Pietro Bracci, le pape Benoit XIV, Musée de Grenoble

Ephéméride |L’encyclique du Pape Benoit XIV |14 Juin]

14 juin 1751

Publication de l’encyclique du Pape Benoit XIV sur la cohabitation entre juifs et chrétiens en Pologne.

« Au Primat, Archevêques et Évêques du royaume de Pologne.
Vénérés frères, nous vous offrons nos salutations et notre bénédiction apostolique.

1. Dieu dans sa bonté a permis au catholicisme de prendre racine en Pologne à la fin du Xe siècle sous le règne de Notre prédécesseur Léon VIII. À l’époque, les efforts du roi Mieszko et de son épouse chrétienne Dobrava ont encouragé la propagation du christianisme. Depuis lors, les Polonais pieux et fervents ont continué la pratique fidèle de leur nouvelle religion. Pendant ce temps, diverses sectes ont tenté de s’établir en Pologne et de répandre les graines de leurs erreurs, de leurs hérésies et de leurs mauvaises opinions. Mais le peuple polonais fidèle a fermement résisté à leurs efforts. Nous estimons la mémoire glorieuse des martyrs polonais, des confesseurs, des vierges et des hommes saints; leurs vies exemplaires sont consignées dans les saintes annales de l’Église ….

Une autre menace pour les chrétiens a été l’influence de l’infidélité juive; cette influence était forte parce que les chrétiens et les juifs vivaient dans les mêmes villes et villages. Cependant leur influence a été minimisée parce que les évêques polonais ont fait tout leur possible pour aider les Polonais dans leur résistance aux Juifs. Ce que les évêques ont fait est enregistré dans le grand volume qui contient les constitutions des synodes de la province de Gniezno. Ces faits établissent de la manière la plus claire et la plus simple la grande gloire que la nation polonaise a gagnée pour son zèle à conserver la sainte religion embrassée par ses ancêtres tant d’années auparavant.

2. En ce qui concerne la question des Juifs, Nous devons exprimer notre préoccupation, qui nous fait pleurer à haute voix: « la meilleure des couleurs a été changée ». Nos experts crédibles dans les affaires polonaises et les citoyens de la Pologne elle-même qui ont communiqué avec nous, nous ont informés que le nombre de Juifs dans ce pays a considérablement augmenté. En fait, certaines villes et cités à prédominance chrétienne sont maintenant pratiquement dépourvues de chrétiens.

Les juifs ont remplacé les chrétiens au point que certaines paroisses sont sur le point de perdre leurs prêtres parce que leurs revenus ont tellement diminué. Parce que les Juifs contrôlent les entreprises qui vendent de l’alcool et même du vin, ils sont donc autorisés à superviser la collecte des recettes publiques. Ils ont également pris le contrôle des auberges, des propriétés en faillite, des villages et des terres publiques au moyen desquelles ils ont subjugué les pauvres agriculteurs chrétiens.

Les Juifs sont des maîtres cruels, qui non seulement font travailler durement les fermiers et les forcent à porter des charges excessives, mais aussi les punissent du fouet. En conséquence, il est arrivé que ces pauvres paysans soient les sujets des Juifs, soumis à leur volonté et à leur pouvoir. De plus, bien que le pouvoir de punir repose sur le fonctionnaire chrétien, il doit se conformer aux commandements des Juifs et infliger les punitions qu’ils désirent. S’il ne le fait pas, il perdra son poste. Par conséquent, les ordres tyranniques des Juifs doivent être exécutés.

3. Outre le tort causé aux chrétiens à cet égard, d’autres faits déraisonnables peuvent entraîner une perte et un danger encore plus grands. Le plus grave est que quelques grandes familles ont employé un juif comme «surintendant de la maisonnée»; à ce titre, ils administrent non seulement les affaires domestiques et économiques, mais ils affirment et revendiquent sans cesse l’autorité sur les chrétiens avec lesquels ils vivent. Il est maintenant même devenu courant que chrétiens et les juifs se mêlent partout. Mais ce qui est encore moins compréhensible, c’est que les Juifs ne craignent pas de prendre des chrétiens des deux sexes dans leurs maisons comme domestiques, à leur service.

En outre, au moyen de leur pratique particulière du commerce, ils accumulent une grande quantité d’argent et, ensuite, par un taux d’intérêt exorbitant, détruisent complètement la richesse et le patrimoine des chrétiens. Même s’ils empruntent de l’argent auprès de chrétiens à un taux d’intérêt excessif et anormal en donnant leurs synagogues en garantie, il est évident pour tous ceux qui y pensent qu’ils emploient l’argent emprunté aux chrétiens dans leurs transactions commerciales. Cela leur permet de réaliser suffisamment de bénéfices pour payer les intérêts convenus et, simultanément, augmenter leurs propres réserves. En même temps, ils gagnent autant de défenseurs de leurs synagogues et d’eux-mêmes que de créanciers.

4. Le célèbre moine Radulphe, inspiré jadis par un excès de zèle, était si enflammé contre les Juifs qu’il traversa l’Allemagne et la France au douzième siècle et, en prêchant contre les Juifs comme ennemis de notre sainte religion, incita les chrétiens à les détruire. Cela entraîna la mort d’un très grand nombre de Juifs. Quels seraient ses actes ou ses pensées s’il était en vie aujourd’hui et voyait ce qui se passe en Pologne? Mais le grand saint Bernard s’opposa à ce zèle immodéré et fou de Radulphe et écrivit au clergé et au peuple de l’est de la France: «Les Juifs ne doivent pas être persécutés: ils ne doivent pas être massacrés: ils ne doivent même pas être chassés. Examinez les écrits divins les concernant: nous lisons dans le psaume une nouvelle prophétie concernant les Juifs: Dieu m’a montré, dit l’Église, à propos de mes ennemis, qu’il ne faut pas les tuer au cas où ils oublieraient mon peuple. Vivants, en revanche, ils sont des rappels éminents pour nous de la souffrance du Seigneur. C’est pour cela qu’ils sont dispersés dans tous les pays afin qu’ils puissent être témoins de notre rédemption pendant qu’ils paient les justes punitions pour un si grand crime « (Lettre 363) .

