ans après les faits n’est pas anodin. […] Si j’écris d’un point de vue distinct de celui des auteurs du Livre de Telz, c’est parce que mon chemin a été différent. Je me sens toutefois infiniment proche d’eux et j’éprouve leurs souffrances car elles étaient les miennes propres. Lorsqu’ils évoquent leurs tragédies, je vois mes frères et ma mère. Prêter la main à rassembler cette mémoire est une tâche sacrée mais qui ne va pas de soi. C’est un pan de cette mémoire que je suis allé chercher au fond de moi-même. » »

Le Sefer Telz
Le Sefer Telz
Page 285 du Sefer Telz
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Page 292 du Sefer Telz
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