La Alt-Neu Shul de Prague. C'est ici et sur le site du vieux cimetière attenant que se produisit le pogrom.

Ephéméride | Le pogrom de Prague [17 Avril]

17 avril 1389

L’année 1389 fut particulièrement dangereuse pour la communauté juive de Prague, car Pessakh et la Pâques chrétienne coïncidaient. Les chrétiens risquaient d’être enflammés par les interprétations haineuses de la Passion du Christ. À l’occasion, cela pouvait mener à une mise en accusation virulente des Juifs et déclencher une violence collective. Une atmosphère particulièrement odieuse pouvait se développer pendant les préparatifs juifs lorsque les Juifs faisaient cuire la matsah, qui selon un mythe chrétien récurrent devait être mélangée à du sang d’enfants chrétiens.

Comme d’habitude, il était interdit aux Juifs de paraître en public entre le Jeudi Saint et Pâques. Cependant, le quartier juif de Prague était à cette époque empli de gens dont certains étaient chrétiens.
À un certain moment, le Samedi Saint, une procession se fraya un passage à travers les petites ruelles apportant l’hostie à un chrétien mourant. Ainsi jaillit la fameuse étincelle qui mit le feu aux poudres, les chrétiens affirmant par la suite que des pierres leur avaient été lancées, répandant l’hostie sur le sol.
Quelle que fût la vérité derrière tout cela, elle tourna à la tragédie lorsque certains Juifs furent trainés en ville pour être punis.
Le dimanche de Pâques, les chrétiens, insatisfaits, envahirent le quartier juif, armés de pierres, d’épées et de haches. Après que le quartier eût été incendié, les Juifs se réfugièrent dans l’Altneuschul, où ils commencèrent à «sanctifier le Nom» (Kiddush ha-Shem) en tuant d’abord leurs enfants, puis eux-mêmes. C’était l’échappatoire traditionnelle depuis l’époque romaine, plutôt que de se soumettre à un massacre ou à des baptêmes forcés.

Le nombre de morts a récemment été estimé à environ 4 à 500, soit environ la moitié ou les deux tiers des Juifs de Prague à cette époque.

Et puis le pillage commença. Malheureusement, le roi, qui dépendait fortement des revenus de l’impôt sur la communauté juive, ordonna ensuite que les objets de valeur soient rassemblés au château. Selon une source des valeurs en quantité de cinq barils d’argent finirent dans les coffres du roi. Certains laissèrent même entendre que le roi avait été personnellement impliqué dans l’instigation des meurtres et des persécutions.

Le pogrom de Prague ne tombe pas dans le schéma général des pogroms européens, ni des premiers liés aux croisades et perpétrés par les musulmans comme par les chrétiens, ni de la vague plus tardive provoquée par la peste noire. C’était juste un de ces odieux événements récurrents, qui de temps en temps entachaient l’histoire de l’Europe médiévale.

Aujourd’hui, on peut visiter l’endroit, où les horribles tueries ont eu lieu.
Chaque année, la lamentation ou l’élégie spéciale, Et Kol ha-Tela’ah asher Mea’atnu, qui fut composée par Rabbi Avigdor Kara après les meurtres, est lue à Yom Kippour à Prague.

« La Passion des Juifs de Prague »

Une autre raison de se souvenir de ce pogrom particulier est un texte, qui fut écrit dans la foulée: « La passion des Juifs à Prague ». Récemment objet d’une étude méticuleuse par l’historienne de l’église Barbara Newman, ce texte curieux – la Passion – doit être classé comme une parodie, bien qu’il ne possède aucunement les aspects humoristiques, reliés à ce genre. Néanmoins, c’est tout de même une parodie dans la mesure où est racontée l’histoire des événements de Prague avec les Juifs dans le rôle de Jésus, mais avec la déformation supplémentaire, que le meurtre des premiers (par opposition à celui du second) était totalement justifié!

Les sources de la parodie sont des textes de la Bible, principalement les évangiles de Saint-Matthieu et Saint-Jean, à partir desquelles de longs passages sont sélectionnés et transformés. Plus de 90 versets bibliques sont cités, bien que souvent déformés. Par exemple, la prière de Jésus à Gethsémané est inversée. Alors que le véritable verset (selon Matthieu) est « Et pourtant non comme je le veux, mais comme vous voulez », le meneur de la foule chrétienne s’exclame que le résultat de la violence, ne sera pas comme les Juifs « veulent, mais comme nous le ferons « .

Selon Barbara Newman, une telle distorsion crée un espace littéraire pour le lecteur, à qui est constamment rappelée la nature radicale de la «vraie» passion, qui sert de caisse de résonance pour l’histoire de la Passion des Juifs à Prague. D’une part, il y avait la Passion à Prague au sujet des Juifs, que la populace, une bande d’émeutiers mercenaires et des magistrats impitoyables, croyaient avoir fait arriver. D’un autre côté, il y avait la Passion du Christ.

Newman est d’avis que cette caisse de résonance – la passion biblique – sape radicalement les points que l’auteur de la Passion de Prague tente de faire valoir. Elle croit que l’auteur anonyme «a vu dans les événements de Prague le renouvellement de la vengeance du Sauveur contre les Juifs». Selon Barbara Newman, la formule de la parodie, que l’auteur a choisie – la passion du Christ – a créé un «inconscient textuel qui, malgré les gros efforts de l’auteur, laisse filtrer la grâce de l’ironie et de la pitié».