Et il écrit ceci à Henri, archevêque de Mayence: «L’Église ne triomphe-t-elle pas chaque jour davantage des Juifs en les condamnant ou en les convertissant que si, une fois pour toutes, elle les détruisait au tranchant de l’épée? Certainement, ce n’est pas en vain que l’Église a établi la prière universelle qui est offerte aux Juifs sans foi depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, afin que le Seigneur Dieu enlève le voile de leurs cœurs, afin qu’ils soient sauvés de leurs ténèbres dans le lumière de la vérité, car à moins d’espérer que ceux qui ne croient pas croiront, il serait évidemment futile et creux de prier pour eux. (Lettre 365).

5. Pierre, abbé de Cluny, écrivit aussi contre Radulphe au roi Louis de France, et l’engagea à ne pas permettre la destruction des Juifs. Mais en même temps il l’encourageait à punir leurs excès et à les dépouiller des biens qu’ils avaient pris aux chrétiens ou acquis par l’usure; il devrait alors en consacrer la valeur à l’usage et au bénéfice de la sainte religion, comme on peut le voir dans les Annales du Vénérable Cardinal Baronius (1146). Dans ce domaine, comme dans tous les autres, nous adoptons la même norme d’action que les pontifes romains qui étaient nos vénérables prédécesseurs. Alexandre III a interdit aux chrétiens sous peine de lourdes sanctions d’accepter de se mettre au service de juifs de manière permanente. « Qu’ils ne se consacrent pas continuellement au service des Juifs pour un salaire. » Il expose la raison de cela dans la décrétale parce que les moeurs juives ne s’harmonisent en aucune façon avec les nôtres et ils pourraient facilement amener les esprits simples à leurs propres superstitions et infidélités par des rapports continus et une fréquentation incessante. »

Innocent III, après avoir dit que les juifs étaient reçus par les chrétiens dans leurs villes, avertit que la méthode et la condition de cette réception devraient empêcher qu’ils ne leur rendent le bien par le mal. « Ils sont admis à notre connaissance dans un esprit de miséricorde, et nous remboursent, selon le proverbe populaire, comme la souris dans le portefeuille, le serpent sur les genoux et le feu dans le sein remboursent habituellement leur hôte. »

Le même Pape déclara qu’il était convenable que les Juifs servent les chrétiens plutôt que l’inverse et ajouta: « Que les fils de la femme libre ne soient pas les serviteurs des fils de la servante, mais comme des serviteurs rejetés par leur seigneur pour la mort duquel ils ont conspiré, qu’ils se rendent compte que le résultat de cet acte est de faire d’eux des serviteurs de ceux que la mort de Christ a rendus libres « , comme nous le lisons dans sa décrétale. De même dans la décrétale sous la même rubrique, il interdit la promotion des Juifs à la fonction publique: « interdisant aux Juifs d’être promus à des fonctions publiques, car dans ces circonstances, ils peuvent être très dangereux pour les chrétiens. »

Innocent IV, aussi, en écrivant à Saint Louis, roi de France, qui avait l’intention de chasser les Juifs au-delà des limites de son royaume, approuve ce plan puisque les Juifs ont très peu prêté attention aux règlements établis par le Siège apostolique à leur égard: « Puisque Nous luttons de tout notre coeur pour le salut des âmes, Nous t’accordons le plein pouvoir par l’autorité de cette lettre pour expulser les Juifs, particulièrement depuis que Nous avons appris qu’ils n’obéissent pas aux dites lois émises par le Saint-Siège contre eux»

6. Mais si l’on demande ce que le Siège Apostolique interdit aux juifs vivant dans les mêmes villes que les chrétiens, nous dirons que toutes les activités qui leur sont maintenant permises en Pologne leur sont interdites; Nous avons cité celles-ci ci-dessus. Il n’y a pas besoin de beaucoup de lecture pour comprendre que telle est la vérité claire sur la question. Il suffit de parcourir les décrétales sous le titre; Les Constitutions de Nos prédécesseurs, les Pontifes Romains IV, Paul IV, Saint Pie V, Grégoire XIII et Clément VIII qui sont facilement disponibles dans le Bullarium romain. Pour bien comprendre ces choses, Vénérables Frères, vous n’avez même pas besoin de les lire. Vous vous rappellerez les statuts et les prescriptions des synodes de vos prédécesseurs; ils ont toujours inscrit dans leurs constitutions toutes les mesures concernant les Juifs qui ont été sanctionnées et ordonnées par les Pontifes romains.

7. Le coeur de la difficulté, cependant, est que soit les sanctions des synodes sont oubliées, soit elles ne sont pas appliquées. À vous donc, Vénérés frères, revient la tâche de renouveler ces sanctions. La nature de votre office exige que vous encouragiez soigneusement leur mise en œuvre. Dans cette affaire, commencez avec le clergé, comme il est juste et raisonnable. Ceux-ci devront montrer aux autres la bonne façon d’agir, et éclairer le chemin pour le reste par leur exemple. Car dans la miséricorde de Dieu, Nous espérons que le bon exemple du clergé conduira les laïcs égarés au droit chemin. Vous pourrez donner ces ordres et ces commandements facilement et avec confiance, vous devez veiller à ce que ni vos biens ni vos privilèges ne soient loués à des Juifs; De plus, vous ne devez faire aucun commerce avec eux et ni leur prêtez de l’argent ni leur emprunter. Ainsi, vous serez libérés de toute transaction avec eux.

