Nelly Rattner avec sa soeur et sa mère, à bord du Rex, en route vers la terre promise.

Ephéméride | Ellis Island [11 Avril]

11 avril 1890

Ellis Island est choisie comme station d’accueil et de contrôle des immigrants arrivants aux Etats-Unis. Les services d’immigration y ont fonctionné du 1er janvier 1892 au 12 novembre 1954. C’est aujourd’hui un musée.

La petite Nelly Rattner n’avait que 11 ans, en ce jour de 1940, quand elle aperçut la Statue de la Liberté pour la première fois. Sa famille, à l’exception de son père, avait échappé aux nazis, était parvenue à prendre le dernier train pour Vienne et monter à bord du dernier navire pour l’Amérique.

Elle était tellement excitée. Elle en avait tellement entendu parler à Vienne dans la famille. Cela signifiait la liberté!

Mais l’exaltation de sa famille était prématurée. Sur Ellis Island, ses membres furent retenus par les fonctionnaires de l’immigration, pas convaincus que la famille pouvait subvenir à ses besoins. Bien que la grand-mère de Nelly fût couturière et son oncle tailleur, tous furent bloqués parce que Nelly, sa soeur, sa mère et son oncle étaient sourds.

On a dit d’Ellis Island qu’elle était l’île de l’espoir et l’île des larmes. La grande majorité des immigrants virent leurs rêves se réaliser, puisque plus de 17 millions de personnes franchirent ses portes entre 1892 et 1954. La moitié des Américains, dit-on, compte au moins un ancêtre parmi ces voyageurs.
Mais Ellis Island n’était pas tant une porte ouverte qu’une porte gardée qui se fermait devant les malades, les très vieux, les pauvres, les femmes célibataires, les analphabètes et, à certaines époques, devant les anarchistes et les asiatiques.

Le célèbre sonnet d’Emma Lazarus inscrit sur le piédestal de la Statue de la Liberté a beau proclamer:

« Envoyez-moi vos fatigués, vos pauvres,
Envoyez-moi vos cohortes qui aspirent à vivre libres,
Les rebuts de vos rivages surpeuplés
Envoyez-les moi, les déshérités, que la tempête m’apporte,
… « 

la réalité de l’immigration était moins romantique.

« Le poème d’Emma Lazarus est très beau, mais il est très trompeur », selon Julian Simon, un professeur de l’Université du Maryland qui a beaucoup écrit sur l’immigration. « Les gens qui venaient et qui viennent maintenant n’étaient pas fatigués, ce n’était pas du tout le fond de cuve dépenaillé de la société: les gens qui arrivaient étaient jeunes, forts et dynamiques.
« Et pourtant, le poème fait du bien aux Américains – Mère Générosité, ce n’est pas justifié par les faits. »

Mais pour Alan Kraut, professeur d’histoire à l’American University et membre du comité d’histoire de la Statue de la Liberté – Ellis Island, dire que le gouvernement voulait écarter les gens, c’est de la « mythologie ». « L’Amérique voulait ces immigrants ». « Nous étions en concurrence avec le Canada et l’Australie, qui étaient déjà industrialisés. L’objectif était d’éliminer ceux qui étaient trop malades ou handicapés pour subvenir à leurs besoins. L’idée étant que les États-Unis ne devait pas devenir l’hospice du monde.

Ceux qui entreprenaient l’éprouvant voyage avaient au moins de l’argent, de la force et le courage de quitter leurs foyers. Le processus de sélection commençait avant même d’embarquer. Le Service de l’immigration exigeait que les compagnies de navigation transatlantiques examinent les candidats au voyage et ciblent ceux qui étaient malades ou ne pouvaient pas gagner leur vie. Les compagnies avaient intérêt à bien faire ce travail, car ceux qui avaient été rejetés à Ellis Island étaient renvoyés vers leur point de départ aux frais des compagnies.

Le prix du billet de passage était un autre obstacle. En 1900, un billet pour l’Amérique coûtait entre 10 $ à 35 $ en troisième classe, dans laquelle la majorité des immigrants voyageaient, entassés comme des bagages sous les ponts, souffrant souvent du mal de mer et mal en point. Ceux qui avaient plus de moyens pouvaient voyager plus confortablement dans des cabines pour environ 40 $ en seconde classe ou environ 80 $ en première classe. Ces sommes représentaient peut-être des années d’économies, parfois par un parent déjà en Amérique qui avait envoyé l’argent au pays.

Après un mois de mer, les navires pénétraient dans le port de New York, où, selon certains témoignages, tant de passagers se pressaient d’un côté pour voir Miss Liberty que les navires penchaient dangereusement.

Dans le port, les inspecteurs médicaux de l’État montaient à bord pour vérifier l’absence d’épidémies comme le choléra ou la typhoïde. Les passagers de première et deuxième classe étaient examinés dans leurs cabines, et la plupart descendaient juste la passerelle vers la liberté sur un quai dans le bas Manhattan. Seuls ceux de troisième classe étaient entassés sur des ferries en bois pour franchir le dernier mille jusqu’à Ellis Island.

Par groupes d’environ 20, ils étaient débarqués sur l’île, vêtus de leurs meilleurs costumes en laine, robes brodées et chapeaux, souvent achetés exprès pour le voyage. Ils portaient leurs effets personnels, les nécessaires et les sentimentaux, enveloppés dans des couvertures, des matelas, des valises cabossées et des grands paniers.

Le processus de sélection commençait avant même que les immigrants ne s’en aperçoivent. Après avoir déposé leurs affaires dans la salle des bagages de l’impressionnant bâtiment principal de style Beaux-Arts, ils gravissaient les marches menant à la salle d’enregistrement. Ils ne savaient pas qu’un médecin du Service de santé publique guettait d’en haut les signes de boiterie ou de respiration sifflante, un signe possible de maladie cardiaque ou de tuberculose.