Que l’auteur anonyme en ait eu conscience – ce qui n’est pas l’opinion de Barbara Newman – n’est pas facile à établir, dans la mesure où la Passion n’est actuellement pas disponible en dehors d’une traduction en tchèque.

Curieusement, l’un des manuscrits contenant la Passion de Prague, selon Barbara Newman, provient de la cathédrale et contient des œuvres anti-hussites.

Il est bien connu que le premier réformateur protestant, Jan Huss (1369 – 1415), est supposé avoir eu des relations amicales avec les Juifs à Prague et en particulier avec le rabbin Avigdor Kara. Et sur la pierre tombale d’Avigdor Kara – la plus ancienne du cimetière de Prague, son père reçoit l’épithète de martyr. Il a probablement été tué durant le massacre.

On se demande si la parodie était plus qu’une simple parodie de la Passion du Christ? Peut-être était-ce une parodie élégante des discours de haine des bourgeois de Prague vers 1400. On pourrait même se demander si Jan Huss ou un de ses amis ne l’a pas écrite?
Vraisemblablement, il étudiait déjà à l’Université pendant les Pâques fatidiques de 1389 et dût voir les événements de près. Et se sentir écoeuré!

 

Ce tableau toujours accroché dans la cathédrale de Sandomierz (Pologne), montre des Juifs tuant des enfants chrétiens pour leur sang.

Ephéméride | Geoffrey Chaucer [16 Avril]

16 avril 1397

Geoffrey Chaucer lit pour la première fois ses contes de Canterbury à la cour du roi Richard II d’Angleterre.

A l’époque, il n’y avait plus de Juifs en Angleterre depuis plus d’un siècle. La petite communauté de 2000 membres avait été expulsée en 1290 et était pour la plupart partie vers la Pologne. Une preuve de plus, si nécessaire, que la haine des Juifs n’a pas besoin de Juifs pour prospérer, comme le montre ce chapitre des Contes, le premier texte classique de la littérature anglaise.

Le soit-disant meurtre rituel du petit Hugh de Lincoln imputé aux Juifs fit la fortune de la cathédrale de Lincoln jusqu’au milieu du XXe siècle, date à laquelle le reliquaire fut remplacé par l’inscription suivante:

« Ancien emplacement du reliquaire du Petit saint Hugues.
Des légendes mensongères rapportant des histoires de « meurtres rituels » de petits garçons chrétiens par les communautés juives étaient courantes dans toute l’Europe au Moyen Âge et même beaucoup plus tard. Ces faux bruits ont coûté la vie à un grand nombre de Juifs innocents. Lincoln avait sa propre légende et la prétendue victime a été enterrée dans la Cathédrale en 1255.
De telles histoires ne font pas honneur à la chrétienté et ainsi nous prions :
Seigneur, pardonnez ce que nous avons été,
corrigez ce que nous sommes,
et amenez-nous à ce que nous devons être. »

La présente traduction est tirée de l’édition de 1908 chez Félix Alcan et est due à M. Koszul.

« Ci commence le conte de Dame la Prieure.

Il était en Asie, en une grand’cité,
parmi peuple chrétien, certaine Juiverie
qu’un seigneur soutenait de la dite contrée,
pour usure sordide et vilenie de lucre,
que Christ et son Église ont fort en haine ;
on pouvait par la rue marcher ou chevaucher,
car elle était ouverte et libre à chaque bout.

Se tenait là petite école de chrétiens,
à l’extrême fin de la rue ;
et y venaient foules d’enfants sortis de sang chrétien,
qui d’année en année apprenaient à l’école
telles doctrines qui d’usage s’y donnaient,
c’est à savoir : chanter et lire,
comme le font enfants en leur jeune âge.

Or parmi ces enfants était un fils de veuve
petit clergeon, ayant bien sept ans d’âge,
qui tous les jours venait d’habitude à l’école ;
et aussi, toutes fois qu’il voyait une image
de la mère de Christ, avait coutume
comme y était instruit, de s’y agenouiller,
puis dire Ave Marie, en allant son chemin.

Ainsi la veuve avait appris son jeune fils
à toujours honorer la Bienheureuse Dame,
mère chérie de Christ, et il n’oubliait point —
car bon enfant bien vite apprend —
et toutes fois qu’il me souvient de la matière,
me semble voir Saint Nicolas en ma présence,
qui jeune aussi, fit à Christ révérence.

Or ce petit enfant, devant son petit livre
assis en cette école, apprenant l’abc,
soudain ouït chanter Alma Redemptoris
qu’autres enfants lisaient en leur antiphonaire ;
et s’enhardit à s’en venir près et plus près,
et écouta les mots et les notes aussi,
tant que par cœur il sut tout le premier verset.

Point ne savait ce que latin veut dire,
car il était tout jeune et tendre d’âge ;
mais un jour il pria un de ses camarades
de lui dire ce chant en son propre langage,
et de lui expliquer quel était son usage ;
de le traduire et éclaircir le supplia
maintes fois sur ses genoux nus.