8. Les canons sacrés prescrivent que dans les cas les plus importants, tels que le cas présent, des censures soient imposées au récalcitrant; et que les cas qui augurent du danger et de la ruine pour la religion doivent être considérés comme des cas réservés dans lesquels seul l’évêque peut donner l’absolution. Le Concile de Trente a examiné votre compétence lorsqu’il a confirmé votre droit de réserver des affaires. Il ne limitait pas ces cas aux seuls crimes publics, mais les étendait aux cas les plus notoires et graves, à condition qu’ils ne soient pas purement internes. Mais nous avons souvent dit que certains cas devraient être considérés comme plus notoires et graves. Ce sont des cas, auxquels les hommes sont plus exposés, qui sont un danger à la fois pour la discipline ecclésiastique et pour le salut des âmes qui ont été confiées à vos soins épiscopaux. Nous en avons longuement discuté dans Notre traité, Livre 5, 5.

9. Dans ce domaine, nous aiderons autant que possible. Si vous devez procéder contre des ecclésiastiques hors de votre juridiction, vous rencontrerez sans doute des difficultés supplémentaires. C’est pourquoi Nous donnons à Notre Vénérable Frère, l’Archevêque Nicaenus, notre Nonce, un mandat approprié pour cette affaire, afin qu’il puisse vous fournir les moyens nécessaires en vertu des pouvoirs qui lui sont confiés. En même temps, nous vous promettons que lorsque la situation se présentera, nous coopérerons énergiquement et efficacement avec ceux dont l’autorité et le pouvoir combinés sont appropriés pour éliminer cette souillure de honte sur la Pologne. Mais d’abord, vénérés frères, demandez l’aide de Dieu, la source de toutes choses. Demandez Lui de l’aide pour nous et ce Siège Apostolique. Et tandis que Nous vous embrassons dans la plénitude de la charité, Nous vous donnons avec amour, Nos frères, et aux troupeaux confiés à vos soins, Notre Bénédiction apostolique. »

Le Pape Benoit XIV Lambertini est considéré comme le plus grand canoniste (droit catholique) du XVIIIe siècle.
Ennemi de la philosophie des Lumières, cela ne l’empêchait pas d’avoir des rapports cordiaux avec les philosophes.

Montesquieu, quittant Rome, va faire ses adieux au pape. « Mon cher Président, lui dit le pontife, avant de nous séparer je veux que vous emportiez quelque souvenir de mon amitié, je vous accorde la permission de faire gras toute votre vie, et j’étends cette faveur à toute votre famille ». Montesquieu remercie et prend congé. L’évêque camérier lui expédie la bulle de dispense, mais accompagnée d’une note tellement élevée que le moraliste la renvoie avec un « Je remercie Sa Sainteté de sa bienveillance ; mais le pape est un si honnête homme ! Je m’en rapporte à sa parole, et Dieu aussi ».

L’inimitié de Voltaire contre l’Eglise ne l’empêche pas de lui dédier sa tragédie Mahomet ou le Fanatisme (Grand Théâtre de Lille, 1741, Comédie Française, 1742) ; le pape, grand ami des lettres, lui répond par une lettre affectueuse et lui envoie sa bénédiction apostolique.

Vis-à-vis des Juifs, son bilan est pour le moins contrasté. Outre cette encyclique, il promulgue, le 28 février 1747, l’instruction « Postremo mense » qui marque un tournant dans la position de l’église sur le baptême des enfants juifs. Il maintient la doctrine traditionnelle qui interdit le baptême des enfants contre l’avis des parents, mais introduit deux exceptions: le baptême devient licite et même « louable et agréable à Dieu » si l’enfant est sur le point de mourir ou s’il a été abandonné par ses parents. Cette doctrine justifiera de nombreux enlèvements d’enfants juifs et sera à la racine, un siècle plus tard de la fameuse et douloureuse affaire Mortara.
D’un autre côté, la même année 1751, où il publie son encyclique, un diplomate juif, Jacob Zelig, se rend auprès du pape pour le convaincre de faire pression sur le clergé local afin que cessent les accusations de meurtres rituels. Le pape charge alors le cardinal Ganganelli d’une enquête qui parvient à la conclusion que ces accusations sont sans fondement et malveillantes.

Maryashe (Mary) Antin,

Ephéméride |Maryashe (Mary) Antin [13 Juin]

13 juin 1881

Naissance à Polotsk de Maryashe (Mary) Antin, militante pour les droits des immigrés aux Etats-Unis.

« Je pensais que c’était un miracle », s’exclame Mary Antin dans son autobiographie, « The Promised Land », écrite alors qu’elle n’avait que trente ans, « que moi, Mashke, la petite-fille de Raphael le Russe, née pour un humble destin, me sente chez moi dans une métropole américaine, sois libre de façonner ma propre vie, et rêve mes rêves en phrases anglaises. »
Cette auteure et conférencière, championne de l’immigration libre et ouverte, célèbre dans sa vie et son travail l’expérience d’immigrant et l’opportunité illimitée de l’Amérique.

Née à Polotsk dans la Zone de Résidence, le 13 juin 1881, de Israël Pinchus et Esther Khaye Antin, Maryashe Antin était la deuxième de six enfants. Pendant une brève période de son enfance, alors que l’entreprise familiale prospérait, elle étudia avec des tuteurs privés. Mais une maladie grave ruina l’entreprise. En 1891, incapable de gagner sa vie, son père partit, avec des centaines de milliers d’autres, chercher fortune en Amérique.

Tandis que leur mère assumait seule le fardeau de la famille, Antin et sa sœur aînée se retrouvèrent au travail comme apprenties. Après trois longues années, leur père réussit à économiser suffisamment pour faire venir sa femme et ses enfants. Au début du printemps de 1894, Esther Antin et ses enfants quittèrent Polotsk pour Boston.