Pénétrant dans le majestueux Grand Hall, avec ses hautes voûtes, ses plafonds en faïence et ses fenêtres surplombant Manhattan, les immigrants étaient attendus par un bataillon de médecins qui martelaient les poitrines des nouveaux arrivants, inspectaient les cuirs chevelus, observaient les expressions faciales et examinaient la peau et les ongles.

Beaucoup d’immigrants avaient été prévenus: « Attention à l’homme des yeux. » Il soulevait les paupières avec un doigt, une épingle à cheveux ou un tire-bouton pour rechercher le trachome, une maladie contagieuse entraînant la cécité. Toute signe en ce sens signifiait que les vêtements de l’immigrant seraient marqués à la craie d’un « E », un signe de rejet certain.

Les autres marques de mauvais augure comportaient le « H » pour les problèmes cardiaques, le « K » pour les hernies, le « F » pour les éruptions cutanées, le « S » pour la sénilité, le « L » pour la boiterie et le « X » pour la déficience mentale. Un cercle autour du « X » indiquait une déficience mentale extrême.

Les immigrants qui avaient réussi ces tests se dirigeaient vers une extrémité de la salle où, sous un drapeau américain géant, ils faisaientt face à « l’inspecteur principal », qui allait décider s’ils pourraient entrer en Amérique. A l’aide d’interprètes, ils étaient soumis à 29 questions. Etes-vous marié? Avez-vous des compétences? Avez-vous un travail qui vous attend ici? Êtes-vous un anarchiste? Êtes-vous polygame?

Quatre-vingt pour cent des nouveaux arrivants passaient à travers Ellis Island en six heures environ. Les autres étaient envoyés dans des centres de rétention, souvent simplement dans l’attente qu’un parent ou un ami se porte garant pour eux. Certains, affectés de maladies étaient hospitalisés sur l’île.
2% seulement étaient rapatriés au final rapatriés, mais quelques-uns, comme Nelly et sa famille, vécurent dans l’incertitude sur l’île pendant plusieurs mois.

Après 1910, lorsque le système d’accueil de l’île eut été réformé en réponse aux critiques, la plupart des mémoires laissés par des immigrants indiquent qu’ils étaient bien nourris, divertis avec des films et des concerts et autorisés à faire de l’exercice.Nelly s’amusait à apprendre l’anglais à la bibliothèque et à saluer les marins qui passaient sur leurs bateaux.

« Je pouvais regarder dans un sens et voir les gratte-ciels de Manhattan », a-t-elle raconté lors d’une interview dans laquelle elle lisait sur les lèvres et parlait d’une voix forte avec une trace d’accent européen. « Je pouvais regarder de l’autre côté et voir la Statue de la Liberté. J’en avais toujours rêvé, mais je ne pouvais pas y aller, je ne pouvais pas, j’étais coincée au milieu. »

La famille comparut plusieurs fois devant les inspecteurs d’audition de l’île. « Ils pensaient que nous n’étions pas capables de travailler, que nous étions désarmés. Ils étaient stupides … J’étais si anxieuse, ma mère avait si peur que nous soyons renvoyés sur un autre navire. »

Les travailleurs sociaux plaidèrent la cause de la famille devant une commission d’appel dans la sombre salle d’audience qu’on peut visiter dans le musée. La longue table de bois où siégeaient les juges est encore là.
C’est seulement au bout de cinq mois, lorsqu’un philanthrope suisse envoya la caution de 2500 $, que la famille fut relâchée.

Les Rattners prouvèrent rapidement qu’ils ne deviendraient pas un fardeau pour leur nouvelle nation. En cinq ans, la mère et l’oncle remboursèrent les 2 500 $ et s’installèrent à Manhattan, où Nelly vivait encore en 1990, lors de l’inauguration du musée.

Elle avait un album photo qu’elle avait apporté de Vienne et un autre rempli de photographies de ses premiers jours en Amérique. Sur l’une, elle se tenait sur le toit d’un immeuble du Bronx déguisée pour son premier Halloween en Amérique. Elle portait une cape vaporeuse et une couronne et brandissait une torche, tout comme Miss Liberty.

(Source: Laurie Goodstein, The Washington Post)

Shira Gorshman

Ephéméride | Shira Gorshman [10 avril]

10 avril 1906

Naissance à Krakes, en Lituanie, de Shira Gorshman, écrivaine yiddish qui fit de femmes du peuple les héroïnes de ses histoires.

Shira et sa famille s’enfuirent à Odessa pendant la Première Guerre mondiale. Elle quitta sa famille alors qu’elle n’avait pas quatorze ans pour fuir un beau-père violent et eut une fille à seize ans.
En 1924, Shira, active dans le mouvement sioniste, s’installe en Palestine, où elle travaille dans une communauté de gauche et pour le poète Hayyim Nahman Bialik. À la fin des années 1920, Gorshman retourne en Crimée soviétique pour aider à construire des collectifs agricoles juifs. En Crimée, elle rencontre le peintre Mendel Gorshman. Ils se marient et déménagent à Odessa, puis à Moscou. Shira commence à écrire des histoires dans les années 1930; ces histoires sont publiées dans des journaux russes antifascistes et dans des anthologies. Son premier livre, « 33 noveln » (33 nouvelles), n’est publié qu’en 1961. Elle publiera ensuite trois livres supplémentaires, le dernier en 1998.
Elle meurt en Israël en 2001.

Malheureusement, ses oeuvres n’ont pas été traduites à part une ou deux nouvelles dans des anthologies américaines et elles ne sont même pas faciles à trouver en yiddish.