Son compagnon qui plus que lui était âgé
lui répondit ainsi : « Ce chant, ai-je oui dire,
fut fait de notre heureuse et généreuse Dame,
pour que la saluions, et pour que la priions
d’être quand nous mourons notre aide et délivrance ;
ne puis rien expliquer de plus en la matière ;
j’apprends le chant, mais sais peu de grammaire.

« Et ce chant est-il donc fait à la révérence
de la mère de Christ ? (lors dit cet innocent).
Or certes je ferai toute ma diligence
à tout entier l’apprendre, avant que soit Noël,
quand je serais réprimandé pour l’abc,
et quand on me battrait trois rois dedans une heure,
car je le veux savoir pour l’honneur Notre Dame !

Son ami en secret l’enseigna chaque jour,
comme ils s’en retournaient, tant qu’il le sut par cœur,
et désormais il le chantait bien hardiment,
de mot à mot, et suivant chaque note.
Deux fois par jour le chant en sa gorge passait,
comme il allait vers l’école ou vers sa maison ;
tant il était dévot à la mère de Christ.

Dans cette Juiverie ainsi que je l’ai dit
comme allait et venait notre petit enfant,
joyeusement chantait et s’écriait toujours
Alma Redemptoris Mater ;
tant a percé son cœur la très grande douceur
de la mère de Christ, qu’afin de la prier,
ne pouvait se tenir de chanter en chemin.

Notre grand ennemi, le serpent Satanas
qui dans le cœur des Juifs a toujours son guêpier.
s’enfla soudain et dit : « Hélas ! peuple hébraïque,
est-ce chose conforme à votre honneur
qu’un tel enfant s’en aille ainsi que bien lui plaît,
à votre grand dépit, chantant telles histoires
qui sont contraires au respect de votre loi ? »

Et depuis ce temps là, conspirèrent les Juifs
afin de dépêcher cet innocent du monde.
Et pour ce faire ils louèrent un homicide,
qui s’en alla cacher dans certaine ruelle ;
dès que l’enfant s’en vint à passer par ce lieu,
ce maudit Juif le prit et le tint bien serré,
puis lui coupe la gorge et le jette en un trou.

Je dis qu’il fut jeté en une garde robe
où ces Juifs là soûlaient de purger leurs entrailles.
O maudite nation ! O Hérodes nouveaux !
A quoi vous servira votre mauvais complot ?
Meurtre est tôt publié ; cela ne faudra point ;
l’honneur de Dieu sera propagé par là même.
Sur votre acte maudit, le sang jà crie vengeance !

Martyr ainsi voué à la virginité,
ores tu peux chanter, suivant à tout jamais
le blanc Agneau céleste ! (ainsi dit la prieure) ;
tu es de ceux dont Jean le grand évangéliste
écrivit en Patmos, disant que ceux qui vont
devant l’Agneau, chantant un chant nouveau,
sont tels qui n’ont connu femme charnellement.

Et cette pauvre veuve attend toute la nuit
son petit enfançon, mais il ne revient point ;
et lors dès que paraît la lumière du jour,
toute pâle d’effroi et de souci
elle va à l’école et ailleurs le chercher ;
jusqu’à ce qu’à la fin lui vient nouvelle
qu’en dernier on l’a vu en rue de Juiverie.

Avec pitié de mère en sa poitrine enclose,
elle va, comme si elle était hors d’esprit,
partout où elle peut faire supposition
que vraisemblablement trouvera son enfant ;
et toujours à la mère de Christ, douce et bonne,
elle va s’écriant ; et fit enfin si bien
qu’elle alla le chercher chez le peuple maudit.

Et fort piteusement, elle demande et prie
chaque juif demeurant en la place susdite
d’avouer si jamais son enfant passa là.
Ils disaient « non ». Mais Jésus par sa grâce,
au bout d’un petit temps lui donna la pensée
d’aller crier après son fils à cet endroit
où Juifs l’avaient jeté de côté, dans la fosse.

O grand Dieu qui parfois établis la louange
par bouches d’innocents, voici bien ta puissance !
Cette gemme de chasteté, cette émeraude,
et du martyre aussi ce rubis très brillant,
le voilà qui gisant avec gorge tranchée,
se prit à rechanter Alma Redemptoris ,
si hautement que tout le lieu en résonna.

Et le peuple chrétien qui passait en la rue
s’approcha et du fait grandement s’étonna
et envoya chercher en hâte le prévôt,
qui bientôt, sans tarder nullement, arriva,
et vénéra le Christ, qui est le roi du ciel,
et puis sa mère aussi, honneur d’humanité,
et puis après cela fit mettre aux fers les Juifs.

Et cet enfant avec lamentation piteuse
fut remonté, chantant toujours son chant,
et puis avec honneur et grand’procession,
fut emporté en l’abbaye prochaine.
Sa mère évanouie près son cercueil gisait ;
et gens qui s’y trouvaient eurent grand peine
à écarter de là la nouvelle Rachel.

Chacun à grand tourment et mort honteuse,
les Juifs par ce prévôt furent mis à trépas,
ceux qui savaient ce meurtre — et vitement fut fait ;
point ne montra d’égards pour ces vilains maudits.
« Ceux-là iront à mal qui mal ont mérité »
et donc les fit tirer par des chevaux sauvages,
et puis pendre ainsi que la loi le commandait.