Alors que l’Amérique ne répondit jamais au rêve de prospérité d’Israël Antin – ses diverses entreprises échouèrent -, elle tint sa promesse d’égalité des chances. L’éducation maintint le rêve américain en vie pour Maryashe – devenue Mary – et ses frères et sœurs plus jeunes. Des années plus tard, en décrivant le jour où ils partirent fièrement pour l’école, elle écrivit que par « le simple fait de délivrer nos attestations pour école. . . mon père avait pris possession de l’Amérique. »

Comme les autres enfants d’immigrants, à l’époque où l’affectation à une classe étaient déterminée par la compétence en anglais plutôt qu’en fonction de l’âge, Mary, qui avait alors treize ans, dut se serrer derrière un pupitre destiné à un enfant de maternelle.
Son intelligence et ses dons littéraires évidents impressionnèrent rapidement ses professeurs. Désireux de montrer ce qu’un enfant immigré pouvait accomplir en seulement quatre mois, l’un d’entre eux envoya une composition d’Antin intitulée « Neige » au magazine « Primary Education ». En voyant son nom imprimé pour la première fois, Antin décida de devenir écrivain.

Guidée par ses professeurs, elle parcourut le secondaire en quatre ans. En même temps, elle commença à mettre en oeuvre son ambition littéraire. La publication de ses poèmes dans les journaux de Boston fit d’elle une célébrité locale. A la délivrance de son diplôme d’études secondaires obtenu en 1898, sa carrière remarquable fut mise en exergue « comme une illustration de ce que le système américain d’éducation libre et l’immigrant européen pouvaient s’apporter mutuellement. » Pour ceux qui défendaient la capacité de la nation américaine à assimiler l’immigrant et la capacité de l’immigré à enrichir l’Amérique, Mary Antin devint un symbole.

Au courant du besoin désespéré de la famille de mettre tout le monde au travail pour joindre les deux bouts, Hattie L. Hecht, un dirigeant communal juif local, persuada Philip Cowen, rédacteur en chef de « The American Hebrew », d’organiser la publication du premier livre d’Antin.
Pendant l’été de 1894, la correspondante invétérée, âgée de treize ans, avait décrit à un oncle dans ses lettres le voyage de la famille. Traduites du yiddish et en raison d’une faute d’impression du nom de sa ville, ces lettres devinrent « De Plotzk à Boston » (1899). Le revenu des ventes du livre permit à Antin de poursuivre ses études dans le premier lycée pour jeunes filles de Boston, la « Girls Latin School », et de rêver du jour où elle entrerait à l’université.

Mais l’école, l’écriture et les tâches ménagères n’occupaient pas tout son temps. Lors d’un voyage d’études parrainé par la Hale House, un établissement située à South End, elle rencontra le géologue Amadeus William Grabau (1870-1946), fils et petit-fils de pasteurs luthériens d’origine allemande. Les deux tombèrent amoureux et se marièrent à Boston le 5 octobre 1901.

De Harvard, où il avait terminé son doctorat, Amadeus Grabau partit pour la faculté de l’université Columbia. Là, Mary réalisa son rêve d’aller à l’université, d’étudier à l’institut pédagogique de Columbia (1901-1902) et au Barnard College (1902-1904), mais sans obtenir de diplôme. Et avant longtemps, la naissance de leur enfant unique, Josephine Esther, compléta le tableau domestique.

Mais malgré sa nouvelle famille, les ambitions de Mary pour l’écriture ne diminuèrent pas. Alors que la plupart de ses poèmes restaient inédits, Josephine Lazarus, une transcendantaliste, soeur de la poétesse Emma Lazarus et membre du nouveau cercle d’amis de Mary, la convainquit d’écrire son autobiographie. La mort de Joséphine Lazarus en 1910 incita Mary à commencer. En septembre 1911, « The Atlantic Monthly » publiait « Malinke’s Atonement » (L’expiation de Malinke », une nouvelle étonnante située à Polotsk sur une « pauvre fille ignorante » de neuf ans, qui, après une épreuve de foi audacieuse, obtient l’accès à l’interdit – une éducation « la même que celle d’un garçon ». Deux mois plus tard, l’Atlantic Monthly publia la première partie de ce qui devint son œuvre la plus connue, « The Promised Land » (La terre promise (1912).

Dans « The Promised Land », Mary Antin décrit sa vie à Polotsk et à Boston. Epousant le mythe du rêve américain, elle montrait comment l’idée de l’Amérique allait à l’encontre de l’oppression économique, politique et culturelle en l’Europe. Elle pointait son propre succès d’adolescente comme preuve des possibilités abondantes offertes aux immigrants qui abandonnait l’ancien monde pour embrasser de tout cœur le nouveau. « The Promised Land » lui apporta une renommée nationale. Près de 85 000 exemplaires furent vendus avant sa mort.

Antin continua à écrire des nouvelles pour l’Atlantic Monthly et des articles d’opinion pour Outlook. La même année où « The Promised Land » parut, elle s’engagea dans la campagne pour la présidence de Theodore Roosevelt. L’amitié de l’ancien président confirmait ce qu’elle avait si longtemps affirmé – que rien ne faisait obstacle à l’immigration en Amérique. Et Roosevelt révéla sa propre dette envers leur amitié quand il écrivit qu’il était devenu un partisan zélé du suffrage des femmes précisément grâce à son association avec des femmes comme Mary Antin.

