David Bloch

Né en 1910 en Bavière, David Ludwig (!!!) Bloch commence par perdre, très tôt, sa mère Selma puis son père Simon. Jeune adulte, il subsiste de petits boulots dans l’Allemagne des années trente : peintre sur porcelaine, décorateur, étalagiste….

La Nuit de Cristal l’expédie à Dachau. Pour quelques semaines, mais elles seront décisives. Libéré, il embarque en avril 1940 pour Shanghai.

Il y épouse une « Shikse » locale Lilly Cheng Disiou et se met à produire un nombre considérable de gravures sur bois. Au début des années cinquante, il s’installe à New York et vit de son métier d’artiste chic. Pour la petite histoire, c’est à lui que Pat Nixon confie de décorer sa vaisselle à la Maison blanche. En 1976, il retourne en Allemagne et son œuvre s’assombrit comme l’attestent les deux dernières photos. En 2002, David Ludwig (ce double prénom !!) achève sa trajectoire terrestre à New York.

 

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Luc Bondy

Luc bondy

Luc Bondy est  né en 1948 à Zürich où ses parents, juifs autrichiens, s’étaient réfugiés.

Son grand-père Fritz avait connu Kafka, et dirigeait un théâtre (yiddish?) à Prague.

L’un des derniers représentants de la MittelEuropa et d’un Judaïsme résolument diasporique s’est raconté dans ‘Mes Dibbouks’.

Il était un peu suisse-allemand, un peu français, metteur en scène de théâtre puis d’opéra, à Francfort, à Berlin, puis à Paris, puis partout en Europe. Après Peter Stein, Luc Bondy a dirigé la Schaubühne, le théâtre de Berlin. Il avait été nommé à la tête du théâtre national de l’Odéon en 2012 dans le bruit et la fureur. J’avais vu Tartuffe et récemment Ivanov, une représentation bouleversante, où il était question de société soudée et minée à la fois par l’antisémitisme. J’avais découvert Luc Bondy dans les années 80, aux Amandiers : ‘Terre étrangère’, du Viennois Arthur Schnitzler.

Je ne verrai pas «son» Othello avec Torreton dans le rôle titre. Triste mois de novembre, décidément.

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Boris Lehman

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Boris Lehman est né à Lausanne le 3 mars 1944. Il n’a vécu là qu’un an. Ses parents avaient fui la Pologne dès l’avènement du Nazisme pour se réfugier en Belgique, puis en France, puis en Suisse.  Parcours classique des 40’s!

44 ans plus tard, Boris est revenu sur les bords du lac LeHman déambuler à la recherche des traces du passage de sa famille, « contre le temps et l’effacement ».

Il se définit comme Juif belge d’origine polonaise né en Suisse. Il tourne sans discontinuer depuis 1963, intégrant à son cinéma tout ce qui lui arrive. Il a aussi été pendant 20 ans animateur culturel dans un centre de réadaptation sociale pour malades mentaux.Anne Gorouben connaît peut-être son film « Symphonie’ : un malade y joue sa propre vie quand “juif, fou et belge”, il devait se cacher.

Boris était un ami de Chantal Akerman, mais aussi d‘Hélène Lapiower et de Samy Szlingerbaum (dont je vais essayer de parler ce we)… et il est toujours vivant (Lehaim)!

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Hélène Lapiower

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Hélène Lapiower est née le 11 septembre 1957 à Bruxelles de parents, prolétaires polonais qui ont émigré avant guerre.

Sa maman, Yokheved (dit Janina !) Wajsburt était née en 1922 à Varsovie. Elle était l’aînée de trois sœurs qu’on surnommait ‘les trois ananas’ : Janina, Alina, et Felicia. Elevée au sein d’une famille Bundiste, elle épousa en 1948 Ignace, dit Grégoire (sic) un autre Bundiste, et ils s’installèrent comme tailleurs à Bruxelles. En 1999, le film qu’Hélène réalisa sur famille dispersée de la Belgique aux Etats-Unis s’intitula ‘Petite conversation familiale’.

Il débute ainsi :

«J’ai filmé pendant sept ans ma famille de petits tailleurs juifs dont les enfants se sont tous mariés avec des Noirs, des Belges et des Arabes. » La boîte de Pandore avec les interrogations éternelles sur la filiation, l’appartenance, la transmission… Hélène était plus que jolie, elle était émouvante. Elle était passée par le TNS de la grande époque puis vous l’avez vue passer dans «C’est le bouquet ! », « Trouble every day » « Comment je me suis disputé ma vie sexuelle », « Moi Ivan, Toi, Abraham », et bien sûr chez Chantal Ackerman « Toute une nuit », « Golden Eighties »…

) Samy Szlingerbaum lui a confié le premier rôle, celui de sa mère, dans son film ‘Bruxelles Transit’ et c’est elle que vous avez vue sur le banc, Gare du Midi. Je l’avais de suite remarquée, même au second plan, tant elle portait en elle une petite flamme fragile, gracieuse, émouvante ! Comme Chantal Akerman n’a pas, quelque part, survécu à la disparition de sa Maman, Yokheved ne survécu pas à la ‘longue et terrible maladie’ de sa fille.

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Samy Szlingerbaum (1949-1986)

Samy Szlingerbaum est un cinéaste juif polonais né en Belgique. Il a collaboré avec Chantal Akerman dont il était l’ami : ils feront ensemble le premier voyage à New York…Il a tourné un long, unique et magnifique, ultime film en Yiddish. 


«Bruxelles-transit» sort en 1980, deux ans après ‘Les Rendez-vous d’Anna’ de Chantal Akerman au générique duquel il est crédité. Le film relate l’arrivée de ses parents à Bruxelles, en 1947. Sa maman raconte, en yiddish, les 10 jours de train à travers l’Europe, l’installation clandestine à Bruxelles, le déracinement, la course au petit boulot des sans papier, les efforts pour s’intégrer dans ce pays d’exil dont on ne connaît pas la langue… Samy définit pour ses parents le quartier de la gare du Midi comme « leur périmètre, leur territoire, leur royaume. ».

Le film comporte des scènes de fiction avec ses amis cinéastes dans le rôle des parents : Hélène Lapiower dont je vais parler et Boris Lehman dont j’ai parlé. Les images sont superbes, en noir et blanc à gros grain : de trains, des gares et des rues, en plans fixes incantatoires ou en longs travellings akermaniens (comme les aime Jean Pierre Niego Samy a tourné ce film avec l’aide de sa Maman. Avec l’aide, mais surtout et/aussi pour la sauver. Tout comme j’ai le sentiment que Chantal Akerman a tourné pour sauver la sienne.

Samy Szlingerbaum (1981) by Gérard Courant – Cinématon #113

Le « Cinématon » n°113 de Samy Szlingerbaum réalisé par Gérard Courant le 24 février 1981 à Berlin-Ouest (République Fédérale d’Allemagne)