Et l’innocent gisait encore sur sa bière,
devant le maître-autel, tant que messe dura ;
et puis l’abbé s’en vint avecques son couvent
sans rien tarder pour l’enterrer rapidement ;
et comme eau bénite était sur lui jetée,
l’enfant parlait toujours, pendant qu’on l’aspergeait,
et chantait O Alma Redemptoris mater !

Cet abbé justement était homme fort saint,
(ainsi que moines sont, ou du moins devraient être 😉
adonc se mit à conjurer ce jeune enfant,
disant : « O cher enfant ! je te supplie,
au nom de la très sainte Trinité,
dis-moi par quelle cause ainsi tu peux chanter,
puisque tu as gorge coupée à ce que semble ? »

« —Oui, ma gorge est coupée jusqu’à l’os de la nuque,
(dit cet enfant,) et certes par voie de nature
je serais trépassé déjà depuis longtemps ;
mais Jésus-Christ, comme pouvez le voir aux Livres,
veut que sa gloire dure et reste en la mémoire,
et doncques pour l’honneur de sa Mère très chère,
je puis encor chanter O Alma ! haut et clair.

Car ce puits de merci, douce mère du Christ,
ai-je toujours aimé, autant que je pouvais,
et comme justement j’allais perdre ma vie,
elle s’en vint à moi, et m’ordonna chanter
tout justement cette antienne en mourant,
comme avez entendu ; et quand je l’eus chantée,
me sembla mettre sur ma langue un grain de blé.

Et c’est pourquoi je chante et chante en vérité
pour l’honneur de la bonne et bienheureuse Vierge,
jusqu’à ce que ma langue ait perdu cette graine.
Et puis après cela elle me dit encore :
« O mon petit enfant, or je vais te chercher,
quand cette graine sera prise de ta langue ;
ne sois point effrayé ; ne t’abandonnerai. »

Ce saint moine (c’est bien l’abbé que je veux dire)
lui tira donc la langue et en prit cette graine
et cet enfant rendit l’esprit fort doucement.
Et quand l’abbé eut vu cette grande merveille,
ses pleurs amers dégouttèrent comme une pluie,
et il tomba tout plat, en avant sur le sol,
et sans bouger, comme lié, y demeura.

Le couvent se coucha aussi sur le terrain,
en pleurant, et du Christ louant la chère mère ;
et puis se relevant, ils s’en allèrent,
et retirèrent ce martyr de son cercueil ;
et dedans un tombeau de marbre clair,
ils enfermèrent ce doux petit corps ;
et lui se trouve où Dieu nous veuille réunir !

Jeune Hugh de Lincoln, ô toi qui fus aussi
tué par Juifs maudits, comme est notoire,
car ce n’est qu’un tout petit temps passé,
prie donc aussi pour nous, nous pécheurs inconstants,
afin qu’en sa merci Dieu pitoyable
multiplie sa grande pitié sur nous,
pour le plus grand honneur de sa mère Marie.
Amen. »

Ci finit le conte de la Prieure. »

 

La cène - Léonard de Vinci

Ephéméride | Naissance de Léonard de Vinci [15 Avril]

15 avril 1452

Naissance de Léonard de Vinci. Un de ses tableaux les plus célèbres, « La Cène », est en fait un Séder, mais un Séder déjudaïsé, conformément à la doctrine de l’Eglise.

Je reproduis ici un post que j’avais publié le 3 mars 2016. La plupart de nos membres, arrivés depuis, n’ont donc pas eu l’occasion de le lire.

UN JUIF A OUBLIER: JESUS (4)