De 1913 à 1918, Mary parcourut les États-Unis, donnant des conférences, souvent à des organisations juives, sur les thèmes exposés dans « The Promised Land ». Dans le livre, elle avait, non seulement célébré le rêve américain, mais aussi, peut-être étonnamment, défendu le sionisme.
Bien qu’auparavant elle avait constaté que son héritage juif s’effaçait devant le passé américain qui était sien désormais, elle n’avait jamais répudié son identité juive.
Malgré son mariage mixte, sa quête ardente de l’américanisation et son abandon de la piété du shtetl d’Europe de l’Est, elle soutint dans le magazine sioniste « The Maccabaean » que « quand je prends position pour la bannière sioniste, » ce « n’est en aucun cas incompatible avec une dévotion civique complète  » envers l’Amérique. Peut-être que son retour à Polotsk après son mariage – une visite dont on sait peu de choses – avait alimenté ces sentiments.

En 1914, elle fit suivre le succès de « The Promised Land » de son dernier livre, « They Who Knock at Our Gates » (Ils frappent à nos portes), un ouvrage polémique contre le mouvement de restriction de l’immigration. malgré un bon accueil, cette oeuvre fut moins populaire que ses promenades autobiographiques.

L’entrée de l’Amérique dans la Première Guerre mondiale entraîna une grave crise personnelle qui changea définitivement sa vie. Tandis qu’elle se lançait dans des conférences pour la cause alliée, son mari exprimait ses sympathies pro-allemandes avec force, provoquant une grave rupture dans leur foyer. En 1918, inquiète de leur éloignement, Antin subit une attaque de ce qui fut alors diagnostiqué comme de la neurasthénie, dont elle ne récupéra jamais complètement.
La maladie l’amena à se retirer de la vie publique. En 1919, quand les sympathies pro-allemandes d’Amadeus Grabau eurent rendu sa situation à Columbia intenable, lui et Mary se séparèrent. L’année suivante, il partit pour la Chine. Bien que le couple ait plus tard correspondu, la maladie et la guerre empêchèrent Antin de se rendre à Pékin, où son mari mourut en 1946.

Après la séparation, Mary quitta New York pour le Massachusetts. Elle partageait son temps entre une communauté d’aide sociale à Great Barrington, connue sous le nom de Gould Farm, la maison familiale à Winchester, et son propre appartement à Boston. Elle fut briévement hospitalisée et travailla également comme assistante sociale dans un hôpital. Par la suite, attirée par l’anthroposophie de Rudolph Steiner, elle tenta dans «The Soundless Trumpet» (1937), un de ses très rares essais tardifs, de transmettre la puissance de ces nouvelles idées mystiques, mais sans grand succès.

Intellectuellement alerte, mais physiquement handicapée dans ses dernières années, Mary Antin résida avec ses sœurs américaines plus jeunes. Elle mourut d’un cancer le 15 mai 1949, à Suffern, dans l’état de New York.

De nombreux mémoires et romans ont relaté la vie des immigrants juifs depuis la première parution de « The Promised Land » en 1912. Néanmoins, pour sa célébration de l’Amérique et comment elle avait transformé la Maryashe née à l’étranger, en Mary Antin, auteure, citoyenne et interprète de l’expérience ides immigrants, l’autobiographie de Mary Antin reste l’oeuvre par excellence du genre.

(Source: Pamela S. Nadell in Jewish Women’s Archive)

Anne Franck

Ephéméride |Anne Frank [12 Juin]

12 juin 1929

Naissance à Francfort-sur-le Main d’Anneliese Marie Frank, plus connue sous le nom d’Anne Frank.

Le journal d’Anne Frank, écrit à l’origine en néerlandais et publié en Hollande en 1947 sous le titre de Het Achterhuis: Dagboekbrieven 12 juin 1942-1 août 1944 (Journal intime 12 juin 1942-1 août 1944), eut un tirage initial de seulement 1500 exemplaires mais est devenu depuis ‘un phénomène. Il a été traduit dans plus de 60 langues – de l’albanais au gallois – y compris le farsi, l’arabe, le cinghalais et l’espéranto. En 2009, il a été ajouté au Registre « Mémoire du monde » de l’Unesco.

La Maison Anne Frank à Amsterdam – la cachette d’Anne pendant la Seconde Guerre mondiale – est le site le plus visité des Pays-Bas, et Anne a même sa propre page Facebook non officielle. Des enfants du monde entier continuent d’écrire des lettres à Anne comme si elle était leur amie. Elle est restée irrévocablement l’enfant éternel.

Anneliese Marie Frank, surnommée «Anne» par ses amis et sa famille, est née à Francfort-sur-le-Main le 12 juin 1929. Elle était la deuxième et la plus jeune enfant d’une famille juive assimilée. Sa soeur, Margot Betti Frank, qui avait trois ans de plus qu’Anne, a également écrit un journal intime – bien qu’il n’ait jamais été trouvé.

Margot était la sœur la plus studieuse. Anne, quoique intelligente, était souvent distraite par les conversations avec ses amis en classe.

Anne choisit son journal – un cahier à carreaux rouge et blanc – comme cadeau pour son 13e anniversaire. Cet anniversaire, le vendredi 12 juin 1942, fut le dernier avant qu’elle et sa famille se cachent. Pour célébrer le 13e anniversaire d’Anne, sa mère avait confectionné des biscuits à partager avec des amis à l’école, et Anne se régala d’une tarte aux fraises et vit sa chambre décorée de fleurs.

Après l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933, la famille d’Anne décida de s’échapper à Amsterdam pour fuir l’antisémitisme qui s’aggravait rapidement en Allemagne. Anne, sa soeur Margot, sa mère Edith et son père Otto entrèrent en clandestinité le 6 juillet 1942, laissant derrière eux le chat bien-aimé d’Anne, Moortje. Ils furent bientôt rejoints par quatre autres Juifs dont Peter, un garçon dont Anne allait tomber amoureuse.