Pour vous donner une idée de son talent, j’en ai traduit une, en comptant sur l’indulgence du lecteur pour le traducteur amateur.

BUBBE MALKE

À côté du vieux cimetière se dressait sa petite maison avec ses courtes fenêtres. Tout l’hiver, la neige recouvrait le toit jusqu’à ces fenêtres comme un grand bonnet de laine sur les yeux d’un petit enfant. L’été, le toit de terre était envahi de menthe et de camomille. De hautes fleurs tachées de blanc poussaient autour de la cheminée entre les feuilles tombées, formant une guirlande qui décorait la fumée. Les capucines, avec leurs pétales rouges et veloutés que Bubbe Malke aimait tant, enserraient le sentier étroit qui menait à sa petite porte de pin.
Les arbres du cimetière arrivaient jusqu’à la maison et murmuraient de verts rappels contre les fenêtres de Bubbe. Ces arbres étaient utiles à Bubbe. Elle cueillait des fleurs de tilleul, bonnes pour réchauffer les os, et ramassait des champignons sous les trembles. Elle perçait des petits trous dans les bouleaux et attachait des petits pots d’argile pour recueillir la sève. Les gens de la ville rinçaient l’arrière-goût des repas de Shabbat avec l’eau-de-vie de bouleau que Malke préparait avec. Bubbe Malke enterrait souvent des bouteilles vides et débouchées dans les fourmilières. Les malignes fourmis se glissaient dans les bouteilles comme des imbéciles, et Bubbe Malke leur versait de l’eau-de-vie dessus. Les vieux et les vieilles avec des rhumatismes louaient ce remède en disant: « Si mes os craquent encore, merci d’abord à Lui, mais ensuite à vous. . .  » À quoi Bubbe Malke se renversait un petit verre et répondait modestement: « A Lui ou à moi, à moi ou aux fourmis, du moment que les os craquent encore. »
Les gens de la ville disait que le vieux rabbin était venu voir Malke et l’avait réprimandée, en disant: « Tu cueilles des champignons du cimetière et tu fais des brosses avec la paille que tu y trouves. Cela ne devrait-il pas te suffire ?! Mais tu plantes aussi des carottes et des haricots entre les tombes. _ N’as-tu rien de mieux à faire? J’ai même entendu dire que tu te vantes que les carottes sont si grosses qu’on ne peut les arracher, et que chaque gousse de haricot est bourrée de graines comme une langue de femme est bourrée de mots.
Dès lors, seuls des poireaux sauvages poussaient entre les tombes. Pourtant, répétait Bubbe Malke, son tsimmes aux poireaux avaient un goût de miel. Qui a besoin de carottes?
Elle venait toujours – à travers les neiges d’hiver, à travers les feuilles d’automne – quand une femme accouchait, et chaque ville la pressait de venir s’y installer.
« Une personne seule, de longues nuits, c’est triste. . . .  »
Bubbe répondait: » Tout d’abord, de toute ma vie je ne me suis jamais considérée malheureuse. Deuxièmement, mon métier a besoin d’un esprit calme. Je ne peux pas compter le nombre de fois où je me suis sentie comme si j’étais celle qui accouchait. Mais à peine ai-je coupé le cordon ombilical et déjà j’ai tout oublié.  »
Une fois, à un bris somptueux, Bubbe Malke avait bu de l’eau-de-vie de cerise et mangé un plat entier de foie haché de bord à bord. Alors qu’elle s’amenait un grand saladier de gingembre, elle remarqua comment Mendl, le domestique, la regardait d’un air étrangement sévère. Par accident, elle avait renversé le saladier et, tout en époussetant pour récupérerle gingembre, elle avait crié: « Ne me regarde pas comme ça. J’ai plus que gagné cette nourriture. L’enfant, lpour l’amour du ciel, venait par le siège!  »
Et c’est ainsi qu’une vie se prolongeait avec des accouchements, des bris, des mariages, des funérailles. . . .
Bubbe Malke – faisant aérer ses affaires – avait l’habitude d’inspecter son propre linceul tissé avant de le ranger à nouveau au fond du coffre, en pensant tristement: Ceci n’est pas un voile de mariée, ça peut attendre un peu. Sa vie était emplie de rappels du passé lointain, d’espoirs pour « dans deux ans » et « dans cinq ans ». Puis, en un instant, tout fut rasé et vidé. . . .

« Toute la ville est déjà vide et elle a été oubliée. La nuit, elle s’assoit devant ses petites fenêtres à rideaux, et, passant son doigt sur les rangées tortueuses d un registre jauni, elle se rapelle: « Abram, Rose et leurs enfants: Hershel, Fyvish, Dina, Frieda, Joshua, Hannah et leurs Benny Nichola, Saul, Menahem et Jonas. » Elle suit leurs noms avec son doigt jusqu’à ce qu’elle commence à trembler et ferme les yeux, incapable de se relever. . . . Des cercles tournent autour des flammes jaunes dans lesquelles les bébés brûlent. Sa petite maison est remplie de cris d’enfants. . . et elle reste assise toute la nuit, habillée, ouvrant sporadiquement les yeux pour chasser cette horreur. . . . Elle reste comme ça pendant des semaines, attendant l’Ange de la Mort. . . . »