« La fête des pains sans levain, qu’on appelle la Pâque, approchait. Les grands prêtres et les scribes cherchaient par quel moyen supprimer Jésus, car ils avaient peur du peuple. Satan entra en Judas, appelé Iscariote, qui était au nombre des Douze. Judas partit s’entretenir avec les grands prêtres et les chefs des gardes, pour voir comment leur livrer Jésus. Ils se réjouirent et ils décidèrent de lui donner de l’argent. Judas fut d’accord, et il cherchait une occasion favorable pour le leur livrer à l’écart de la foule. Arriva le jour des pains sans levain, où il fallait immoler l’agneau pascal.
Jésus envoya Pierre et Jean, en leur disant : « Allez faire les préparatifs pour que nous mangions la Pâque. » »
Le doute n’est donc pas permis. La scène décrite par Luc dans le chapitre 22 de son évangile, le dernier souper de Jesus avant son arrestation et son exécution, est un Seder de Pessakh. Cela n’a rien de surprenant puisque les Evangiles décrivent de bout en bout, en Jesus et ses apôtres, des Juifs pieux qui observent scrupuleusement les mitsvoth.
C’est un épisode fondamental du point de vue de la doctrine chrétienne puisque c’est alors que se produit la trahison de Judas et l’institution de l’Eucharistie, la communion par le pain et le vin.
Conformément au rituel du séder, Jésus, maître de cérémonie, partage la matsah, le pain sans levain, et le vin. Il enrichit le sens, en ajoutant une nouvelle interprétation, un khidush. Pourquoi pas? Nous sommes toujours dans le cadre du judaïsme.
Mais à une époque où la plupart des gens étaient illettrés, ils ne pouvaient guère se référer au texte. C’est donc à travers les images, les sculptures, que l’Eglise transmettait pour l’essentiel, son message.
La représentation la plus célèbre de cette scène du dernier souper, l’ultima cena, est la fresque de Léonard de Vinci, qu’on appelle en français « la Cène ». Elle fut peinte par Leonardo, entre 1494 et 1498, pour décorer le réfectoire du couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie à Milan.
L’utilisation savante de la perspective, la composition qui joue à la fois sur la symétrie et les dissymétries pour donner majesté et animer les personnages, dont on peut presque lire sur les lèvres les réactions à l’annonce de la trahison, en font un chef d’oeuvre admiré et reproduit à des dizaines d’exemplaires au cours des siècles à travers l’Europe. Et aujourd’hui, grâce à Dan Brown et son Da Vinci Code, sa gloire dépasse largement le cercle des amateurs d’art. Notre époque a la culture populaire qu’elle mérite.
Cependant, les kilomètres de commentaires dont cette oeuvre a fait l’objet, en laissent de côté un aspect des plus surprenants: de ce séder, toute trace de séder a disparu! Pas d’agneau, pas de matsah. La matsah a été remplacée par des miches de pain levé! La peinture s’est considérablement dégradée dès la Renaissance, les multiples restaurations ne permettent pas de distinguer tous les détails, mais on peut les reconstituer grâce aux copies. Du khomets au lieu de matsah et même, si l’on en croit un expert, des restes d’anguilles dans l’assiette de Jésus. Gevalt, du poisson treif!
Une fois de plus, l’iconographie sert à déjudaïser Jesus et ses compagnons, au mépris des textes chrétiens canoniques eux-mêmes.
Mais pourquoi chercher la petite bête? dira-t-on. Est-ce si grave?
Oui, car il reste quand même un Juif dans cette affaire: Judas. Parmi tous les apôtres, Judas est celui qui reste identifié comme juif, contrairement aux autres. Il incarne pour des siècles de persécution, la figure du Juif, traitre pour de l’argent. « Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race » écrira Maurice Barrès, ne faisant par là que répéter l’enseignement transmis par l’Eglise.
Dans le tableau du Pérugin, Jésus et onze des apôtres sont assis d’un même côté de la table. Ils ont les cheveux blonds ou blancs. Judas est assis de l’autre côté, tournant le dos au spectateur comme il a tourné le dos à Jésus. Ses cheveux sont noirs et, bien entendu, il n’a pas d’auréole de sainteté.
Dans celui de Leonardo, il ne se distingue pas physiquement mais par son geste. Il touche la bourse où se trouve le salaire de la trahison. C’est que les moines dominicains pour lesquels cette oeuvre a été réalisée, soutiennent la doctrine du libre-arbitre. Judas n’est donc pas un traître par nature mais par choix.

Ménorah de bronze portant une inscription en hongrois et en hébreu à la gloire des combattants juifs de 1848/49. La datation probable de 1940 est instructive.

Ephéméride | La Diète de Hongrie [14 Avril]

Le 14 avril 1849

la Diète de Hongrie annonce son indépendance vis-à-vis de la maison des Habsbourg-Lorraine et proclame la république. Lajos Kossuth est alors nommé régent et investi des pleins pouvoirs. Les Juifs de Hongrie s’impliquent avec enthousiasme dans la lutte pour la liberté et l’indépendance. Du côté hongrois, la réception est moins enthousiaste.

Un vent de renouveau nationaliste et de réforme soufflait en Hongrie depuis 1825. Les principaux porteurs du nationalisme libéral hongrois étaient la noblesse et ils considéraient la transformation économique et sociale comme le moyen nécessaire pour atteindre les objectifs nationaux. Les projets de réformes proliféraient. Conscients que les Magyars constituaient une minorité en Hongrie (à l’époque le royaume de Hongrie incluait la Croatie, la Transylvanie, la Slovaquie et même une partie de l’Autriche actuelles), ces nationalistes hongrois cherchaient à assimiler les différentes nationalités du pays à la nation magyare. Au moyen de clubs sociaux, ils visaient à surmonter les différences de classe et à créer une plus grande solidarité.

Parmi les nombreuses questions vivement débattues à l’époque, il y avait l’émancipation juive. Le tournant se produisit en 1840. Le pamphlet du baron Joseph Eötvös sur l’émancipation juive et les attitudes libérales exprimées à la Diète surprirent les observateurs nationaux et étrangers. Ce n’est qu’en raison de l’opposition de la Chambre haute et de la Couronne que la proposition d’accorder aux Juifs une pleine égalité avec la population non noble fut repoussée. Néanmoins, la loi 29 de 1840 autorisa les Juifs à s’installer dans toutes les villes sauf les villes minières, éliminant ainsi un obstacle légal à l’urbanisation dynamique qui devait avoir lieu dans les décennies suivantes. De plus, bien que les Juifs soient encore exclus de nombreux clubs, en particulier ceux dirigés par des bourgeois, ils furent accueillis de manière inattendue dans certains clubs où dominaient les nobles.