Anne séjourna un total de deux ans et 35 jours dans la clandestinité. Pendant ce temps, elle ne pouvait voir le ciel, ni sentir la pluie ou le soleil, marcher sur l’herbe, ou même marcher un certain temps. Anne se concentra sur l’étude et la lecture de livres sur l’histoire et la littérature européennes. Elle consacra également du temps à son apparence: enrouler ses cheveux noirs et manucurer ses ongles. Elle a dressé la liste des articles de toilette qu’elle rêvait un jour d’acheter, notamment: «rouge à lèvres, crayon à sourcils, sels de bain, poudre de bain, eau de Cologne, savon, houppette» (mercredi 7 octobre 1942).

Dans sa cachette, Anne espérait pouvoir un jour retourner à l’école et rêvait de passer une année à Paris et une autre à Londres. Elle voulait étudier l’histoire de l’art, parler couramment différentes langues tout en voyant « de belles robes », et « faire toutes sortes de choses passionnantes ». En fin de compte, elle voulait devenir «journaliste et plus tard écrivain célèbre» (jeudi 11 mai 1944).

Le 28 mars 1944, Anne et sa famille écoutèrent un programme de la BBC diffusé illégalement par Radio Oranje (la voix du gouvernement néerlandais en exil). Gerrit Bolkestein, ministre hollandais de l’éducation, de l’art et de la science, exilé à Londres, déclara qu’après la guerre, il souhaitait rassembler des témoignages oculaires sur le vécu du peuple néerlandais sous l’occupation allemande. Anne commença immédiatement à réécrire et à réviser son journal en vue d’une publication ultérieure. Elle le fit en même temps qu’elle continuait à rédigé son journal, plus intime.

En écoutant quotidiennement les émissions de Radio Oranje et de la BBC, le père d’Anne, Otto Frank, pouvait suivre les progrès des forces alliées. Il avait une petite carte de Normandie qu’il marquait de petites épingles rouges. Le mardi 6 juin 1944, Anne écrivit avec enthousiasme: «Est-ce vraiment le début de la libération tant attendue?» Tragiquement, ce n’était pas le cas. Deux mois après les débarquements alliés en Normandie, la police découvrit la cachette des Frank.

Le 4 août 1944, trois jours après la dernière entrée du journal intime, la Gestapo arrêta Anne avec sa famille et les autres personnes avec qui elle se cachait. Ils avaient été trahis par une source anonyme qui avait signalé leur existence aux autorités allemandes.

Anne fut d’abord envoyée à Westerbork, un camp de transit aux Pays-Bas, avant d’être déportée à Auschwitz-Birkenau, où périrent au moins 1,1 million d’hommes, de femmes et d’enfants, dont 90% de Juifs.

Anne et sa soeur Margot survécurent à Auschwitz seulement pour être envoyées au camp de concentration de Bergen-Belsen. Les deux jeunes filles moururent du typhus peu de temps avant la libération du camp par l’armée britannique, le 15 avril 1945. La date exacte de leur décès est inconnue. Margot avait 19 ans et Anne n’avait que 15 ans.

La Grande Synagogue de Poznan au début du XX° siècle.

Ephéméride |Poznan [11 Juin]

11 juin 1590

Le quartier juif de Poznan, entièrement construit en bois, brûle tandis que la population de la ville y assiste sans intervenir et en profite pour se livrer au pillage des demeures juives. L’incendie fait 15 victimes et 80 rouleaux de la Torah sont détruits.

Poznan, ville de la province de Wielkopolska, en Pologne était nommée en hébreu et en yiddish, Pozna et en allemand, Posen.
La communauté juive de Poznań fut l’une des premières implantées sur le sol polonais. La première référence à des Juifs vivant dans la ville date de 1379. Alors que la tradition fait remonter la construction de la synagogue de la ville vers 1367, il n’y a aucune preuve documentée de son existence avant 1449 (le cimetière, cependant, est mentionné dès 1438).
Selon une légende de la seconde moitié du XVe siècle, en 1399, quelques Juifs de Poznań auraient commis une profanation de l’hostie.
La même période vit également vu la création de la célèbre yeshiva de Poznań, connue sous le nom de Lomde Pozna.

La communauté juive de Poznań commença à prospérer au milieu du XVIe siècle. Elle comptait alors environ 1 500 personnes et était situé dans la partie nord-est de la ville. Les bâtiments densément agglutinés du quartier juif, en grande partie en bois, le rendait vulnérable aux incendies (comme en 1590 et 1613) qui s’étendaient à d’autres parties de la ville. Ces incendies entraînèrent des poursuites longues et coûteuses intentées par les autorités municipales, qui les utilisèrent comme prétexte pour exiger l’expulsion des Juifs de la ville.

Les autorités juives, de leur côté, réclamaient l’extension du quartier juif surpeuplé. Un rapport de 1619, consigné au cours d’une de ces procès, note que 3 130 juifs vivaient à Poznań, soit deux fois plus qu’au milieu du XVIe siècle.
En 1621, la réinstallation de certains Juifs de Poznań dans la ville privée voisine de Swarzędz, dont le propriétaire offrait des avantages favorables, atténua partiellement le problème de la surpopulation. Les Juifs de Swarzędz restèrent affiliés à Poznań. En tant que communauté «fille» nouvellement fondée, les Juifs de Swarzędz étaient obligés de respecter toutes les décisions prises par les autorités de la communauté mère – et aussi de lui payer des impôts.

Au cours des guerres polono-suédoises du milieu du XVIIe siècle, la communauté juive de Poznań fut accusée de collaborer avec l’ennemi et fut victime de pogroms perpétrés par des résidents chrétiens et les divisions militaires polonaises. En 1659, une foule dirigée par des étudiants du collège local des Jésuites pilla le quartier juif, et peu de temps après, l’épidémie de 1661-1662 ajouta aux difficultés des Juifs de Poznań. Après les dévastations du milieu du XVIIe siècle, le fardeau de la dette de la communauté commença à croître rapidement.

