IL Y A 80 ANS, L’EXPOSITION « ENTARTETE KUNST« , « ART DEGENERE » (1)

Entartete Kunst_01Il y a 80 ans, se tenait à Munich la tristement célèbre exposition « Entartete Kunst« , du 19 juillet au 30 novembre 1937. L’exposition voyagea ensuite dans onze villes allemandes. Il s’agissait d’éduquer le goût du public allemand et de le dégoûter de cet art corrompu par l’esprit juif.
En fait tout l’art moderne. Pourtant les artistes juifs présentés n’étaient qu’une toute petite minorité, 6 sur 112.
Le modernisme dans la conception des nazis n’était qu’un complot judéo-bolchévique pour contaminer l’âme allemande.
Le contre-modèle, l’art allemand sain inspiré par les valeurs gréco-romaines fut présenté dans une autre exposition, « Di Grosse deutsche Kunstaustellung » – la grande exposition de l’Art allemand – où étaient présentées les œuvres des artistes officiels nazis. L’exposition sur l’art dégénéré attira 2 millions de visiteurs en 4 mois, contre moins de 60000 pour l’exposition de l’art nazi.

Paradoxalement, le concept de « dégénérescence », si prisé des Nazis, avait pénétré l’Allemagne à la fin du XIXème siècle, sous l’influence des idées de deux intellectuels juifs.
Le criminaliste italien Cesare Lumbroso, dans son ouvrage « L’homme criminel », publié en 1976, avait tenté de montrer qu’il existait des « criminels de naissance », porteurs de traits de personnalité ataviques qu’on pouvait détecter par des mesures scientifiques de caractéristiques physiques anormales.
S’appuyant sur cette théorie, Max Nordau, un des pionniers du sionisme, développa le concept de l’ « Entartung ».
Il expliquait l’art moderne, comme l’œuvre de ceux qui sont si corrompus et affaiblis par la vie moderne qu’ils ont perdu la maîtrise de soi nécessaire pour produire des œuvres cohérentes. Il attaquait l’esthétisme dans la littérature anglaise et décrivait la mysticisme du mouvement symboliste dans la littérature française comme l’expression d’une pathologie mentale. Il voyait dans l’absence de tracés dans la peinture impressionniste le signe d’un cortex visuel malade. Il critiquait la dégénérescence de l’art moderne tout en faisant l’éloge de la culture traditionnelle allemande.

IL Y A 80 ANS, L’EXPOSITION « ENTARTETE KUNST », « ART DEGENERE » (2)

Paul Schultze-Naumburg (1869 – 1949) est un architecte et critique d’art allemand.
Avant la Première Guerre mondiale, il écrit des articles et des livres condamnant l’art et l’architecture moderne en termes racistes, il fournit ainsi à Adolf Hitler les bases de ses théories dans lesquels la Grèce classique et le Moyen Âge sont les vraies sources de l’art aryen. Schultze-Naumburg écrit des livres comme Die Kunst der Deutschen. Ihr Wesen und ihre Werke (L’Art des Allemands. Son caractère et ses productions) ou Kunst und Rasse (Art et race), ce dernier publié en 1928 dans lequel il avance que seuls les artistes « racialement purs » peuvent produire un art sain qui maintient les idéaux intemporels de la beauté classique, tandis que les artistes modernes racialement « métissés » font la preuve de leur infériorité et de corruption en produisant des œuvres difformes.

Pour preuve il y reproduit des exemples d'art moderne (ici le peintre expressionniste allemand Karl Schmidt-Rottluff et Amedeo Modigliani) à côté de photographies de personnes avec des difformités et des maladies, renforçant graphiquement l'idée de modernité en tant que maladie.

Pour preuve il y reproduit des exemples d’art moderne (ici le peintre expressionniste allemand Karl Schmidt-Rottluff et Amedeo Modigliani) à côté de photographies de personnes avec des difformités et des maladies, renforçant graphiquement l’idée de modernité en tant que maladie.