Les Juifs hongrois, en particulier ceux qui étaient favorables aux réformes mais pas exclusivement, réagirent avec enthousiasme. Des brochures patriotiques telles que celles du rabbin Löw Schwab et de Mór Ballagi parurent en hongrois, de même qu’un projet de traduction de la Bible et du Siddur en hongrois par Ballagi. Des sociétés de « productivisation » visant à former les Juifs pour l’agriculture et l’artisanat furent créées dans plusieurs communautés. Les Juifs embrassèrent le nationalisme magyar avec une ferveur de néophyte et une société fut créée à Pest en 1844 pour disséminer la langue magyare parmi les Juifs.

À ce moment-là, toutefois, l’opinion publique avait commencé à se retourner contre l’émancipation. Le comte Széchenyi fit valoir qu’un pourcentage élevé de Juifs dans la population rendait l’intégration de type occidental inadaptée à la Hongrie. Un éditorial important du politicien libéral de l’époque, Louis Kossuth, parut en mai 1844. Se déclarant fermement en faveur de l’émancipation, il cherchait à comprendre pourquoi le public s’était détourné de sa position favorable. L’égalité juridique était certes importante, mais la véritable intégration sociale, la « fusion » l’était encore plus. Il y avait des éléments dans le judaïsme qui entretenaient la séparation juive non seulement comme religion, mais aussi comme « organisme politique ». Kossuth exhortait les Juifs à purger leur religion des éléments politiques et nationaux qui entravaient une émancipation significative. Bien que Kossuth n’ait pas expressément subordonné l’émancipation aux réformes religieuses, ses circonlocutions impliquaient qu’il s’agissait d’une offre qui ne devait pas être refusée.

Quelques années plus tard, de nombreux Juifs furent emportés par l’enthousiasme qui accueillit la révolution du 15 mars 1848. A Pest, alors que la demande en 12 points des jeunes radicaux était imprimée, un jeune médecin juif nommé Rosenfeld se joignit aux orateurs pour haranguer la foule excitée. Des centaines de Juifs s’enrôlèrent dans la garde nationale, apparaissant le lendemain armés de sabres et portant des cocardes et des brassards rouges, blancs et verts. L’espoir que l’émancipation était proche volait haut dans la communauté juive. Il demeurait cependant un certain malaise quant au fait que les 12 points exigeaient, certes, « l’égalité civile et religieuse », mais ne faisaient aucune mention explicite de l’émancipation juive. Néanmoins, la plupart des Juifs adoptèrent une attitude prudente mais optimiste, espérant le meilleur.

Ces attentes furent rapidement déçues. A peine quelques jours plus tards, les bourgeois exigèrent que les Juifs soient exclus de la garde nationale. Entre le 18 et le 21 mars, la violence dans les rues se transforma en émeutes anti-juives. À Pressburg (aujourd’hui Bratislava), où la Diète était en session, les bourgeois soutinrent une pétition qui visait à annuler les gains résidentiels faits par les Juifs depuis 1840 et exigeait en outre que le rédacteur juif du Pressburger Zeitung, Adolf Neustadt, soit licencié.
Sous la pression des émeutes et de la pétition des bourgeois, la Diète se tourna vers la question de l’émancipation juive. Des propositions furent formulées dans l’esprit de l’éditorial de Kossuth liant l’égalité aux réformes religieuses.
Kossuth lui-même conseilla la patience, de peur que les demandes juives intempestives « compromettent les moments propices à la renaissance de notre patrie. »
Jonas Kunewalder, le président de la communauté de Pest, exhorta également les Juifs à renoncer à faire campagnes pour leurs intérêts spécifiques et à placer leur confiance dans le gouvernement.
Cependant, Kunewalder, le plus grand défenseur des droits des Juifs dans les années 1840, n’était lui-même pas convaincu et rejoignit sa famille le 5 avril sur les fonts baptismaux de l’église catholique.
Il n’était pas le seul. Si la vague de conversions annoncée par la presse ne se concrétisa pas, des dizaines de Juifs hongrois abandonnèrent leur foi cette année-là, et parmi eux d’anciens militants pour l’émancipation à l’instar de Ballagi quelques années plus tôt.

Une poussée de violence beaucoup plus féroce éclata à Pâques dans les villes de Hongrie. Les hauts plateaux slovaques et les villes transdanubiennes furent particulièrement touchés. Ironiquement, seuls les comtés du nord-est habités par les Juifs les plus traditionnels furent épargnés.
A Pressburg se produisirent les pires troubles anti-juifs de toute l’Europe révolutionnaire. A Pest, les bourgeois poussaient désormais des revendications semblables à celles qui avaient été réclamées à Pressburg un mois plus tôt. Ils voulaient désarmer et expulser les Juifs de la garde nationale, expulser les Juifs qui s’étaient installés illégalement à Pest après 1838 et renvoyer l’éditeur juif du quotidien politique « Der Ungar », Hermann Klein. Le ministre-président Lajos Batthyány céda hypocritement à ces demandes, ordonnant en outre un recensement juif mené dans tout le pays pour vérifier la légalité de la résidence juive.