Selon les registres de 1674-1676, les Juifs représentaient un peu plus de 30% des habitants de la ville. La plupart des Juifs de Poznań vivaient du commerce, en particulier des textiles, des peaux et des fourrures. Ils ne commerçaient pas seulement localement, mais aussi sur de longues distances, reliant la cité aux marchés à l’ouest tels que ceux de Leipzig et de Francfort-sur-l’Oder. D’autres Juifs travaillaient comme tailleurs, bouchers, fourreurs, cordonniers et orfèvres.

Avant la partition de la Pologne, Poznań abritait l’une des plus grandes communautés juives du pays. Elle possédait des institutions d’autogestion hautement développées, auxquelles elle élisait jusqu’à 100 fonctionnaires chaque année.
Spécifique de la communauté de Poznan était que l’activité des élus (kesherim), ne se limitaient pas à des fonctions exécutives, mais qu’ils continuaient à travailler toute l’année, constituant une sorte de sénat communal.
Les clercs juifs de Poznań non seulement dirigeaient la yeshiva locale, mais fournissaient aussi les grands rabbins de la Grande Pologne. Parmi eux se trouvaient d’éminents érudits, dont Yehudah Leib ben Betsal’el (le Maharal de Prague) et Mordekhai ben Avraham Yafeh (Jaffe).

Au début du XVIIIe siècle, la communauté subit de lourdes pertes à la suite de la Grande Guerre du Nord et particulièrement pendant l’occupation suédoise de la ville (1703-1709). D’autres dommages furent causés par une épidémie de peste (1709), des contributions prélevées sur les Juifs par les rebelles de Tarnogród (1716), et un incendie en 1717 qui détruisit une grande partie du quartier juif.
En 1736, une accusation de meurtre rituel conduisit à l’exécution du prédicateur communal Arye Leib Kalahora et du shtadlan (avocat) Ya’akov ben Pinḥas, mais d’autres, qui avaient été arrêtés, furent relâchés en 1740.
Une inondation au cours de l’année déjà désastreuse de 1736 détruisit une synagogue et de nombreuses maisons juives.

Le déclin général de la ville conduisit un nombre croissant de Juifs à quitter Poznań. Beaucoup se dirigèrent vers Leszno, qui commença à prendre la tête des communautés juives de la Grande Pologne.
Le recensement de 1764-1765 enregistre 1.951 Juifs à Poznań. Compte tenu de l’évasion au recensement et des enfants de moins d’un an non recensés, la communauté comptait probablement plus de 2 700 personnes.

Après le second partage de la Pologne (1793), Poznań tomba sous la domination prussienne. Un recensement effectué par les nouvelles autorités enregistrait 2 355 Juifs, soit environ 20% de la population de la ville. La législation prussienne autorisait l’admission des Juifs dans les écoles élémentaires et secondaires générales et limitait l’autorité de la communauté, permettant ainsi le début des processus d’acculturation et de germanisation. Après qu’un incendie en 1803 eût sévèrement endommagé le quartier juif, les Juifs furent autorisés à vivre n’importe où dans la ville.

La Haskalah, ou Lumières juives, fit des incursions à Poznań, où son principal promoteur fut David Karo, qui avait fait partie du cercle de maskilim de Berlin. En 1815, cependant, les Juifs orthodoxes choisirent Akiva Eger, un adversaire ferme de la réforme, comme rabbin de Poznań. En 1833, Eger, qui exerça jusqu’en 1837, réussit à bloquer une tentative des autorités prussiennes de dissoudre les heders de la ville.

Écartelée entre réformateurs et orthodoxes, la communauté de Poznań se scinda au milieu du XIXe siècle. Les partisans de la réforme organisèrent une communauté séparée, la Israelitische Brüdergemeinde, et construisirent une nouvelle synagogue de style mauresque (1856-1857). En 1862, ils élirent leur propre rabbin, Joseph Perles, diplômé du séminaire théologique juif de Breslau et de son université. Perles, qui écrivit plus tard une histoire de la communauté juive de Poznań, fut remplacé en 1872 par Philipp Bloch, qui exerça jusqu’en 1921.
Les partisans de l’orthodoxie, en revanche, créèrent l’Einheitsgemeinde, condamnant l’éclatement de la communauté par les réformateurs. La communauté orthodoxe prospéra sous le rabbinat de Wolf Feilchenfeld (1872-1913), à l’initiative duquel une nouvelle et spacieuse synagogue fut érigée près de la rue Stawna.

Lorsque Poznań se retrouva à l’intérieur des frontières du nouvel État polonais après 1918, la plupart de ses Juifs partirent pour l’Allemagne. Ce mouvement à grande échelle peut être attribué à l’affaiblissement des liens entre les Juifs de Poznań et les communautés juives polonaises, en faveur des liens avec les Juifs allemands, une relation qui avait commencé au milieu du dix-neuvième siècle.
Pendant ce temps, d’autres Juifs vinrent s’installer à Poznań depuis différentes parties de la Pologne. Selon sa propre liste, la communauté comptait 1650 membres en 1930; 2300 membres en 1933; et 3000 membres en 1939.
Environ 65 pour cent de ces résidents étaient employés dans le commerce, tandis que 20 pour cent gagnaient leur vie comme artisans.
À partir de 1922, l’avocat sioniste Marcin Cohn dirigea la communauté.

Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, une partie de la communauté fuit Poznań.
Les 11 et 12 décembre 1939, la campagne allemande pour rendre la ville « Judenrein », vide de Juifs, conduisit à la déportation de la plupart de ceux qui restaient vers Ostrów Lubelski et dans d’autres villes du Generalgouvernement. Les quelques Juifs restants finirent dans des camps de travail opérant près de Poznań de septembre 1939 à août 1943.

Les efforts pour débarrasser Poznań de ses Juifs se conclurent le 15 avril 1940 par le retrait symbolique de l’étoile de David de la synagogue près de la rue Stawna.
Le bâtiment fut transformé en piscine en 1942-1943 et continue de fonctionner comme tel jusqu’à ce jour.