Mais une nuit elle se leva, mit son manteau grenat au revers de velours bordeaux, et, sans éteindre le feu, sans fermer la porte, elle quitta sa maison. Dans l’une des villes, elle troqua son manteau contre une peau de mouton et une miche de pain. Son visage creusé et ridé était dénudé au-dessus du col comme un morceau de peau jaune et sèche, et ses yeux bleus complètement éteints ressemblaient à deux pierres profondément enfoncées. Maintenant, personne ne la prendrait pour autre chose qu’une paysanne qui a passé toute sa vie à travailler dans les champs. Dans une seconde ville, elle ôta de son cou ses grosses perles d’ambre et les utilisa pour payer son loyer: un vieux couple lui laissa l’antichambre où vivait le cochon. Chaque nuit, le vieil homme mettait une chaussette de laine sur le groin du cochon pour que son ronflement n’empêche pas Bubbe Malke de dormir, mais elle ne dormait guère. À l’aube, elle ramassait des orties et d’autres herbes pour le cochon. Elle dit à la propriétaire qu’elle était une guérisseuse habile, mais la ville avait déjà la sienne. Personne ne s’adresserait à une étrangère. Pourtant, personne n’eut l’idée qu’elle était juive et Bubbe Malke commençait à croire que son métier ne lui serait d’aucune utilité.
Un soir qu’elle broyait des orties pour le cochon, une vieille paysanne se précipita dans l’antichambre, tira sur la manche de Bubbe Malke et dit: « Viens vite! La femme de Vlades est en couches depuis deux jours et est sur le point de mourir. »
La vieille femme conduisit Bubbe Malke dans une maison spacieuse aux planchers propres. Les cloisons de plâtre n’avaient pas encore été construites; des poutres de bois grossières, encore verdâtres de la mousse qui y avait poussé, marquaient l’emplacement où seraient les pièces. Au sommet d’une pile de literie, une icône accrochée au-dessus de la tête, gisait la femme en travail; ses jambes étaient repliées, et son abdomen éclipsait son visage. De long en large, du miroir au poêle, le maître de maison faisait les cent pas. « Monsieur! Apporte de l’eau! Donne-moi à boire et à manger aussi! »
Elle avala la boisson, mangea rapidement quelques œufs rôtis, puis attacha deux serviettes de toilette à la tête de lit et, se penchant sur la femme en travail, dit sévèrement: « Tu veux vivre? Alors aide-toi! J’ai vu plus de femmes en couches que tu n’as de cheveux sur la tête. Alors, bouge-toi! Prends les serviettes, plus fort, tire-les vers toi de toutes tes forces! . . . Encore plus fort! Replie tes genoux, fille sensée, personne ne peut sortir par une porte fermée! . . . Encore une fois, ma chère, plus fort. . . . Monsieur! Une tasse de thé – moitié miel, moitié eau. . . plus vite! Maintenant, bois. Une lichette! Une gorgée! Encore une fois les serviettes – tire-les à toi! Aide-toi! Plus fort!  »
C’est ainsi que Bubbe Malke donnait ses ordres, jusqu’à ce que la femme qui accouchait laissât échapper un rugissement surnaturel. Puis Bubbe Malke retroussa ses manches et appela le maître: « Verse pour moi! » Tenant ses mains nettoyées devant elle, elle retourna en courant vers le lit. D’une voix étouffée, comme si elle avait peur d’effrayer quelqu’un, elle lui fit signe: « Viens plus vite, imbécile, il n’y a plus de place pour toi là-dedans de toute façon… »
Elle parlait de plus en plus doucement tandis que la femme en travail rugissait de plus en plus fort, jusqu’à ce qu’un claquement léger se fasse entendre et un doux « Ooh-ah » tout neuf.
Vlades se leva et regarda l’être brun-bleu, se tortillant la bouche ouverte, que Bubbe Malke tenait dans sa paume gauche. De sa main droite, elle versa de l’eau tiède sur le bébé et plaisanta: « Mon Dieu, en voilà un paysan, il pèse douze livres! » Elle emmaillota le bébé et s’adressa à Vlades. « Alors donne-moi quelque chose à manger. »
Vlades sortit à nouveau la bière de la maison et remplit deux verres.
« Non, je n’ai pas besoin de plus. Assez! Je ne suis pas une saoularde! J’avais juste besoin d’une goutte de courage avant. Tu bois et tu me donnes quelque chose à manger. »
Vlades sortit du beurre et du miel et une miche de pain de froment ronde, et Bubbe Malke tartina tranche après tranche.
« Ay, Bobke, tu as fait une journée de travail. Si nous te donnions un peu plus à manger, tu pourrais avoir des bébés toi-même. »
« Tu penses que c’est ta femme qui a eu ce bébé? C’est moi qui l’ai eu pour elle. Et maintenant il est temps de dormir, parce que tu commences à dire des bétises. Va te coucher et je resterai auprès de la mère. »