C’était trop. Des sociétés d’émigration se créèrent à Pressburg et à Pest à la fin d’avril et au début de mai avec la bénédiction des rabbins locaux. Comme à Vienne et à Prague, c’était l’intelligentsia juive radicale, dont Philipp Korn, un libraire de Pressburg qui avait publié les traductions hongroises de Ballagi quelques années plus tôt et Adolf Dux, traducteur de la poésie hongroise en allemand, qui appelait maintenant les Juifs à quitter leur patrie bien-aimée sans faire du sentiment, et partir pour la terre de la vraie liberté, l’Amérique.
Près de 100 émigrants de Pressburg partirent cet été-là, mais le mouvement, qui avait enthousiasmé le public juif, fit rapidement long feu. La menace posée par les insurgés serbes et croates en septembre poussa les patriotes comme Korn à lancer un nouvel appel, « Contre les rebelles! », pour la formation d’un corps juif.
Moins d’un mois après avoir épuisé ses options en tant que Juif en Hongrie, Korn se convertit lui-aussi et devint le commandant en second de la Légion allemande qui combattit aux côtés des forces hongroises.

Des sociétés de réforme radicale virent le jour au cours des premiers mois de la révolution dans plusieurs communautés, la plus importante étant la Reformgenossenschaft (communauté réformée) de Pest, sur le modèle de la société réformée radicale de Berlin.
Ignác Einhorn, qui commença à publier le premier hebdomadaire juif en Hongrie, « Der ungarische Israelit », à la mi-avril, fut élu prédicateur de la société.
Des réformes de grande envergure telles que l’abolition de la circoncision et des lois alimentaires, le transfert du shabbat au dimanche, la prière en langue vernaculaire et l’autorisation de mariages mixtes étaient envisagées.
Le rabbin Schwab accusa avec véhémence la société de troquer des principes religieux contre l’émancipation, accusation qu’Einhorn niait vigoureusement. La société reçut le statut de communauté indépendante en 1849 et ne fut abolie qu’en 1852 après de nombreuses pressions de la part de Schwab et de la communauté de Pest.

Ce n’est que l’été de l’année suivante, dans les derniers jours de la Hongrie révolutionnaire indépendante, qu’une loi d’émancipation des Juifs fut votée (le 28 juillet) par le parlement croupion de Szeged. A cette époque, il ne restait que les députés les plus radicaux, et après un discours passionné du Premier ministre Bertalan Szemere, le projet de loi fut adopté.
De manière caractéristique, la formulation portait l’empreinte de Kossuth, avec des clauses limitant l’immigration et convoquant un Sanhédrin pour instituer les réformes nécessaires parcimonieusement accordées.
Avec cette loi, la Hongrie devint le dernier pays de l’Europe révolutionnaire à émanciper les Juifs, quatre mois après que la constitution réactionnaire de l’Autriche l’eut fait d’une manière directe et inconditionnelle.

Les événements de 1848-1849 demeurèrent sélectivement dans la mémoire des Juifs hongrois au cours des décennies qui suivirent comme le point culminant des relations magyaro-juives. La participation patriotique des Juifs dans les forces armées – 20000 hommes était le chiffre gonflé qui circulait même pendant la révolution; 3 000, proportionnellement à la part des Juifs dans la population, semble plus raisonnable – était perçue comme une « alliance de sang » qui ne pourrait jamais être effacée de la mémoire.

Il sera évoqué à la veille de la Seconde Guerre mondiale lorsque les descendants des honvéds juifs de 1848 (comme on appelait les soldats de Kossuth) déposèrent une pétition pathétique pour être exemptés des lois juives.
Sans résultat.

(Source: Michael K. Silbe

Jean de Capistran

Ephéméride |Jean de Capistran [12 Avril]

12 avril 1454

Jean de Capistran prêche la croisade contre les Turcs. Pour les catholiques, il fut un saint. Pour les Juifs, un diable.

San Giovanni da Capestrano, connu sous le nom de Jean de Capistran en français (24 juin 1386 – 23 octobre 1456), était un franciscain italien, prédicateur, théologien, inquisiteur, croisé et instigateur de persécutions contre les Juifs.
Il nait à Capistrano, près de Naples en Italie, en 1385. Il étudie et pratique à la fois le droit séculier et le droit canon, mais plus tard est emprisonné au cours d’une guerre. Là, il dénonce son mariage et décide de servir Dieu. Après sa libération, il vend sa propriété et entre dans un monastère où la Règle de Saint François est strictement observée.

Pendant sept ans, Capistran pratique de sévères austérités, soigne les malades dans les hôpitaux et prêche la parole de Dieu. Il devient un disciple de Saint Bernard de Sienne, l’assistant dans des conférences publiques et des discussions. Cependant, Jean est accusé d’avoir propagé des opinions hétérodoxes et se rend à Rome pour justifier ses enseignements en présence du pape et d’un groupe de cardinaux, où il se défend bien.

Ensuite, il prêche dans toute l’Italie. Cinq papes successivement lui confient des missions de représentation dans des affaires importantes, et il se rend en France, en Autriche, en Pologne et en Allemagne. Ses négociations ont beaucoup de succès, mais aucun des papes ne l’élève plus haut que la position d’évêque, peut-être en raison de sa propre résistance.

Capistran s’avère être d’une grande aide au Saint-Siège dans la lutte contre l’hérésie et la menace de l’Islam. Il utilise ses dons oratoires exceptionnels pour persécuter les Hussites et d’autres minorités religieuses, y compris les Juifs, dont beaucoup seront tués par des foules à son instigation, notamment en Allemagne et en Pologne.