(Source: Anna Michałowska-Mycielska in YIVO)

Ruth Rubin

Ephéméride |Ruth Rubin [10 Juin]

10 juin 2000

Disparition à Mamaroneck (Etat de New-York) de Ruth Rubin. Elle consacra sa vie à la sauvegarde du patrimoine du chant folklorique yiddish.

Ruth Rubin fut une érudite, collectionneuse et interprète de chansons folkloriques yiddish qui traîna son magnétophone dans des centaines de salons d’immigrants dans le but de préserver une tradition culturelle en voie de disparition.

Une des premières femmes à devenir une folkloriste éminente, Ruth Rubin avait également été parmi les premiers érudits américains à documenter la culture des Juifs d’Europe de l’Est, anticipant avec des décennies d’avance la renaissance yiddish des années 1970.
À partir des années 1930, elle ramassa une collection d’environ 2 000 chansons – ballades d’amour, berceuses, chansons des usines et des rues sans équivalent dans sa portée.

 » C’est sans doute la collection la plus importante, parce qu’elle commence si tôt  », a déclaré Steven Zeitlin, directeur de City Lore, le Centre de culture populaire urbaine de New York.  » Une grande partie du matériel meurt avec la succession des générations. Elle recueillait des chansons des gens qui les avaient apprises dans le vieux pays. »

Ruth Rubin, dont les livres comprenaient « Un trésor de chansons populaires juives » (1950) et « Voix d’un peuple: L’histoire du chant folklorique yiddish » (1963), a également interprété les chansons en concert et sur des disques. Ses enregistrements en studio, réalisés d’abord pour « Folkways » dans les années 1940, sont disponibles auprès de la Smithsonian Institution.

 » La chanson folklorique yiddish d’Europe de l’Est  », écrit Rubin dans la préface de  » Voices of a People  », reflète de façon vivante la vie d’une communauté de plusieurs millions de gens sur plusieurs générations. A travers les chansons, nous percevons la manière de parler et de dire, l’esprit et l’humour, les rêves et les aspirations, le non-sens, la gaieté, le drame et la lutte de tout un peuple. »

Contrairement à la musique klezmer, qui était principalement interprétée par des hommes lors d’occasions publiques, les chansons que Ruth Rubin collectionnait fleurissaient dans des intérieurs plus intimes – dans la cuisine, au-dessus du berceau – et étaient chantées presque exclusivement par des femmes, un groupe largement ignoré par les chroniqueurs culturels de son temps.

«Pendant qu’Irving Howe écrivait« Le monde de nos pères », elle travaillait, en un sens, sur le monde de nos mères», a déclaré M. Zeitlin.

Ruth Rubin est née Rifke Rosenblatt à Montréal, le 1er septembre 1906, fille d’immigrants juifs de Bessarabie. Jeune femme, elle s’installe à New York, avec son ferment tourbillonnant de musique yiddish, de littérature et de théâtre, et en 1929 elle publie un volume de ses propres poèmes en yiddish. En 1932, elle épouse Harry Rubin, décédé en 1971; L’unique enfant du couple, Michael, est décédé en 1959.

Au milieu des années 1930, Mme Rubin commence à se concentrer sérieusement sur le folklore, poursuivant ses études avec l’éminent érudit yiddish Max Weinreich et, durant la Seconde Guerre mondiale, et traduisant des journaux passés clandestinement dans des ghettos et des camps nazis. Avec la fin de la guerre et la révélation de l’ampleur de la Shoah, et de sa destruction radicale de la culture yiddish, Ruth Rubin devient encore plus déterminée à préserver une partie de ce qui restait en faisant des enregistrements sur le terrain.

En traînant son encombrant magnétophone à bobines de maison en maison dans des villes du Canada et des États-Unis, elle capte des chansons bien connues comme «Roizhinkes Mit Mandeln» («Raisins et amandes») et moins connues,ddes documents comme  » A Brivele der Maman  » ( » Une petite lettre à maman  ») et  » Oy, di lumpn / zey zenen shpionen  » ( » Oh, les ldéguenillés / Ce sont des espions  »).

Dans les dernières décennies du 20ème siècle, le travail de Rubin est une pierre angulaire du mouvement de renaissance yiddish. Avec la disparition d’une génération plus âgée de chanteurs juifs, de jeunes musiciens qui voulaient apprendre des chansons folkloriques yiddish se sont tournés vers ses livres et disques. Les enregistrements sur le terrain de Rubin sont maintenant conservés dans diverses collections, y compris les Archives de la culture populaire à la Bibliothèque du Congrès et l’Institut YIVO pour la recherche juive à New York.

Ruth Rubin obtint, en 1976 un doctorat de l’Union Graduate School à Cleveland. Sa thèse portait sur les chansons des femmes juives. Elle reçut un doctorat honorifique du New England Conservatory of Music et le Lifetime Achievement Award de YIVO, entre autres honneurs.

Même si elle s’est produite dans des salles de concert prestigieuses comme la Mairie et le Carnegie, Ruth Rubin considérait ces apparitions non pas comme des récitals, mais comme des liens dans une chaîne de transmission culturelle qu’elle espérait s’étendre loin dans le futur.

«Elle n’essayait pas de se donner de grands airs», se souvient le chanteur folk Pete Seeger, un ami de longue date qui jouait occasionnellement avec elle.  »Elle chantait juste une chanson très simplement. Elle était surtout intéressée à ce que la chanson sorte pour que les autres l’apprennent et chantent.  »

Depuis 2014, notre chère Eléonore B. Zunski, à travers son ensemble « Le petit peuple de Ruth Rubin », devenu aujourd’hui « Yerushe », s’attache à faire connaitre au public les trésors amassés par Ruth Rubin.

YIDDISH LEBT!