Les jours passèrent, et Bubbe Malke comprit bientôt que Vlades était le gouverneur de la ville nommé par les Allemands. Bientôt, la mère recommença à marcher. Le nouveau-né passa du rouge au rose et son nez large et plat s’amincit. Bubbe Malke guérit le muguet qui poussa dans la bouche du bébé en enroulant régulièrement un linge doux autour de son petit doigt, en le trempant dans de l’eau salée et en essuyant sa langue et ses gencives. Chaque jour, elle mangeait du même plat que le gouverneur et sa femme et grattait rapidement la graisse avec une cuillère. Elle remplissait de nouveau son propre corps.
Quand Vlades n’était pas à la maison, sa femme, Marina, ouvrait une malle verte et, tout en présentant des ustensiles en argent, du linge de maison et d’autres objets, demandait: « Qu’en pensez-vous, ma chère, c’est un péché? Si nous ne l’avions pas prit, d’autres l’auraient fait, comme vous savez. N’est-ce pas vrai?
Bubbe Malke hochait silencieusement la tête.
Chaque nuit, elle faisait le même rêve: elle amène l’enfant pour le faire circoncire et le mohel a le visage de Vlades. Il défait les langes et les lui jette – et il s’en répand beaucoup, beaucoup de petits bras et jambes ensanglantés. Elle crie dans son sommeil, et le gouverneur lui hurle: « Va te faire un lit dans la partie d’été de la maison. Tu m’empêches de dormir, Bobke, et j’ai déjà assez de choses désagréables dans la tête. »
Bubbe Malke allait au-delà de la partie d’été, là où ses yeux la menaient. Ses sentiments pour Vlades, dès leur première rencontre même, n’était pas simplement de la haine. C’était un sentiment mêlé de dégoût, de haine et de curiosité.
Un après-midi, une paysanne entra dans la maison et annonça frénétiquement: « À trois milles d’ici, les partisans ont brûlé le poste de commandement avec les Allemands à l’intérieur. »
Marina s’enfonça dans les draps douillets et hurla. Vlades rentra de dehors et cria: « Combien de fois ai-je dit de ne laisser entrer personne dans la maison. Leurs yeux leur sortent pratiquement de la tête d’envie! Ils ne peuvent pas attendre pour venir me chercher. Tu penses que je suis le seul qui a volé quelque chose, et que ce sont des gens si honnêtes? Sors du lit, espèce de truie! » Il leva les poings comme pour frapper Marina.
« Vlades, j’ai peur, je n’ai pas de force. . . brûle tout, jette tout, je n’ai besoin de rien! « sanglota-t-elle.
« Jeter tout!? Espèce de tas puant! Ce n’est pas toi qui a tout apporté, ce n’est pas toi qui va tout jeter. »
Et Bubbe Malke, balançant le berceau, pensait: « Mon Dieu, il ne mérite pas d’entendre un seul son de son bébé. »
Jusque-là, la maison avait été complètement remplie d’affaires: des ustensiles en argent, des douzaines de draps hollandais, des pots de cuivre inutilisés qui tournaient au vert au-dessus de la cuisinière avec leurs couvercles à l’envers. Tout cela fut emporté. Ils mangeaient avec des fourchettes et des cuillères en bois et dormaient sur leur propre toile tissée. Les oreillers étaient parmi les seuls objets encore utilisés, soutenant patiemment leurs têtes chaque nuit. L’horloge marquait heure après heure, le miroir reflétait maintenant seulement un coin du fourneau et les quatre cordes qui maintenaient le berceau, au lieu de tout ce que Vlades avait étalé.
Les matins, quand Vlades se peignait les cheveux, Bubbe Malke se souvenait toujours de Tessa, la petite fille de son voisin Isaac: elle était restée les mains levées près du miroir, enroulant sa tresse autour de sa tête – il y avait un miroir comme celui-ci dans la maison d’Isaac. Tout le monde dans la ville disait que quelqu’un allait sûrement enlever Tessa, à la façon dont elle se tenait. . . et maintenant elle gisait avec ses parents et tant d’autres dans une tombe immense.
Depuis le miroir, Vlades regardait autour de lui avec sa mèche blonde tombant sur son visage indifférent. Incapable de se retenir, Bubbe Malke lâcha une fois: « Vlades, couvrez le miroir, c’est le type de verre qui est sensible à la chaleur, et dans cette maison, on est comme dans un bain. Prenez bien soin du miroir, c’est évidemment le vôtre maintenant! »
Vlades, recouvrant le miroir, se dit: « Oui, pourquoi devrions-nous attirer plus d’attention sur nous-mêmes? L’année prochaine, je vais construire une nouvelle maison avec un haut plafond sur mesure pour le miroir. »
Bubbe Malke, écrasant une pomme de terre bouillie pour le poulet avec le manche d’un hachoir, murmura dans le pot en fonte, « Tu ne devrais pas vivre pour voir ton fils grandir. Puisse-t-il être ton dernier enfant. »
La haine de Bubbe Malke envers Vlades l’empêchait de dormir. La nuit, elle regardait de derrière le poêle, et peu importe l’obscurité de la maison, elle voyait son visage et ses dents dans sa bouche ouverte en ronflant. À un moment donné, il fut retardé plusieurs jours dans une ville voisine. S’il avait pris la peine de lire son regard à son retour, il aurait compris qu’elle l’attendait avec effroi.
Pour Marina, elle avait depuis longtemps pris sa décision: de la bouillie fade sans sel ni poivre. Mais parce qu’elle pensait à Vlades d’une manière totalement différente, elle commença à passer des journées entières à planifier comment faire partir Marina avec le bébé. En plus de tout cela, Marina passait son temps à soupirer et à geindre à propos de quelque chose qu’elle dissimulait visiblement à Bubbe Malke. Bubbe Malke ne posa aucune question, mais Marina finit par se confier à Bubbe un jour que Vlades n’était pas à la maison. « Une semaine à partir de dimanche », dit-elle, « les Allemands vont entrer dans la ville. Vlades dit qu’il les invitera chez nous et m’a ordonné de faire des oies grillées avec des pommes. Je peux cuisiner des oies avec du chou, mais c’est la première fois que j’ai entendu parler de les cuisiner avec des pommes. . . et vous le connaissez. Hein? S’il dit quelque chose, ça doit être fait. »
« Donc, dimanche prochain, il est encore temps! Et de toute façon, que lui importe comment elles sont rôties, tant qu’elles sont rôties! » Bubbe Malke consola Marina.
Elles murmurèrent pendant des heures jusqu’à ce que Marina éclate en sanglots devant Vlades. « Je veux aller chez mes parents, mon cher Vlades, ils me manquent! » Bubbe Malke intervint, « Si tu avais du bon sens, tu dirais: « Va, ma femme, prends cet enfant et pars! » Est-il nécessaire qu’elle arpente la maison? Tes hôtes sont allemands, n’oublie pas, et les Allemands ne se refusent rien. Les boissons sont des boissons, les oies grillées sont, bien sûr, délicieuses, et après plusieurs verres d’eau-de-vie, une jeune femme n’est pas trop mal non plus! Et pendant que j’y suis, je devrais dire, Vlades. . Je pense que j’ai assez mangé de ton pain. Il est temps de passer à autre chose. A trente milles d’ici j’ai des parents. Quand le printemps arrivera, je les aiderai à s’occuper de la maison. »