Dans ses discours, Capistran accuse les Juifs de tuer des enfants chrétiens et de profaner l’hostie. Les Juifs tremblent à son approche, car ses sermons sont de véritables invitations à l’émeute. Ses admirateurs l’appellent « le fléau des Judéens ». Les ducs de Bavière, Louis et Albert, influencés par les agitations de Capistran, chassent les Juifs de leurs duchés; dans certains endroits en Bavière, les Juifs sont forcés à porter un insigne infamant sur leurs manteaux (1452). Toujours sous l’influence de Capistran, le duc régnant de Franconie, Mgr Godfrey de Wurtzbourg, révoque les privilèges qu’il a accordés aux Juifs et décrète leur bannissement.

Envoyé en Bohême comme « Maître Inquisiteur » pour éradiquer l’hérésie, le célèbre prêtre franciscain est invité à Vretslav (cle nom de Wrocław à l’époque) où il reçoit un accueil enthousiaste à son arrivée au début de l’année 1453 à l’âge de 67 ans.
Constatant la richesse ostentatoire des bourgeois de Vretslav, le morbide Capistran commence une série de sermons dans l’église Sainte-Elisabeth, dans lesquels il décrie l’extravagance de la richesse et condamne son déploiement.
D’après les archives de la ville, son éloquence est si convaincante que l’église ne peut contenir les foules qu’il attire et il prêche par la fenêtre de son appartement de Plac Solny 2, surplombant la place où ses disciples empilent leurs objets précieux et y mettent le feu.
Condamnant le luxe vestimentaire, l’excès de boisson et de nourriture comme du vice, Capistran convainc sa congrégation d’ajouter les jeux de cartes, de dés, les jeux de tables et d’autres articles aux feux de joie quotidiens.
Ce sujet épuisé, Capistran se tourne vers ses trois objets de vindicte préférés: les hussites, les Turcs et les Juifs.

Comme il ne s’en trouve aucun des deux premières catégorties à Vretslav, ce sont les Juifs qui sont victimes de ses calomnies les plus vives. La rumeur d’une profanation juive de l’eucharistie circule rapidement et les autorités de la ville l’utilisent comme prétexte pour arrêter les Juifs de la ville et confisquer leurs biens.
Capistran lui-même supervise les interrogatoires pendant lesquels les Juifs sont torturés jusqu’à ce qu’une confession satisfaisante leur soit extorquée, puis condamnés à mort.

Les quatorze premières victimes sont attachées à des planches de bois sur la place du marché. Leurs chairs sont arrachées avec des pinces brûlantes, puis ils sont écartelés vivants.
Selon les registres de la ville, le reste des condamnés reçoit la possibilité de se convertir au christianisme ou de mourir. Certains, y compris le rabbin, choisissent le suicide.
Cependant 41 autres sont conduits au bûcher de la Place Solny le 4 juillet 1453.
Le reste des Juifs est chassé de la ville, tandis que leurs enfants d’âge tendre sont enlevés et baptisés de force.

En Pologne, Capistran s’allie à l’archevêque Zbigniev Olesniczki pour faire pression sur le roi Casimir IV afin qu’il abolisse les privilèges accordés aux Juifs en 1447.
Le roi refuse d’abord d’obtempérer, mais quand l’armée polonaise est défaite en 1454 par l’Ordre Teutonique aidé par le pape et l’Église catholique polonaise, le clergé annonce que Dieu avait puni le pays à cause de la protection accordée par le roi aux Juifs. Casimir céde et révoque les privilèges dont ces derniers avaient joui. Cela conduit à des persécutions des Juifs dans de nombreuses villes polonaises.

Son oeuvre accomplie, Capistran porte ses services ailleurs. Lorsque le sultan Mehmed II menace Vienne et Rome, le pape Callixte III l’engage pour l’aider à lever une croisade.
Jean de Capistran y répond et entreprend de recruter des chrétiens de Hongrie. Il réunit près de trente-cinq mille hommes, en majorité des paysans, artisans et étudiants. Ils sont rejoints par près de quinze mille mercenaires du commandant hongrois Jean Hunyadi.
Les armées ottomanes et chrétiennes se rencontrent à Belgrade en juillet 1456, alors que la ville est en partie détruite par les canons turcs.
Jean de Capistran exhorte à la délivrance de la ville avec un drapeau orné d’une croix et aux cris « Jésus, Jésus, Jésus ». Son charisme lui permet de contribuer à la défaite des Turcs.

Dorénavant surnomme le Saint-Soldat, Capistran contracte bientôt la peste bubonique et en meurt.
Après quoi une longue lignée de miracles lui seront attribués.

L’Eglise ne lui tiendra jusqu’à ce jour, aucune rigueur de ses persécutions contre les Juifs ou d’autres.
Il sera canonisé en 1690.
En 1890, sa fête, le 28 mars, sera inscrite au calendrier romain officielle. Elle sera déplacée au 23 octobre, anniversaire de sa mort, par le pape Paul VI en 1969 et l’est toujours.
En 1984, le pape Jean-Paul II le nommera patron des aumôniers militaires, en plus d’être déjà saint patron de l’Europe et des juristes.