« T’es-tu soudain mis dans la tête que je vais mettre de la poudre à canon sous tes fesses? Puis-je dire quelque chose? Ma femme peut s’en aller! Et toi, tu restes! Elle reviendra, tu voies, »dit Vlades, interrompant le discours de Bubbe Malke.
Au matin, il alla lui-même conduire Marina. Quand il revint, il ne pouvait s’empêcher de répéter: « Le four est blanchi à la chaux, les murs sont raclés et les planchers – nous pourrions y manger de la bouillie. »
Maintenant seule avec Vlades, Bubbe Malke devint aussi agitée et tendue cque lorsqu’elle était arrivée dans la ville. Ensuite, l’idée que les paysans et les citadins se rendent compte qu’elle était juive l’avait tourmentée. Elle s’était lentement adaptée à cette peur, mais maintenant elle se raidissait à chaque pas, chaque grincement de la porte, chaque mouvement que faisait Vlades – tout la faisait trembler. Elle ne se départit pas un seul instant de la force et de l’obstination qui lui avaient servi toute sa vie. Elle gardait un calme extérieur, mais ce n’était qu’un calme extérieur: sa vieille tête et son cœur observateur n’étaient pas en repos. Parfois, il lui semblait que cela aurait été plus simple et meilleur si elle était restée dans son village. Il n’y a que des berceaux vides là-bas et le vent peut les bercer, pensa-t-elle en regardant comment Vlades contrôlait la ville.
Après que Marina fut partie parti avec le bébé, Vlades travailla tout le temps. C’était le fils d’un riche meunier, et ce n’était pas pour rien que les Allemands l’avaient fait gouverneur. Vlades apportait l’Ange de la Mort à ceux qui avaient des fils, des frères et des pères dans l’Armée Rouge ou chez les partisans. Il partageait avec les Allemands les biens de ceux qui avaient été massacrés, et il ne sut jamais le sens de assez. Tout lui convenait: un poteau de fer dévissé de la maison d’un voisin, des arbres fruitiers déterrés avec leurs racines d’un verger étranger.
« Il devrait être damné, aucun berceau ne devrait exister dans sa maison. Il ne devrait plus jamais entendre le cri d’un nouveau-né. » marmonnait Bubbe Malke, puis se maudissait: « Sénile, vile créature! Tu vis dans la maison de Vlades et pourtant tu ne t’étouffes pas avec ta nourriture! » Elle était déconcertée et coupée en deux. Une Bubbe Malke errait dans les ruines de son village, une autre ne quittait jamais Vlades des yeux. Il a pillé et aidé à tuer mon peuple – son peuple devrait aussi être pillé et massacré, pensait-elle la nuit, tremblante, entendant des voix lui dire: « Sauve-nous! »
Le dimanche attendu arriva. Bubbe Malke bourra les oies de graisse et de grains de blé. Elle les mit dans une casserole de cuivre récurée, les couvrit d’herbes et d’oignons, et enfourna le tout. Quand les oies furent cuites et qu’elle les eut sorties, elles étaient parfaitement dorées et sentaient si merveilleusement bon que Vlades verrouilla la porte. Elle lui apprit comment préparer une délicieuse liqueur à partir du breuvage maison: elle mit des cerises séchées et des prunes dans le samovar, versa dedans le breuvage maison avec un peu de miel, et fit bouillir. En dégustant la liqueur, Vlades la loua vigoureusement, « Dans ma maison, ils vont avaler leurs langues. Ah, Bobke, tu as des mains lituaniennes et une tête lituanienne sur tes épaules! »
Quand Vlades alla à la rencontre des hôtes, Bubbe Malke frotta et lava la maison, mis à bouillir une marmite en fonte sur le poêle, et placé les oies grillées et le samovar sur la table. L’heure du dîner arriva et elle ne comprenait pas pourquoi Vlades n’était pas revenu avec les hôtes. Seule toute la journée, elle n’avait rien mangé. Pour elle, cela avait été un jour de jeûne; les odeurs de la nourriture rôtie la dégoûtaient. Finalement, elle grimpa derrière le poêle et se couvrit d’une peau. Aucun berceau ne devrait rester près de lui, mon Dieu, pensa-t-elle en s’endormant. Dans son rêve, des gens frappaient à la porte et criaient: « Lève-toi, nous sommes sauvés, l’Armée rouge arrive! » Elle sortit de sa couchette et fit entrer Vlades.
« Qu’est-ce qui te prend, Bobke? je pensais que quelqu’un t’avait tuée. J’ai cogné et cogné, putain de toi. Ces trois belles oies sont à jeter! Ils sont venus, ils ont pris ce qu’ils voulaient, et ils ne sont pas venus chez moi!  »
« Eh bien, on ne va pas jeter les oies » dit Bubbe Malke à Vlades pour le consoler.
Mais Vlades n’avait pas entendu ce qu’elle avait dit. Il s’était déjà réconforté. Il s’assit à table, trancha les oies et se servit.
Et elle se tenait près du poêle, les mains derrière son tablier.
« Bobke! Tu ne me fais pas plaisir! Assieds-toi à table! »
« Non, la viande rôtie, ce n’est pas pour mes dents, j’ai déjà mangé de la kasha de pomme de terre, « répondit-elle.
« Kasha de pommes de terre! »répéta Vlades sur un ton ivre. Bubbe Malke resta près du poêle et regarda comme il buvait verre après verre. Ses yeux étaient à moitié fermés mais elle pouvait clairement voir que c’était le bon moment. « Assez bu! » annonça-t-elle.
Je boirai autant que je veux, vieille épine! Fais attention à ne pas me houspiller, » s’exclama-t-il, et fit comme s’il venait vers elle.
Bubbe Malke commença à sentir que sa résolution pouvait partir en fumée. Tu as piétiné des pousse vertes et des fleurs et abattu des chênes, et je devrais faire attention à mes mots? pensa-t-elle sans le quitter des yeux. Voyant qu’il avait coupé un pilon et l’avait mis dans sa bouche, elle saisit le pot en fonte avec une force immense, comme si elle sauvait une femme en couches des dernières et plus dures souffrances de l’accouchement, se précipita et renversa le liquide bouillant sur lui.
Une lourde vapeur emplit la maison. Elle tira une peau de derrière le four, la passa sur ses épaules et sortit. Il semblait que la rue aurait dû être pleine de monde. Elle regarda autour d’elle avec émerveillement: une nuit emplie d’étoiles, un peu fraiche. Elle mit ses mains dans ses manches, se boutonna, et pensa: Remercie Celui dont le Nom ne peut être prononcé – cet homme ne regardera plus aucun berceau. Elle leva les yeux vers les étoiles et demanda, Si c’est possible, Père dans les cieux, laisse-moi vivre, laisse-moi vivre un tout petit peu plus, pas plus que cela. . . .

millet

LA RECETTE DU JEUDI de Jean Zilberman | KASHA (Sarrasin grillé)

Et Ferfels

Le Kasha ou blé noir n’est pas une céréale ni une graminée. Le sarrasin est une belle fleur de la famille des polygonacées comme l’oseille, la rhubarbe ou les renouées que l’ont trouve dans tous les jardins de plaisance. Le miel de sarrasin (si vous en trouvez) est très bon. Le sarrasin est originaire de l’Asie du nord-est Chine et Mongolie et pousse bien dans les sols pauvres et acides.
Le sarrasin ne contient pas de gluten et c’est le blé noir des Bretons qui en font des crêpes.
En Pologne et Russie on le consomme sous forme de céréale comme le riz. Le sarrasin est un aliment très digeste, nutritif et délicieux, son goût de noisette vous surprendra. C’est grâce au Kasha et au pain noir que les Russes ont tenu tête aux invasions de Napoléon et de Hitler. A ce sujet je ne résiste pas au désir de vous raconter une histoire qu’on racontait à Kozienice, le village natal de ma mère quelque part entre Radom et Lublin : Quand Napoléon est passé par la Pologne il est allé voir le Maguid Israël Hopstein et celui-ci lui a dit: Ne va pas en Russie ! Mais il ne l’a pas écouté. Conclusion : Napoléon aurait du donner du Kasha à ses troupes! Et bénie soit la mémoire du Maguid Israël Hopstein et de mes ancêtres de Kozienice.
La graine du sarrasin est entourée d’une petite coque et doit être décortiqué dans un moulin spécial.
On trouve la graine de sarrasin dans les magasins de produits naturels, dans les boutiques russes et polonaises.
Choisissez impérativement le sarrasin grillé.
Si il n’est pas grillé faites le griller au four à 180 °C quelques minutes jusqu’à ce qu’une odeur de sarrasin se dégage.

Préparation du kasha :
Il faut se servir de kasha grillé. Celui-ci est déjà pratiquement cuit. D’ailleurs vous pouvez gouter les grains de kasha grillés. Surtout le kasha ne doit pas être trop cuit, il devient très vite de la purée.

Ingrédients :

Pour 2 personnes :
1 tasse de kasha grillé (+- 120 g)
1 oignon
2 tasses d’eau

Préparation :

Émincez l’oignon et faites le revenir rapidement dans une casserole à fond épais
Ajoutez vote kasha grillé
Ajoutez 2 tasses d’eau et du sel
Faites bouiller 1 ou 2 minutes puis couvrir avec un couvercle et attendre +- 10 mn, toute l’eau doit être absorbée.
Mangez tel quel ou en accompagnement d’une viande rôtie ou en ragoût.
On peut se servir du kasha (pas trop cuit) pour farcir des légumes : choux, poivrons, courgettes …

On peut le servir en même temps que des FERFELS qui sont des pâtes grillées qu’on trouve dans les boulangeries et épiceries Juives.
Les ferfels doivent être cuits au moins 12 mn. Les Russes appellent KASHA VARNISHKESS le mélange de kasha et de ferfels.
En Savoie (France) on trouve les CROZETS qui sont des pates séchées faites avec du blé dur ou de la farine de sarrasin.

Si le Kasha est plus cuit il prend en masse et fait un gâteau en se refroidissant.
Je me rappelle que ma mère me servait en été des morceaux bien froids de ce gâteau dans un peu de lait chaud. La cuisine polonaise est une cuisine de contrastes !

Pour cela faites cuire 1 tasse de kasha grillé dans 3 tasses d’eau pendant 10/15 mn laisser refroidir. Le Kasha prendra en masse.

Beignets de Kasha au saumon fumé :
Faites cuire 1 tasse de Kasha comme précédemment.
Le laisser refroidir.
Si vous utiliser du kasha de la veille qui sort du frigo, réchauffez le au four à microondes. Il doit être tiède. Mais pas chaud.
Bien mélanger avec 2 œufs. Le mélange est plutôt liquide.

Avec une cuiller à soupe bien pleine faire des beignets dans la poêle. Cuire rapidement. Posez sur du papier cuisine absorbant. Laisser les beignets perdre un peu de leur chaleur. Quand ils sont tièdes garnir avec de la crème fraiche ou du fromage blanc aux herbes selon votre goût. Si vous trouvez de l’aneth (koper) vous le ciselez dans la crème fraiche ou le fromage blanc.

Ajouter une petite tranche de saumon fumé.
Vous pouvez également mettre un autre poisson fumé. Personnellement j’adore le maquereau Buckling. C’est du maquereau cuit et fumé, ça ne coute pas cher et c’est vraiment bon et c’est riche en Omega 3.
Et si vous aimez les sprats j’ai trouvé la combine : vous achetez les « sardines fumées » de Connétable. En fait ce sont des sprats qui viennent de Pologne. Mais Connétable doit avoir honte. Ce n’est pas des plombiers Polonais c’est des SHPROTS ! ! !

A GITN APETIT ! ! !

Hirsht

LA RECETTE DU JEUDI de Jean Zilberman | MILLET (HIRSH)

Pour changer du riz et des pâtes essayez le millet. En yiddish on disait HIRSH. D’ailleurs c’est même un nom commun. Il était très consommé en Pologne, Russie et dans tout le YiddishLand. Le millet ne contient pas de gluten.Le millet a été injustement oublié par l’histoire parce que le rendement de sa culture était trop bas et surtout parce que le riz est venu le supplanter. Le millet jusqu’à une date récente n’était plus mangé que par les oiseaux mais les boutiques de régime et de produits naturels l’ont remis à la mode et c’est tant mieux !
Les grands chefs à la recherche de goûts nouveaux commencent à publier des recettes de ces céréales oubliées: sarrasin, orge, millet et que nous avons mangé dans notre enfance.
Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents Juifs Polonais. Le goût est délicieux cela rappelle le riz mais en plus fin. Et les diététiciens nous disent que c’est très bon pour la santé, les oligoéléments etc … et je peux vous confirmer que c’est très digeste. Il remplacera le riz dans tous ses usages. On trouve également en boutiques de régime et produits naturels des flocons de millet.

Millet en plat salé : 
Pour 2 personnes :
1 tasse de millet (+-120g).
3 tasses d’eau, Sel.
Cuire 10 mn à feu doux couvrir et laisser gonfler 5 ou 10 mn.
Toute l’eau doit être absorbée.

Avec ce millet cuit vous pouvez faire un gâteau analogue au gâteau de riz mais pour 4 personnes :
Gâteau de millet au lait
pour 4 personnes:
1 tasse de millet.
1 tasse de raisins secs lavés.
50 à 100g de sucre en poudre.
½ cuiller à café de cannelle.
4 tasses de lait (entier ou écrémé)
3 œufs

Préparation :

Faire cuire le millet à l’eau comme précédemment.
Battre les 2 œufs dans le lait ajouter la cannelle, le sucre et les raisins secs bien mélanger.
Incorporer au millet cuit et verser dans un plat allant au four huilé ou beurré ou dans un plat à manqué.
pendant ce temps là allumer le four et régler la température à 140 °C
mettre au four pendant au moins 30 minutes. Le gâteau ne doit plus être liquide. A déguster sans restriction pour les grands et les petits !

Hirsht

LA RECETTE DU JEUDI de Jean Zilberman | FROMAGE BLANC AU PAPRIKA

L’ami Jean Zilberman me demande de publier encore pour lui cette semaine, en attendant qu’il se familiarise avec les subtilités de l’édition sur FB. Avec plaisir.
Là où il abuse, c’est quand il vient me chatouiller sur les concombres! Je suis un garçon ouvert, mais de là à ce que l’on vienne faire la leçon aux Polonais avec des recettes hongroises…
Chez nous – je veux dire dans les shtetl de chez nous, là-bas – on ne connaissait pas le paprika, ni avec un a ni avec deux. Et on mettait du concombre finement coupé en tranches et dégorgé dans du sel. Et chez moi, cela s’appelait un « blote ». Non, mais…

Frais léger, printanier et diététique

Pourim est passé. Notre belle reine Esther a vaincu le méchant Hamann, nous devons donc préparer nos corps pour le printemps sur cette terre qui est parfois si belle.

La recette est d’une simplicité enfantine et vous pouvez amener des variantes selon vos goûts, les circonstances ou vos problèmes diététiques :

Ingrédients :

500 g de fromage blanc 0% ou si votre médecin de famille vous autorise du fromage blanc complet et même de la crème fraîche. Mais je vous assure qu’avec du fromage 0% c’est très bon.
1 botte de radis
1 botte ou1/2 botte d’oignons blancs avec les tiges selon votre goût.
½ concombre (tout à fait facultatif)
Sel, poivre, pââprika doux de Hongrie et si le cœur vous en dit paprika fort, piment d’Espelette ou de Cayenne

Préparation :

Émincez les radis en tranches fines, les oignons blancs, ajoutez le fromage blanc et assaisonnez avec sel, poivre et paprika selon votre goût mais franchement.

Vous pouvez aussi ajouter le concombre en tranches mais moi je ne le fait pas.
C’est Charles Goldszlagier qui fait cette chose. Mais MOI je ne le fais pas, d’ailleurs cela a failli occasionner une rupture diplomatique. Je pense qu’il est inutile d’arriver à cette extrémité ! ! !

Ceci est un plat à déguster dés que le soleil de printemps arrive
Cela peut l’aider à venir (la chose a été vérifiée scientifiquement).

NB le vrai pââprika de Hongrie est en vente chez mon ami Izraël (Z’L’) 30 rue François Miron Paris IV.
Mais on trouve aussi du bon paprika en provenance d’Espagne.